Revalorisation du métier : un cri sur les réseaux sociaux

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Tout commence par deux publications sur Instagram et Facebook. « Ma fille a fait de grandes études ; elle est coiffeuse » et « Mon fils est vraiment brillant, il sera sûrement coiffeur. » Ces deux phrases, à contre-courant, sont signées par Stéphanie Bozonnet, ex-coiffeuse, directrice de la filière coiffure du CFA94 puis directrice de la pédagogie du Real Campus by L’Oréal.

A 42 ans, cette femme engagée dans la profession relève un nouveau défi. En 2022, elle a fondé le Laboratoire d’Application & d’Education et créé le Cercle des Femmes de la coiffure. Si elle donne régulièrement des conférences pour partager sa vision du métier, elle veut désormais accompagner les entrepreneurs et les grands groupes de coiffure pour inventer l’avenir de la profession. Cet avenir, il passe forcément par une revalorisation du métier. Et comme Stéphanie Bozonnet, ils sont quelques-uns à prendre la parole sur les réseaux sociaux pour redorer le blason de la coiffure, trop longtemps considéré comme une « voie de garage ».

Il existe d’ailleurs plusieurs pages qui abondent en ce sens. Citons le groupe « Fier d’être coiffeur« : je soutiens mon métier ou la page « Je suis coiffeur et j’en suis fier » sur Facebook. Parmi ces porte-paroles qui prennent la défense des professionnels du cheveu, Luc Garchette – alias Luc Bawl – n’est pas du sérail. Et pourtant, sur son compte Facebook, il s’exprime, interpelle, questionne et prend part à ce projet qui prend de l’ampleur : réenchanter le métier. Exemple de post ? « Je travaille dans la coiffure et j’en suis fier ! Pourtant ce n’est pas facile… Nous sommes souvent pointés du doigts, rabaissés, dénigrés… Le monde extérieur oublie bien trop souvent que les coiffeurs sont des artisans INDISPENSABLES. »

Car s’il sait se servir d’un ciseau et d’un peigne, Luc Garchette est bien un acteur de la coiffure. En effet, il a travaillé pour la plateforme de réservation en ligne Treatwell. Depuis plus d’un an, il s’est associé pour créer une plateforme d’un nouveau genre. « Les coiffeurs ne sont pas formés en gestion ou entreprenariat. La volonté de Raizume, notre plateforme de recrutement spécialisée beauté ? Accompagner les salons dans les ressources humaines. Les aider à mieux recruter et à valoriser leur savoir-faire » souligne-t-il. Bref, vous l’aurez compris, les difficultés à trouver des collaborateurs et à les garder, il a décidé de prendre le problème à bras le corps.

Mais comment est né ce concept ? « A la base, nous avions créé une agence de communication dédiée à la coiffure. Finalement, nos clients nous confiaient vouloir se développer mais être freinés par le manque de candidats et les peines à recruter. Nous avons réfléchi et contacté beaucoup de monde dont l’UNEC, nous avons observé ce qui se faisait dans d’autres secteurs et constaté que sur Indeed, finalement, tout le monde est logé à la même enseigne. Ce qui n’a pas de sens, puisque chaque salon est différent » précise-t-il.

Mais quel est exactement le concept de Raizume ? « La plateforme met en avant la marque de chaque employeur. Nous mettons en place toute une communication autour du salon pour attirer les candidats et les fidéliser. Nous créons donc une page entreprise avec des photos du salon, les informations sur les produits utilisés en interne, les formations qui sont proposées aux collaborateurs, l’ambiance… Avec deux options. Soit le salon recrute et cela permet de créer une page « emploi ». Soit il ne recrute pas mais les coiffeurs peuvent s’abonner au salon pour le futur. Ainsi, quand une place se libèrera, le potentiel collaborateur sera informé » explique Luc Garchette. « Cela permet de se différencier à l’heure où tout le monde cherche des collaborateurs ! Mais aussi de les fidéliser… »

Fidéliser ? En quoi devenir client de Raizume permet de fidéliser ses collaborateurs ? « Nous avons eu envie, face à la multiplication de coiffeurs indépendants à domicile, de revaloriser le salariat ! » Et comment s’y prennent-ils ? « Nous offrons un Comité d’entreprise à tous les salons qui viennent chez nous. Avec donc tous les avantages des grands groupes ! Les salariés peuvent alors bénéficier de tarifs chez Disney, au cinéma, à Carrefour, à Ikea ou des offres sur les voyages… Avec en tout, plus de 1800 partenaires ! Cela permet d’offrir des avantages à ses collaborateurs sans que ce soit de rémunération supplémentaire » précise celui qui se positionne comme un coach avant de rappeler que nous traversons une vraie crise du recrutement. « Le meilleur moyen de se différencier est donc de communiquer. »

Mais combien se monnaie ce genre de service ? « Pour le moment, l’abonnement à Raizume est de 90 euros pour l’année (le prix pourrait évoluer par la suite). Nous ne sommes qu’au début. Nos clients sont des entrepreneurs qui veulent investir dans le recrutement et qui en sus, font bénéficier du CE à leurs salariés. Nous avons déjà 150 salons et deux petites franchises parmi notre réseau. Nous sommes fiers car nous avons déjà réussi à cibler des candidats pour certains salons. Nous visons les 500 salons d’ici le mois de juillet puis 1000 d’ici la fin de l’année. »

Mais que leur promet-il ? « Nous communiquons aussi sur nos réseaux sociaux avec de la publicité ciblée pour attirer des candidats. Nous avons déjà trouvé 600 recrues potentielles. On annonce la fermeture de nombreux salons et par conséquent, de nombreux futurs candidats. Nous voulons les accompagner vers les meilleurs salons selon leurs attentes. Nous avons besoin de transparence et d’authenticité. Ainsi, en découvrant la page de tel ou tel salon, le candidat saura s’il se projette ou pas. En un clin d’œil ! Comme un client qui cherche un salon, il trouvera le salon qui lui ressemble. Cela évite une perte de temps pour l’employeur comme pour l’employé. Même idée pour les apprentis qui veulent progresser. Ils sauront sur le page du salon s’il y a un programme de formation. Nous allons d’ailleurs nouer des partenariats avec des CFA. »

Mais au-delà de ces revendications quotidiennes sur les réseaux sociaux, comment envisage-t-il une revalorisation du métier ? « Par la formation, bien sûr mais aussi le faire-savoir ! C’est l’un des métiers où l’on se forme le plus. Il faut savoir le mettre en avant. Communiquer sur la richesse de ce métier, son savoir-faire. Nous avons TOUS besoin d’un coiffeur. Et pourtant le métier est encore dénigré. Nous avons pris un peu de retard par rapport à d’autres pays mais cela va changer. Les professionnels doivent expliquer cela à leur client. Leur dire que c’est un métier de passionnés qui se forment. Cela permettra de valoriser le métier vis-à-vis des clients mais aussi de futures recrues qui peuvent se trouver une vocation. Communiquer, c’est ça, l’urgence ! »

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