Fermez les yeux et pensez à Jacques Dessange… Les premières images qui viendront en tête sont les mythiques campagnes de publicité autour d’une femme active arborant l’iconique blond californien qui a fait la renommée de la maison. Mêmes images fortes pour des empires comme Vidal Sassoon ou Toni & Guy. Et pour cause ! La coiffure est un métier d’image et de mode. Donc intimement liée à la photographie.
Avec l’explosion des réseaux sociaux et la digitalisation du métier, la photographie connaît de grandes mutations. « Quand autrefois, seuls les grands noms de la coiffure lançaient des collections, devenant ainsi les influenceurs de toute la profession, aujourd’hui, avec Instagram, tous les coiffeurs peuvent partager leur travail et leur créativité », rappelle Christophe Gaillet, à la tête de MK Production, sa société de production.
De plus en plus de patrons l’ont compris : s’offrir les services d’un professionnel a un coût mais le retour sur investissement en vaut la chandelle. Shooter une collection présente plusieurs avantages : donner une image de marque au salon, révéler à la cliente les savoir-faire et les techniques maîtrisés par l’équipe, recruter de nouveaux clients, communiquer auprès de la presse ou sur les réseaux sociaux avec des images fortes, fédérer les collaborateurs autour d’un projet commun et même donner envie aux jeunes talents de postuler dans le salon.
Pour vous aider à y voir plus clair, Biblond a rencontré certains des grands acteurs de la photographie de coiffure. Du sérail ou non, ils participent, grâce à leur regard affûté, à créer les images qui font rêver les coiffeurs comme les consommatrices.

« Il faut distinguer la photo rapide que l’on prend avec son smartphone pour les réseaux sociaux et la photo éditoriale qui, par le biais d’une collection, permettra de révéler tous les services proposés dans le salon et exprimer toute sa palette créative. Les deux sont complémentaires et essentielles. C’est une équipe de professionnels qui crée les images d’une collection, éditorialisées pour le dossier de presse. Cela inclut styliste, maquilleur, photographe mais aussi un certain éclairage, des filtres et des retouches par logiciel… Comme cela a un coût, vous pouvez vous contenter d’une seule collection par an.
Avec une dizaine d’images, vous communiquerez toute l’année, soit en les révélant petit à petit, soit en les republiant. Soignez tous les détails. Nous faisons un métier de beauté donc l’image doit faire rêver. Il faut raconter des histoires, mettre des paillettes dans le quotidien, le tout accompagné de hashtags bien sentis, hors du domaine de la coiffure. Les photos de la collection peuvent aussi être accompagnées de vidéos courtes dans lesquelles vous dévoilerez les secrets de shooting… Pour la collection, prenez un mannequin avec un beau visage. Avec des images glamour, vous aurez une chance d’être publié dans la presse. Cela aura un impact positif sur votre réputation auprès des clientes comme des maisons de produits. Je prône aussi la simplicité et le naturel, pour ne pas égarer l’œil. Si on a la bonne stratégie de l’image, une photo peut avoir l’effet d’une bombe ! Le client me livre 4 ou 5 boards autour de l’univers qu’il veut créer.
En tant que chef d’orchestre, je vais en garder le meilleur, un concentré d’idées. L’essence même du projet. Puis on lance le process. Le jour du
shooting, tout est calé. C’est une réelle aventure humaine. »

Pendant ses études d’écriture multimédia, Gaël Thill découvre la photographie et la retouche d’images. Dès lors, il se passionne pour l’aspect artistique du métier. « Voilà dix ans que j’accompagne coiffeurs ou groupes dans la réalisation de visuels, pour les concours, les shows, les shootings… Récemment, j’étais à Lille pour le groupe Couleur Coiffeur sous la direction de Cathy Batit. La coiffure est un métier de mode et d’image. Main dans la main, nous œuvrons pour révéler le travail et le talent des coiffeurs. Ces collections que l’on crée auront un impact sur la mode capillaire, elles vont influencer les tendances et les désirs des clientes.
Les photos font la promotion d’un savoir-faire, sur les réseaux sociaux, dans la presse mais aussi en salon. Elles sont le fruit d’un travail d’équipe, chaque intervenant est là pour sublimer le travail du coiffeur. En général, le client me contacte via les réseaux sociaux. Nous parlons du projet et de sa finalité. On se lance dans l’organisation du shooting avec modèle, décor, équipe, style… Si la ligne éditoriale est clairement définie, le shooting sera optimal. »

Autodidacte, Pascal Latil a eu plusieurs vies, dans le tourisme entre autres, avant de se lancer à 100 % dans la photographie en 2011. « La curiosité m’a entraîné à répondre à une annonce pour le Coiffure Beauté Méditerranée. Au même moment, j’ai découvert l’aspect artistique du métier. Très vite, mon agenda s’est rempli. Pour m’ouvrir de nouvelles portes, je me suis lancé dans le coaching et la production de collections.
À la suite de ma collaboration avec Éric Maurice, nous avons monté ELP Hair Production. » Ses nouveaux défis ? « Nous créons des collections de A à Z. Cela peut même inclure la direction artistique, les relations presse, l’impression catalogue.
Avoir une photo publiée dans la presse à l’étranger aura un impact sur la cliente finale. Certaines photos sont des œuvres d’art que les galeries nous demandent. Elles permettent aussi de sortir des clichés qui entourent le métier et lui redonner toute sa valeur. » Ses conseils ? « Proposez un style dans son ensemble. Le look, l’attitude, le décor comptent autant que la coiffure. Ne lésinez pas sur la qualité. L’image va porter votre nom. Enfin, dans la vie d’un salon, la photo devient un outil de management qui fédère les équipes autour d’un projet. »

S’il photographiait à la base des artistes de la scène musicale, ce spécialiste de la formation pour adultes est entré dans la coiffure, il y a vingt ans, un peu par hasard. Sa vision du métier ? « L’essentiel, c’est le délivrable, c’est-à-dire ce que le photographe délivre au commanditaire. Il doit donc se mettre à la place du coiffeur et pour cela, un travail d’échange est primordial.

Même si le photographe est techniquement bon, il doit surtout apprendre à comprendre son sujet, ce qu’il va réaliser. » Mais qu’est-ce qui différencie une photo studio d’une photo en live sur un show ? « Ce qui se passe sur scène ne peut être refait. On est dans l’instantanéité. Si le photographe rate un grand moment d’émotion, il a échoué ! Cela inclut un niveau d’exigence très élevé. Au MCB, par exemple, je suis les répétitions. J’ai besoin de caler les moments forts de chaque scénographie. Je prends des notes. Le jour J, j’ai un plan de prises de vue pour être le plus fidèle possible à ce qu’a voulu faire le scénographe et ce sans gêner le public ! Mon rôle est de le valoriser le coiffeur. » Et comment a évolué le métier pendant ces vingt ans ? « Beaucoup vont à la simplicité en utilisant un smartphone. Ce n’est pas le même niveau d’exigence ! Heureusement, les grandes marques font encore appel à des professionnels.

On ne peut pas vendre des produits avec des photo médiocres ! » La clé de la réussite ? « Il faut rester humble. Derrière une coiffure, il y un travail colossal, de la part du coiffeur et de son équipe. Et finalement, nous ne faisons qu’appuyer sur un bouton. »

« J’avais participé à beaucoup de shootings et j’ai eu envie de m’exprimer autrement. Cela m’a permis de véhiculer ma propre image de la beauté. Quand je travaille pour d’autres, c’est leur image que je véhicule.
Pour cela, il faut avoir une solide connaissance technique, mais aussi une bonne culture générale. L’image, c’est l’âme d’une entreprise. Je ne comprends pas que tous les salons ne créent pas leurs propres visuels, même si cela se démocratise. Comme cela a un coût assez important, les coiffeurs préfèrent aller vers ce qui marche sur les réseaux sociaux. Nous perdons en créativité ! C’est en prenant le risque de faire ce qui nous plaît que l’on se démarque. Le but est de livrer sa vision personnelle de la beauté. » Ses conseils ? « Ne vous focalisez pas que sur la coiffure !
Regardez une photo de mode. Ce n’est pas qu’un vêtement. Il y a un contexte, un décor, une attitude. La femme est là pour valoriser l’histoire, donner l’esprit à une photo. La coiffure n’est qu’un accessoire comme un autre. Je demande un moodboard. » Tout part de cette feuille blanche sur laquelle il va coller des images ou des mots qui résonnent en lui. « Petit à petit, ces choses vont créer un ensemble homogène qui sera le fil conducteur de la collection. » L’impact sur la cliente finale ? « En voyant ces images, elle sait, que dans ce salon, on lui parle de mode et de beauté. Les photos doivent changer régulièrement, comme nos envies évoluent. Et dans cette période de crise, plus que jamais, nous devons montrer que nous sommes toujours présents. Et faire notre métier : valoriser la beauté. »

« C’est un milieu que je connais bien, j’ai commencé à 14 ans puis j’étais en studio dès l’âge de 18 ans. » Sa vision ? « Il existe trois façons de faire de la photo. La manière “sushi” où l’on voit le produit que l’on va manger, la manière “déguisement ”où l’on propose quelque chose d’importable pour la consommatrice, dont le but est d’impressionner les autres coiffeurs. Enfin, la plus difficile, celle que je prône, la manière “parfum” qui dit que je m’adresse à telle cliente et où la coiffure fait partie du message. Comme un bon coiffeur regarde la femme dans son ensemble, je crée un univers total. L’image est donc plus proche de la photo de mode. Dans l’air du temps. Contemporaine. La consommatrice finale doit se reconnaître. Et être rassurée !
Elle entre dans le salon pour retrouver ce style. J’ai l’avantage de parler le même langage que les coiffeurs. C’est naturel pour moi. Faire une belle photo, c’est facile. Faire quinze ans de belles photos, avec une cohérence, créer une image de marque sur la durée, c’est un métier : le mien ! » Et comment ce métier a-t-il évolué ? « Avec l’arrivée du numérique, les gens ont pensé que c’était plus facile. Or, il est encore plus difficile de traiter une image numérique. Il y des règles à connaître… Une image peut être belle sur votre ordinateur et pour autant inexploitable. Il faut travailler sur un écran calibré, respecter une chaîne graphique. » Ses conseils ? « Définissez clairement la finalité d’un shooting. Vos visuels doivent faire rêver. Une cohérence fédérera les clientes mais aussi vos collaborateurs et même de jeunes talents qui voudront faire partie de votre équipe. »

« Depuis quatre ans, je mets l’accent sur le coaching et développe la partie shooting. J’accompagne les marques, les groupes ou les coiffeurs dans la création d’une identité visuelle. En travaillant main dans la main, nous arrivons à retranscrire ce qu’ils ont envie de communiquer. Je sers donc de catalyseur, de détonateur. Je peux les coacher sur toutes les étapes, du moodboard à la refonte du site Internet ou à la création d’un dossier de presse.
Pour un salon, c’est vital. Avec l’explosion des smartphones et des réseaux sociaux, tout le monde communique. Réaliser ses propres visuels permet d’affirmer un style, une vision, des idées. Créer une identité visuelle est un vrai métier. Une image se construit. » Ses conseils ? « Ne soyez pas trop axés sur la coiffure. Les clientes sont séduites par une image, une ambiance, une énergie. Il faut raconter une histoire. » Une fourchette de prix ? « Cela peut osciller de 5 000 euros pour un petit salon à 50 000 euros pour un grand groupe. Évidemment, l’équipe – le photographe, le mannequin, le styliste ou le maquilleur – n’aura pas le même niveau selon le tarif. » Et quelles seront les répercussions ? « Au-delà de crédibiliser le salon auprès de la cliente, les photos sont un extraordinaire outil pour créer une dynamique de groupe et gratifier les collaborateurs qui seront heureux de revendiquer un savoir-faire.
Biblond, pour les coiffeurs !




















