Sandrine Ruiz : clap de fin pour le salon familial

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La nouvelle est tombée sur les réseaux sociaux le 8 avril. Sandrine Ruiz annonçait sur son compte Facebook la fermeture du salon familial à Toulouse.

« 1986/2022. Trente-six ans de vie dans un salon, et cela se termine aujourd’hui […]. Une histoire incroyable que nous avons vécue dans ce salon où pas moins de 35 apprentis ont été formés, nous sommes très fiers de terminer cette belle histoire de vie particulière et familiale en beauté. Nous pouvons dire merci à nos clients, nos fournisseurs, nos partenaires bien évidemment nos parents qui nous ont mis sur la route des ciseaux », pouvait-on lire. Mais ne nous méprenons pas ! Pas question pour Sandrine Ruiz et son frère Cédric Pichou de poser les ciseaux. « Pour Cédric et moi, notre route du cheveu continue différemment, quand on est derrière le fauteuil depuis l’âge de 13 ans, il est impossible d’arrêter net comme ça », annonçait la coiffeuse / directrice artistique / formatrice.

Curieuse, l’équipe Biblond a voulu en savoir plus… Entretien téléphonique avec une wonder woman.

Biblond : Bonjour, comment vous sentez-vous aujourd’hui ? On perçoit l’émotion qui se cache derrière vos mots…

Sandrine : Avec maman, nous avons ouvert ce salon le jour de mes 20 ans en 1986. Le 14 octobre précisément. Nous avons tenu ce salon pendant trente-six ans, moi, avec des rêves de dingue dans la tête. Je voulais être connue et reconnue. J’ai participé à beaucoup de concours. Je voulais tout : un salon qui marche, une activité artistique dense, un mari et des enfants… Le tout sans quitter Toulouse ! Prouver que je pouvais réussir sans quitter ma ville et monter à Paris. Pour Cédric et moi, ce salon c’est notre vie ! Bien au-delà de la coiffure. Des enfants sont nés dans ce salon. La vie personnelle était liée à la vie du salon. On a tout vécu dans le salon. Il y a même une période où nous vivions et travaillions ensemble… avec cette envie de réussir !

Pourquoi avoir vendu alors ?

Quand mon frère Cédric a décidé de monter son barber à quelques kilomètres du salon il y a deux ans, il a réalisé son entreprise tout seul. Il a prouvé qu’il pouvait y arriver seul. Mais quand il est parti, ça m’a un peu coupé les ailes ! C’est grâce à lui que j’ai pu faire tout ça. La Covid-19, les difficultés à recruter et trouver des collaborateurs… D’un coup, je me suis sentie inadaptée au monde d’aujourd’hui dans l’entrepreneuriat. Je ne me sentais plus capable. Je suis d’une autre génération. On faisait beaucoup d’heures sans compter. Comme j’étais passionnée, je donnais toujours plus. C’est difficile pour moi que ce métier puisse devenir pour d’autres juste un métier alimentaire. J’ai donc voulu arrêter le salon. On l’a vendu. Mais pour autant, impossible pour moi d’arrêter la coiffure !

Quels sont vos nouveaux défis aujourd’hui ?

J’ai ouvert un salon privé toujours à Toulouse. En réalité, je l’ai intégré dans ma maison. Je reçois une clientèle qui vient grâce au bouche-à-oreille. Je n’ai pas mis d’enseigne de coiffure. Comme une adresse confidentielle. J’ai d’ailleurs aussi des clientes coiffeuses que je peux recevoir le lundi. C’est un lieu où je reçois chez moi. Donc ce n’est pas du tout la même dimension pour moi. Cédric, de son côté, affiche complet avec son barbier. Il a du mal à trouver un apprenti. C’est un peu le problème général aujourd’hui. J’ai formé 35 apprentis, tous des perles, des employés au top comme on n’en trouve plus. Quand je vois les patrons qui galèrent à recruter, je ne veux plus être dans ces problématiques !



Comment se passe donc cette nouvelle aventure, avec votre salon plus confidentiel ?

J’ai l’impression de redevenir apprentie ! J’ai toujours eu une équipe et des assistants. Aujourd’hui, je fais tout. Le shampooing, le balai… ça me fait du bien ! Je repars à zéro. Et comme je vais avoir plus de temps, je me dis que je vais pouvoir reprendre la formation. Pourquoi ne pas développer des formats courts ? Pourquoi ne pas recevoir des coiffeurs qui veulent se former chez moi ? Tout est à construire et je suis trop actrice de mon métier pour m’arrêter ! J’ai des propositions sympas. Babyliss Pro m’a demandé d’être ambassadrice pour eux. Ça me plaît ! Je me sens tellement disponible que j’ai l’impression d’avoir un boulevard devant moi. Ce n’est pas une fin… c’est un début ! Continuer ma carrière comme ça, c’est un luxe ! Je travaille quand je veux, comme je veux. Je ne suis plus dans le même système de consommation. J’ai établi un taux horaire. Le client paie ce taux horaire, quoi que je fasse sur ses cheveux dans mon salon.

Comment vous sentez vous aujourd’hui ?

Je suis très heureuse et épanouie ! Je n’en reviens pas… Mais il fallait cette maturité pour pouvoir faire ça ! Je n’aurais pas pu à 20 ans. Tous les jours, je suis confrontée à des exercices différents. Je développe aussi des rituels à la lune. Pour une clientèle plus connectée. J’offre à une cliente de faire un rituel avec moi avec massage crânien, relaxation, méditation, tirage d’oracle, boisson ayurvédique. Les jours de pleine lune. À ma grande surprise, j’ai des demandes de clientes jeunes. Mon rôle aujourd’hui est de faire du bien. Et ça me va bien !

Et quid de l’ancien salon familial ?

Il a été repris par un investisseur qui a gardé trois de nos collaboratrices. C’est une autre histoire qui s’écrit. J’ai encore un peu de mal à décrocher. J’appelle mes salariées pour savoir comment elles vont. J’étais assez maternelle avec l’équipe. Plus maman que patronne.



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