#moncoiffeurapoil : mouvement de colère sur les réseaux sociaux

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Sous le hashtag #Moncoiffeurapoil, c’est toute la colère des coiffeurs qui s’exprime, contraints de fermer leurs salons, jugés non essentiels. D’un coup de gueule poussé sur les réseaux sociaux est né un élan de solidarité qui fait le buzz aujourd’hui.

Quand Jean-Charles, patron du salon The Torture Garden depuis 2010 au Havre, a posté une photo de lui nu, partagée plus de 4 500 fois sur Facebook et invitant la profession à un élan de solidarité sous le hashtag #moncoiffeurapoil, il ne s’attendait pas à créer un tel buzz… En effet, depuis le 5 novembre, son coup de gueule a entraîné des coiffeurs partout en France, et même en Belgique, à prendre la pose dans le plus simple appareil pour dénoncer les injustices subies par la profession.



« Nous sommes plutôt originaux. Quand on nous a annoncé la fermeture des salons, je me suis retrouvé à poil comme le dit l’expression. J’ai voulu l’illustrer avec ce cliché », explique l’instigateur du mouvement, qui rappelait sous sa photo que « le métier pèse à lui seul 85 192 salons, 200 000 travailleurs déclarés, 6 milliards de CA », qu’il est le deuxième secteur de l’artisanat (premier employeur de France). Autre raison de sa colère ? La fait que les plus importants grossistes « inondent de mails et SMS le tout-venant » et puissent vendre des produits professionnels aux particuliers. « C’est un problème qui existe depuis très longtemps, mais en période de crise, cela ne fait qu’accentuer les inégalités au sein d’une même corporation. J’attends aujourd’hui une réaction des syndicats. »

Fresque humaine et artistique

Aujourd’hui, #moncoiffeurapoil compte près de 430 occurrences sur Instagram. Des clichés de coiffeurs, venus des quatre coins de la France, nus, mis en scène dans leur salon ou avec leur matériel professionnel, forment une fresque humaine aussi revendicatrice qu’artistique. Car si le mouvement est à la base contestataire, il revalorise aussi les coiffeurs, révélant leurs personnalités fortes et multiples.

Audrey, salon Andalasia

Parmi eux, Audrey, 39 ans, patronne du salon Andalasia à Saint-Maur-des-Fossés, n’a pas hésité une minute. « J’ai vu la photo de Jean-Charles sur un groupe sur Facebook à 11h. Le soir, à 18h, j’étais nue dans mon salon. En un quart d’heure, mon mari a pris la photo avec son téléphone. » Une semaine plus tard, elle assume totalement ce cliché impudique. « Contrairement au premier confinement où j’étais triste et désemparée, aujourd’hui, c’est la colère qui m’anime, quand je vois tous les commerces qui ont le droit d’ouvrir autour de mon salon. Mais aussi parce que contrairement à d’autres professions, les coiffeurs s’expriment rarement. Soyons honnêtes : si demain, nous descendons dans la rue, il y aura peu d’impact. Ce buzz sur les réseaux sociaux permet de parler de notre mécontentement et de notre détresse. » Résultats ? 30 000 vues comptabilisées par sa photo. « Je n’ai reçu aucun message désobligeant. Ces photos n’ont rien de vulgaire. Elles font passer un message fort. Il est clair que si le confinement se prolonge en décembre, nombre d’entre nous devrons mettre la clé sous la porte et ce ne sont pas les aides de l’État qui pourront compenser la perte d’une période-clé pour un salon, celle des fêtes », poursuit-elle.

Messages de soutien et d’amour

Salon La Loge

À Seynod, à côté d’Annecy, les 10 collaborateurs de La loge ont joué le jeu, sous l’objectif de Magali. Son mari, Joris, a fondé ce salon il y a quatorze ans. « Nous avons une équipe merveilleuse, solidaire, impliquée… Ils ont envie de travailler et d’évoluer. Ce mouvement les concerne aussi. Nous avons eu envie de sensibiliser les gens avec de belles photos qui révèlent la force de cette équipe », explique la coiffeuse-photographe. Dès le premier jour, ils ont été submergés par les réactions positives, « des messages de soutien et d’amour ».

Salon La Loge

Un réconfort bienvenu à l’heure actuelle. « Notre salon, c’est toute notre vie. Plus qu’un métier, c’est une passion. Elle est vitale. Nous y mettons tout notre cœur. Alors quand le gouvernement décide que nous ne sommes pas essentiels, nous le vivons comme une injustice. Nous sommes dans l’incompréhension, nous qui ne demandons qu’à travailler ! », poursuit-elle.

Salon La Loge


Le buzz est loin de s’essouffler. Demain, quelques représentants du mouvement #Moncoiffeurapoil sont conviés sur le plateau de Touche pas à mon poste sur C8. En direct dès 22h30, Cyril Hanouna les invite à débattre avec la ministre de l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher.

Salon La Loge

« C’est une bonne chose de pouvoir parler avec une politique et lui demander des explications. Pourquoi ne nous laisse-t-on pas travailler ? En quoi aller dans un salon est plus dangereux que de faire ses courses dans un supermarché ? Pour le moment, les photos ont attiré des articles dans la presse régionale, mais aucune réaction des représentants de l’État », conclut Audrey du salon Andalasia.



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