Ève Briat présente Les Cheveux dans les yeux, une émission qu’elle a imaginée pour sa chaîne YouTube Eve On Air, et qui donne la parole aux coiffeurs. Ève va plus loin et fait de ces interviews des parenthèses intimes, où les coiffeurs parlent librement. Elle partage avec nous ces moments privilégiés et nous propose aujourd’hui un portrait de Julie Verrons.
Julie Verrons est une passionnée au grand coeur qui officie depuis quelques années à Québec. Femme ambitieuse, elle assume ses prises de positions peu ordinaires, et affiche clairement la couleur de ses pensées concernant la tarification des services en coiffure. Par ailleurs, que ce soit dans sa façon de travailler, dans ses cheveux, ou sur sa peau ornée de magnifiques tatouages, Julie ose toujours la différence et ne cache pas les phases de doutes qu’elle traverse pour avancer.
Tout est possible… Contre l’avis de ses proches, qui lui voyaient un avenir plus académique, elle s’oriente vers la coiffure. Elle commence par un apprentissage qui lui confirme sa passion pour le métier. C’est ainsi que, de petits en grands salons, elle se perfectionne au fil des années. Des salons franchisés, elle dit qu’ils lui ont permis d’exercer sur une multitude de clients. Même si tout n’était pas parfait, cela l’a beaucoup aidé. Elle enchaîne avec un BP qui lui permet à 30 ans d’ouvrir un premier salon, dont elle reprend la clientèle. Cette aventure met en lumière les incohérences d’un système français qui ne valorise pas les entrepreneurs. En effet, alors qu’elle croule sous des charges exponentielles, elle constate la vision erronée des personnes non concernées par l’entrepreneuriat. Une vision fausse, qui annule presque la valeur du travail des artisans coiffeurs que nous sommes.
Multicasquette et multipotentiel… Julie considère que nous sommes des travailleurs hors pair, en perpétuelle formation, sans pour autant toujours nous y retrouver financièrement. C’est ce qui la motive à étudier d’autres façons de travailler. C’est ainsi qu’elle répond à une proposition d’emploi qui lui offre la possibilité de vivre mieux de son métier. Après mûre réflexion, elle convainc son mari et ses enfants, revend son salon, et part au Canada découvrir ce qui sera désormais son univers de travail : la coiffure outre-Atlantique ! Là-bas elle poursuit sa formation et devient spécialiste en techniques de blond polaire, de colorations pastel que même les licornes lui envient, tant elles nécessitent d’expertise. La suite s’écrit naturellement, et nous la retrouvons quelques années plus tard à la tête de son second salon, cette fois-ci dans son pays d’adoption.
À son tour, et comme beaucoup d’entre nous actuellement, Julie rencontre des problèmes de recrutement. Pour autant, elle résiste aux chants des sirènes de la location de fauteuil, courante à Québec, car elle souhaite fonder une équipe soudée, qui travaille main dans la main vers un objectif : la fidélisation. Elle le sait, cela passe par la formation, et c’est auprès de ses collaborateurs qu’elle découvre sa vocation de formatrice.
Syndrome de l’imposteur… Nous abordons la question des apprentissages de la vie : le long travail pour se réaliser et croire en soi, sans prétention narcissique, simplement pour gagner sa vie à hauteur de ce que l’on vaut. Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui sa fiche moyenne avoisine 300 dollars. Julie n’a plus qu’une envie, continuer à transmettre. Elle forme sur ses réseaux ou en ligne, afin d’atteindre tous les coiffeurs du monde. Elle est aussi à la tête du groupe Facebook La Lionne Colorée. Elle y partage tips et astuces pour motiver et faire avancer le métier. Julie ne s’arrête pas là. Après avoir créé son espace au coeur de Québec, elle rêve maintenant d’organiser un événement artistique où elle rassemblerait et formerait tous les lionceaux de France qui la suivent.
Les temps changent et le moment est venu pour les coiffeurs de revoir leur façon de travailler, car les clients à la petite semaine ne feront bientôt plus vivre personne. Pour Julie, l’évolution de notre métier passe par notre capacité à nous adapter, à nous former et à travailler sur nous-mêmes. Il est impératif de devenir experts dans notre domaine, comme l’ont fait les médecins avant nous, et ne pas hésiter à nous positionner différemment en termes de tarifs pour revaloriser notre métier. Nous sommes des artistes, notre salon est notre galerie d’art, à nous de ne jamais l’oublier.
Biblond, pour les coiffeurs !









