Débat : TVA à 10 %, Christophe Creux dit « non » !

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Président fondateur de 2C2C-Consulting, Christophe Creux a voulu prendre la parole concernant la TVA à 10 %, réclamée par certains patrons (voir notre article Baisse de la TVA : Sophie Coudair écrit au Ministre Bruno Lemaire). Lui est totalement contre !

« Tout le monde parle de la taxe à 10 % pour sauver la profession. Cela me choque énormément. Encore plus de la part des syndicats (voir l’article TVA à 10 % : Biblond donne la parole à l’UNEC). Ce n’est qu’un argument électoral. On ne peut pas baisser la TVA sans l’accord de l’Europe. Le problème et la solution ne sont pas là » affirme-t-il.

Mais pourquoi s’insurge-t-il ?

« Le chiffre d’affaires de la coiffure est de 6 milliards. Baisser la TVA à 10 %, c’est priver l’Etat de 600 millions d’euros. Je ne vois pas pourquoi les contribuables devraient être sollicités pour sauver les entreprises de coiffure. Car c’est évident, si l’Etat se prive de ces 6 millions, il faudra les trouver ailleurs. Ce n’est pas juste ! Sous prétexte que les coiffeurs ne savent pas appliquer les bons tarifs… »

Appliquer les bons tarifs ?

Il est là le nerf de la guerre selon Christophe Creux. « Les tarifs appliqués par les coiffeurs sont incohérents. D’ailleurs, quand je rencontre des professionnels et que je les interroge : « Comment avez-vous calculé vos tarifs ? », bien souvent on me répond « en regardant le tarif du voisin, avec un euro en moins ! » » Absurde selon le Président de 2C2C-Consulting. « A 25 euros le shampoing-coupe-brushing, on ne peut pas travailler ! Je me souviens d’un temps, où les prix augmentaient chaque année de 10 francs sans que cela ne pose problème. Pourtant, depuis 20 ans, plus personne n’ose augmenter ses prix alors que les charges et les taxes augmentent en parallèle. Beaucoup de salons travaillent à perte. Et cela ne s’arrange pas avec la crise sanitaire. Il y a beaucoup trop de salons et de moins en moins de clients ! »

Mais quelles solutions alors pour aider les patrons ?

« Je crois que les syndicats, plutôt que militer pour la TVA à 10 %, devraient se battre par exemple contre le travail dissimulé qui s’accentue depuis le premier confinement. Quand les clientes ont contacté leur coiffeur via les réseaux pour qu’ils viennent à domicile. Les clients ont gardé cette habitude. Certains coiffeurs à domicile ne déclarent pas tout leur chiffre d’affaires. Ils achètent dans les boutiques de coiffeur où il n’y a aucun contrôle. Tout le monde peut y aller ! Le domicile, cela doit être fait honnêtement. »

Christophe Creux met aussi en garde contre ceux qui bradent leurs prestations.

« Le tarif reste le combat que devraient mener les syndicats. Accompagner les coiffeurs dans la construction de leur entreprise. Aujourd’hui, avec un BP, tu peux ouvrir un salon en appliquant les tarifs que tu veux. Même idée pour les coiffeurs à domicile. Plutôt de baisser les prix, ils devraient prendre conscience que le domicile est un luxe qui se paie. Arrêter de se mettre à la place du porte-monnaie du client ! Il n’est pas contre payer plus cher si le travail est fait correctement » poursuit-il avant d’évoquer les stages de Cyril Da Costa. « Il propose des formations extraordinaires pour permettre de calculer les bons tarifs ou les bons ratios de la masse salariale. A la fin de l’année, quand le comptable dit qu’il n’y a pas assez dans les caisses, c’est souvent trop tard ! Les formations comme celles de Cyril Da Costa devraient être obligatoires pour les patrons. »

Et comment envisage-t-il l’avenir ?

« Dans un an et demi, quand il va falloir rembourser le PGE, beaucoup vont fermer boutique. Parce qu’ils n’augmentent pas leurs tarifs pendant que l’état augmente ses charges et les fournisseurs leur marge. Même le smic augmente quand les tarifs des salons ne changent pas. Mais bonne nouvelle : cette année, le crédit d’impôt est multiplié par deux pour les chefs d’entreprise qui se forment. C’est le moment pour eux se former à calculer leur rentabilité pour revoir leurs tarifs ; d’augmenter légèrement par phase de 6 mois, avant de devoir commencer à rembourser le PGE » souligne-t-il.

Les priorités aujourd’hui, outre la hausse des prix ?

« Rappeler que la coiffure est un métier d’artisanat. Il faut valoriser la qualité et la valeur du travail dans les salons. Contrôler les salons qui tirent la profession vers le bas en pratiquant des coupes à 10 €. Enfin, je pense qu’il faut revenir à un CAP en trois ans. On ne peut pas passer un CAP de qualité en 2 ans. Depuis les années 2000, on nivelle la coiffure vers le bas » conclut-il avant de citer pour exemples, Sarah Guimond et Cyril Bazin. « Ils forment leurs collaborateurs pour offrir d’excellentes prestations. Conséquences ? Ils n’ont pas honte d’afficher des tarifs plus élevés que la moyenne. La qualité est là ! Idem pour les grands noms de la coupe masculine comme les salons Bonhomme, Les Hommes ont la Classe, Guillaume Fort pour l’Homme ou la Barbière de Paris qui contribuent à relever le niveau de la coiffure masculine, face aux échoppes à 10 balles ! »



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