Belles, avec ou sans cheveux

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La maladie est une épreuve, la perte des cheveux un traumatisme. Conseiller, accompagnant ou simple technicien, décryptage d’une autre facette du métier de coiffeur.

Symbole de vitalité et de puissance, la chevelure est l’un des attributs essentiels de la féminité. « Au delà de l’aspect séduction, les cheveux sont aussi une forme d’identité. La personne qui en est privée a du mal à se reconnaître dans le miroir, souligne Nicole Landry-Dattée, psychologue à l’Institut Gustave Roussy. La perte des cheveux est aussi assimilée à de nombreuses images négatives. Entre autres à la mort, mais aussi aux femmes que l’on tondait après-guerre parce qu’elles avaient “fauté”. » Rien d’étonnant donc que les femmes le vivent comme une honte ou une punition. Certaines préfèrent rester cloîtrées chez elles, d’autres sombrent dans un état dépressif.

Soutenir et conseiller pour aider à se battre contre la maladie

Les coiffeurs jouent alors un rôle essentiel pour accompagner, soutenir et conseiller les clientes. « Il est le confident, celui qui vous rend belle, envers et contre tout », indique Céline Dufranc, journaliste spécialisée dans la cancérologie, notamment pour Rose Magazine. C’est d’autant plus vrai quand la perte de cheveux découle d’un traitement chimiothérapeutique et se double de la douloureuse épreuve de la maladie. Pour ces femmes, fragilisées par le cancer, c’est l’un des effets secondaires les plus redoutés, un stigmate de la maladie… « L’absence de cheveux la renvoie sans cesse à sa maladie. Elle ne peut pas oublier qu’elle a un cancer », poursuit Nicole Landry-Dattée. L’exemple de Christine N. est frappant.

Elle a porté les cheveux longs toute sa vie. L’an dernier, elle a dû subir une chimiothérapie. Ce n’est qu’une fois guérie qu’elle a assumé le fait de se montrer sans perruque devant sa famille. N’oublions pas que la perte des cheveux n’est pas une conséquence de la maladie, mais de la chimiothérapie, donc du chemin vers la guérison. Les soignants conseillent souvent aux malades d’aller voir leur coiffeur avant de commencer le traitement. Afin de dédramatiser et d’éviter la chute progressive, il est recommandé de se couper les cheveux en amont. Cela permet de préparer la patiente à la perte et de tenter de la rendre moins douloureuse. En outre, cela augmente l’efficacité du casque réfrigérant, traitement préventif utilisé pour les chimios de courte durée. « Cette démarche permet de mieux supporter psychologiquement le moment où les cheveux vont commencer à tomber », poursuit la journaliste.

Le coiffeur doit comprendre cette demande et y répondre de façon adéquate. Non, cette personne ne vient pas simplement pour changer de look, et pourtant elle a tout autant besoin de conseils beauté qu’une autre ! Prendre soin de soi au plus fort de la maladie est un moyen de se battre. « L’idéal est d’avoir une relation privilégiée, voire intime avec son coiffeur, qui sait sans qu’il soit besoin de tout dire, insiste Céline Dufranc. Le coiffeur doit pouvoir entendre les choix de sa cliente et la conseiller : qu’elle assume sa boule à zéro ou veuille changer radicalement de look, c’est sa décision. » C’est également vers leur coiffeur que les personnes se tournent pour avoir des renseignements sur les perruques.

Il vaut d’ailleurs mieux choisir sa perruque quand on a encore des cheveux afin de trouver une teinte la plus proche possible du naturel. Là aussi, vous devez pouvoir répondre et orienter vers les bonnes adresses. Il est essentiel de bien connaître cette problématique afin de ne pas laisser votre cliente face à ses questions. Enfin, n’oubliez pas de donner des conseils beauté : Comment nouer un bandeau ? Quels accessoires peuvent égayer une coupe courte ? Autant de techniques à découvrir pour vivre au mieux la perte de cheveux et continuer à se sentir belle.

L’avis de Laure Gabillet

Si les problèmes de perte de cheveux ne représentent aucun danger vital pour nos clientes, les effets psychosociaux et émotionnels, eux, sont lourds. Certaines personnes peuvent être si bouleversées que le problème de déficit capillaire en affecte leur vie, tant personnelle que professionnelle. Il est donc très important de savoir comment s’y prendre pour les rassurer et les guider en leur proposant des solutions adaptées à leur cas. En leur apportant les solutions efficaces qu’offre le secteur, nous, coiffeurs, pouvons les aider à réaffirmer leur identité par la valeur symbolique que peut avoir la chevelure.

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