Rencontre avec Patrick Ahmed : « Cette crise a donné tout son sens à Community Hairdressers Spirit ! »

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La crise sanitaire due à la pandémie de Covid-19 a changé notre quotidien. De nouvelles habitudes à prendre, peut-être même une autre façon d’appréhender nos modes de vie… Patrick Ahmed, fondateur et directeur artistique des salons Medley, fondateur de Community Hairdressers Spirit, nous fait partager son ressenti quelques semaines après le « déconfinement ».



Comment as-tu vécu cette période de confinement ?
Le confinement a été une annonce choc pour nous tous. Il a fallu réagir très rapidement. J’ai beaucoup travaillé en fait durant cette période, j’ai passé du temps à animer ma communauté. Nous avons mis en place des visioconférences d’une heure environ avec nos membres de Community Hairdressers Spirit pour parler avec eux, les aider à tout mettre en place pour la réouverture. Et nous voulions aussi nous assurer qu’ils allaient bien.
Nous avons eu beaucoup de choses à gérer. Ces deux mois ont été intenses ! Pas de repos ! Il a fallu aussi annuler les stages de formation que nous avions mis en place ou les reporter. En réalité, je n’ai pas vu le temps passer !
Pour les salons de coiffure, les mesures sanitaires n’ont pas changé grand-chose car nous avions déjà des protocoles d’hygiène en place, des gestes barrières. En revanche, ça a beaucoup changé pour Community. De nouveaux adhérents nous ont rejoints alors que tout était à l’arrêt.
Ce qui s’est avéré positif durant cette crise, c’est cette envie de fédérer, de se regrouper. Grâce à ce réseau les gens ont pu être informés très rapidement. Nos membres ont fait preuve de solidarité, il y a eu beaucoup d’échanges et de contacts entre eux. Je dois avouer que cette situation a donné tout son sens à la communauté. Cela a été une révélation pour moi durant ce confinement
De mon côté, je reste optimiste, car cette crise nous a permis de nous rendre compte que les gens ont vraiment besoin des coiffeurs. Alors, certes, cela risque d’être difficile pour nous tous jusqu’en septembre, mais je pense qu’alors tout reviendra à la normale. Au mois de mai, nous étions tous repartis sur d’excellents résultats, juin s’est avéré plus calme. Je pense qu’il faudra bien deux ou trois mois pour que tout se remette en place.

Cette crise inattendue a pris tout le monde de court… A-t-elle changé ta façon d’envisager ton métier ? De le pratiquer ?
Cette situation sanitaire nous a obligés à annuler le Community Hair Congress, les salons annoncés ont été soit annulés soit reportés, donc, oui tout a été ralenti, forcément, l’événementiel a été bouleversé. Mais si l’on compare à d’autres professions, je ne pense pas que les choses vont vraiment changer pour nous. Dans certains métiers, on envisage de travailler moins, d’aménager ce temps de travail… Dans notre profession, il y aura sans doute quelques cas isolés, mais, globalement, je ne pense pas que notre façon de pratiquer notre métier sera impactée.

As-tu noté des changements de comportement de la part des clients en salon de coiffure ?
Oui, j’ai pu constater des changements au niveau des clients. Comme je le disais certains envisagent de changer leur rythme de travail. Durant le confinement, ils se sont rendu compte qu’il pouvait faire du télétravail, avoir plus de temps. Et ça c’est un changement important pour eux ! Nous, en revanche, ce n’est pas le même cas de figure, nos équipes les coiffeurs ne sont pas dans la même dynamique.
Envers nous, les clients n’ont pas de demandes particulières. Avant l’apparition du virus, nous avions déjà en place des mesures d’hygiène importantes. À nos mesures barrières, nous avons ajouté des peignoirs jetables dès la réouverture. Même si nous ne pouvons plus leur proposer des boissons, des magazines, les clients sont contents des mesures que nous avons mises en place. Les chiffres du mois de mai le prouvent. Et en ce qui concerne notre rythme de travail, rien n’a changé.



Peux-tu nous parler de l’impact économique après l’arrêt des activités professionnelles durant deux mois ?
Économiquement, c’est sûr, cette crise a eu un impact car nous avons tous perdu deux mois d’activité. Les aides qui ont été mises en place ne peuvent bien sûr pas combler la perte. À mon avis, il faudra bien deux ans avant de rétablir entièrement la situation, avant de retrouver des bons bilans. Certains d’entre nous ont pu bénéficier de prêts de l’État, mais cela revient à contracter  des crédits, donc à avoir des dettes, il faudra les régler un jour…
Pour nous, la priorité était de préserver l’emploi, de préserver les équipes. Nous avons demandé à l’équipe de se donner à fond pour la reprise, mais on ne veut surtout pas supprimer des emplois. Nous avons des contrats d’apprentissage qui arrivent à terme parmi lesquels nous avons proposé à une apprentie un CDD de 6 mois avant son départ à l’étranger.

Que ressens-tu aujourd’hui personnellement et professionnellement ? 
Cette situation a certainement changé la donne pour un certain nombre de personnes, je pense en particulier aux autoentrepreneurs qui, durant cette période, ont pu se rendre compte que leur situation n’était pas très stable. Je pense aussi que le marché du travail sera différent et qu’il y aura moins de turn-over des salariés dans les salons de coiffure, parce qu’il est évident qu’un certain nombre d’entreprises ne vont pas réembaucher de suite.
Le pouvoir d’achat des gens va sans doute baisser, la situation économique sera donc forcément différente. Mais selon moi, cette crise devrait passer sans trop de problèmes pour la coiffure. Malheureusement, parmi les salons les plus fragiles, certains vont fermer, surtout s’ils n’ont pas eu un apport de crédits suffisant. Mais encore une fois, je suis globalement très optimiste pour l’avenir et pour la reprise.