Pierre-Henri Berthézène, président et fondateur d’Efficient Ways

Les coiffeurs sont depuis toujours particulièrement attachés à une montée en compétences tant technique qu’artistique. Que s’est-il passé ces six derniers mois en formation professionnelle ?
La Covid-19 est passée par là et on sait, au niveau de l’activité en salon et, plus largement dans tous les commerces, les situations qu’elle a pu occasionner. Un frein immédiat a été omniprésent dans tous les organismes de formation où toutes les actions de formation en présentiel ont dû être annulées. Il a fallu, pour ces formateurs, s’adapter pour continuer à proposer une offre, et cette fois à distance.
Que pensez-vous de la formation à distance ?
La formation en distanciel suppose de développer une ingénierie particulière. Le contenu de formation et le processus doivent avoir été construits pour ce type de dispositif. Il ne suffit pas de prendre une webcam, de se mettre devant et de se filmer, puis de fonctionner comme en présentiel en se connectant sur Internet. De plus, en France, cette formation est réglementée, par le Code du travail, entre autres choses. En coiffure, le niveau d’exigence sera d’autant plus élevé qu’une grande partie des transferts de savoir-faire sont sur des gestes professionnels (coupe, couleur…). La pratique y est presque plus importante que la théorie. Il est donc essentiel de mobiliser des techniques pédagogiques adaptées.
Un grand nombre de formations ont été proposées à distance, cela semble avoir bien fonctionné…
Oui, et dans tous les secteurs d’activité, le gouvernement a incité les gens à se former de cette façon et des financements ont même été pris en charge jusqu’à 100 %.
C’est donc plutôt positif…
A priori, oui. Mais en réalité, on ne sait pas, c’est trop récent. On a vu des organismes, mais aussi des formateurs indépendants, qui ne juraient que par le présentiel, se mettre à faire du distanciel, comme ça, convaincus tout d’un coup. On a vu des structures de formation, des plates-formes, proposer des formations du jour au lendemain.
Ils se sont adaptés et ont fait un effort considérable face à l’urgence de former autrement…
C’est tout à fait possible, mais voyez aussi les communications… Elles mettaient en avant le fait de pouvoir se former presque gratuitement, pendant une période où les gens ne pouvaient pas exercer leur activité habituelle, y compris en cas de chômage partiel. Ils invitaient à profiter de cette opportunité « avant qu’il ne soit trop tard ».
Et ce n’était pas bien ?
Si, bien sûr ! Mais ce dispositif financier bien pensé ne permettait de connaître ni la qualité de l’offre ni les résultats de l’action en termes d’objectifs professionnels. Il sera intéressant d’interroger les gens qui ont suivi ces formations sur la réelle valeur ajoutée pour leur activité au quotidien dès le retour au salon. Il sera tout aussi intéressant de leur demander si cette même offre, s’ils avaient dû la payer, aurait eu leur adhésion.
Que recommandez-vous pour le choix d’une formation à distance ?
Il existe des règles simples et invariables pour la mise en oeuvre d’une formation en tout ou partie à distance : une assistance technique et pédagogique appropriée pour accompagner le stagiaire dans le déroulement de son parcours ; une information du stagiaire sur les activités pédagogiques à effectuer à distance et leur durée moyenne ; des évaluations qui jalonnent ou concluent l’action de formation. Si une ou plusieurs de ces indications sont absentes, ce n’est pas de la formation professionnelle, prudence !
Où peut-on trouver ces informations ?
Cela devrait être simple puisque c’est dans la démarche d’information du formateur – catalogue, fiche de stage, site Web… Cela devrait être conforme car c’est l’article L.6313-3-1 du Code du travail qui décrit précisément de quoi il s’agit.
Existe-t-il d’autres indicateurs ?
Oui, une fois la loi respectée, le premier, à mon humble avis, est la réputation du formateur : notoriété, taux de satisfaction des stagiaires, résultats professionnels de retour en salon… Ensuite, l’offre en distanciel doit être bien expliquée : tests de positionnement, objectifs professionnels clairs pour le stagiaire et le commanditaire, exercices dédiés pour progresser, évaluation de la formation et du formateur, suivi… Si une offre de formation ne correspond pas à ces critères, je ne la conseille vraiment pas.
Voyez-vous la formation en présentiel disparaître ?
Disparaître, non, mais devant la nécessité évoluer, assurément. Il existe un dispositif intéressant qui est une combinaison des deux formules, on le nomme « blended » (mélangé). On y propose une partie en distanciel qui pourrait être celle des apports théoriques, par exemple, et une partie en présentiel qui pourrait être celle des travaux pratiques. J’interviens dans plusieurs branches professionnelles et je pense que c’est plutôt cette option que les organismes de formation vont proposer désormais.
La certification va-t-elle devenir obligatoire ?
Oui, si on veut proposer des formations qui pourront être prises en charge sur fonds publics ou mutualisés.
Efficient Ways accompagne les professionnels de la formation dans leurs projets.

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