Problèmes de recrutement : y a-t-il urgence à augmenter les salaires ? # 3

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Beaucoup de désarroi de la part de la profession face au manque de candidats. Les salons peinent à recruter. Face à cette situation, Biblond a tenté de trouver des réponses.

Fermeture le samedi comme le testent Cyril Bazin et Sarah Guimond dans leur enseignes nantaises ? Bien-être au travail inspiré par les GAFAM comme l’applique avec soin Thierry Bordenave, Les hommes ont la Classe ? Toutes les pistes sont bonnes à prendre, bien sûr. Mais les commentaires qui affluent sur les réseaux sociaux sont sans appel ! La question du salaire revient sans cesse.

Biblond a mis en ligne un sondage – Coiffeurs(ses), êtes-vous bien payé(e)s ? Les résultats montrent que 90 % d’entre eux estiment être mal payés. Il faut dire que près des 3/4 gagnent moins de 1500 euros par mois.

Résultats ? Ils sont déçus et pour beaucoup, ils affirment perdre la passion à cause de ce manque de reconnaissance financière.

Leurs solutions ? Augmenter les prix des prestations, revoir la convention collective, baisser la TVA et les charges patronales pour pouvoir revaloriser les grilles de salaires.

Manque de reconnaissance

Rappelons qu’aujourd’hui un coiffeur débutant est au SMIC (environs 1590 euros brut avec la hausse du 1er octobre) tandis qu’un coiffeur très hautement qualifié (niveau 2 échelon 3) pourra prétendre à 1 814 euros brut (voir notre article : les salaires 2021.

C’est peu quand on voit que le coût de la vie ne cesse d’augmenter.

Dans le métier depuis une dizaine d’années, Jordan Pontarlier, payé au SMIC pour 35h, ne voit aucune évolution de carrière possible. « J’ai même l’impression de régresser. Certes, je suis au SMIC avec intéressement. Mais c’est 24 % sur une base de C.A. personnel HT sur une partie comprise entre 5000 et 7000 euros, donc autant vous dire que cela ne va pas loin. Le mois dernier, j’ai rapporté près de 6000 euros et j’ai touché 180 euros net d’intéressement. C’est peu par rapport à la charge de travail que cela représente. Nous sommes un métier d’artisanat et notre savoir-faire n’est pas du tout valorisé ! »

S’il aime son métier, profondément, Jordan Pontarlier reconnaît perdre le goût… « Autour de moi, j’ai vu beaucoup de collaborateurs quitter la profession. »

Mais quelle solution imagine alors Jordan Pontarlier ? « Comme dans les salons anglo-saxons, il faudrait un plan de carrière et d’évolution. Avec des tarifs et des salaires différents selon l’expérience. C’est d’ailleurs prévu par la convention collective mais peu appliqué ! » Pourtant, de nombreux salons français ont copié ce modèle venu d’Angleterre. Les avantages ? « Pour un salarié, cela permet d’avoir une perspective, de se projeter dans le salon. Cela met un challenge, le collaborateur monte en grade avec l’expérience. Il y a une progression possible et donc stimulante.

C’est Stéphane Amaru qui a ramené ce système d’Angleterre lorsqu’il a importé Toni&Guy en France » souligne Pascal Lombardo qui a passé plusieurs années à Londres avant d’ouvrir l’année dernière son salon à Bordeaux.

Coiffeuse depuis 20 ans, avec des expériences de formatrice en CFA et de responsable, Marie Laurentine Bakum, 35 ans, a aussi vu de nombreux collègues quitter le salon pour officier en indépendant ou à domicile. Aujourd’hui polyvalente à mi-temps dans le secteur du 92, elle est formelle.

« Même avec mes 20 ans d’expérience, on me propose le SMIC. Nous faisons un métier de passion, nous ne comptons pas nos heures, nous mettons de côté nos vies de famille, travaillant les week-ends et pendant les vacances. Les employeurs, en général, manquent de reconnaissance. Je suis consciente que les charges ont augmenté et que la TVA est trop lourde. Mais les efforts ne doivent pas venir des salariés uniquement.

Pourquoi ne pas mettre en place un salaire plancher et payer au pourcentage comme cela se faisait à une époque ? Fixer un objectif pour gagner un salaire plus convenable motive » souligne-t-elle.



Nivellement par le bas

Pour le coiffeur studio, Cyril Laforet, les tarifs appliqués, bien trop bas, sont à l’origine du problème. « Nous avons oublié que nous vendons un savoir-faire et nous nous sommes bradé ! Le low-cost a dénigré notre métier à trop baissé les prix. Il faut faire 10 coupes pour faire 300 euros… C’est de l’abattage ! Et pour lutter contre la concurrence, les salons s’alignent en baissant encore les prix.

Aux Etats-Unis, un coiffeur, quand il vend une prestation coupe, elle est tarifée 100 euros ! Il lui restera dans la poche 40-45 euros soit entre 40 et 45 % de sa prestation. En France, trop souvent, la prime d’intéressement est dérisoire. Par exemple, le collaborateur pourra toucher 10 % de ce qu’il rapporte s’il dépasse les 6000 euros de CA. Or cela arrive rarement, en période de fête peut-être… Pas étonnant d’en voir se lancer en auto-entrepreneur. En faisant 15 coupes par semaine, ils gagnent l’équivalent d’un salaire en salon. »

Ses conseils aux patrons ? « Lors d’un entretien d’embauche, ils devraient faire preuve de transparence et demander aux candidats leurs prétentions salariales. Demander : « Combien tu veux gagner ? 2500 euros ? Pour cela, il faut que tu me rapportes 7000 euros par mois. Cette transparence va motiver. »

Autres possibilités ? « Laisser le salarié gérer son planning. Ceux qui veulent gagner plus travaillent plus… Et payer au mérite.

Pourquoi celui qui travaille deux fois moins aurait le même salaire que son collègue ? Créer des paliers pour donner envie de travailler davantage. Celui qui rapporte plus est payé plus. Intéresser les collaborateurs au CA ou appliquer des tarifs différents selon le niveau et l’expérience…

Pourquoi imaginer que la cliente ne suivra pas ? Pour une belle coupe, elle mettra les moyens » conclut celui qui pense que la médiocrité des salaires porte en elle tous les problèmes dont souffre la profession. « La coiffure est dévalorisée de toutes parts. Un CAP ou un BP ne valent plus rien. Alors on invente de nouveaux diplômes. C’est du nivellement par le bas !

Pourquoi ne pas opérer une refonte générale ? Ceux qui ont le pouvoir aujourd’hui ne sont pas ancrés dans notre réalité. Ils ont une vision passéiste, celle des années 80, quand les salons étaient pleins et qu’on vivait avec peu d’argent. Quand c’était un métier digne… »