Vincent Moutault

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Ne lui demandez pas de choisir : Vincent Moutault aime quitter son salon pour former d’autres coiffeurs, créer ses collections, monter sur scène ou tourner un court-métrage. Mais il aime y revenir, retrouver son équipe et sa clientèle. Rencontre avec un caméléon.

© Yves Kortum / Sylvain Richert / Marc Dubord

1995  BP de coiffure

J’ai suivi une formation dans une école privée à Besançon. Je bossais du lundi au samedi, sans jamais prendre de vacances. J’essayais de reproduire sur les têtes malléables ce que je voyais dans les magazines.

1994 Grave accident d’alpinisme, plus de deux mois de coma

Certains voient une lumière blanche pendant le coma, moi je pense que j’ai réfléchi à ma vie. En me réveillant, j’ai su que je serai coiffeur. J’ai fait ce choix sans tenir compte de l’avis de mes parents, qui n’étaient pas pour. Une fois la surprise passée, ils m’ont encouragé.

1996 Ouverture du salon 220 à Dijon

Je voulais être libre de ma vie, de mes choix, et je savais donc que je ne serai pas salarié. J’ai eu rapidement l’opportunité de racheter un salon dans lequel j’avais travaillé.

2002-2008 Coiffeur freelance pour le cinéma

Pendant cinq ans, j’ai géré en parallèle mon activité en salon et mon travail dans le cinéma. J’ai participé à une soixantaine de films, au festival de Cannes et j’ai notamment coiffé Bérénice Bejo. Cela m’a permis d’apprendre à créer des styles et à m’adapter à des personnages. Cette expérience m’est utile en salon, pour « révéler » mes clientes.

2005 Première collection

2008 Formateur coupe, couleur et coiffure du soir à la Centrale des artisans coiffeurs

2009 Inauguration de son salon dijonnais, La Loge 220

2010-2011 Coiffeur pour l’émission Belle toute nue, sur M6

Une bonne expérience, mais j’en ai fait le tour. La pression de la caméra et de la réussite m’a beaucoup appris. Je sais bien mieux gérer mon stress !

2011 Shows pour Davines

De vraies réussites en glamour et esthétique. Ces événements m’ont conduit à Colmar, Lyon, Aix-en-Provence, Nice, Marseille…, de belles rencontres pour de beaux moments.

Curieux et impressionnant que le trajet de Vincent Moutault, coiffeur qui monte, propriétaire à Dijon du salon La Loge 220. Parmi ses multiples rêves d’adolescent, celui de devenir guide de haute montagne. Mais un terrible accident y mettra fi n, le laissant plus de deux mois dans le coma.

Il a 21 ans et, au réveil, il se décide : bien que ses parents l’aient toujours poussé à poursuivre ses études, il sera coiffeur, son envie inavouée qui le taraude depuis l’enfance, sans qu’il puisse l’expliquer. Depuis cette date, Vincent Moutault n’a jamais mis de côté sa pugnacité et son envie sans cesse renouvelée d’exercer ce métier dans toutes ses dimensions.

« Pour être bon, j’ai besoin de m’évader »

Tour à tour coiffeur dans son salon dijonnais, « mon antichambre de Paris », formateur, coiffeur studio, mais aussi pour le cinéma, il ne cesse de changer de casquette.

« Je ne conçois pas que mon travail sur mes collections ne soit pas retransmis via des formations. De même, je pense que le travail en salon doit s’accompagner d’actes de recherches artistiques. Pour être bon, j’ai besoin de m’évader, mais pour moi il est indispensable de garder un pied dans la réalité du salon, ne serait-ce que pour continuer à communiquer avec les gens, une facette de mon métier que j’apprécie énormément. »

Une aventure inoubliable

Minutieux, Vincent Moutault aime que les gens sortent de son salon bien « coupés », mais aussi très bien coiffés. « J’aime le coiffage, le travail de la matière. » Il a par ailleurs développé un concept bien à lui à La Loge 220, puisque ses quatre salariés et lui-même travaillent sans miroir ! « L’idée est que la cliente  vive une aventure inoubliable avec nous.

Le diagnostic se fait sans glace, ce qui impose un nouveau langage. Pendant la coupe, (travail technique et proposition de coiffage) le coiffeur a plus de pression puisqu’il est sans fi let face au client. Cela demande une équipe très bien formée.

Ensuite, cela se termine dans une loge comme au cinéma, face au miroir. Les gens sont surpris, mais deviennent vite accros ! J’aimerais développer d’autres salons à partir de ce même concept, je pense que je tiens quelque chose. »

Le travail des plus grands

Le coiffeur dijonnais a su créer une équipe de collaborateurs stables et motivés, qu’il rêverait de placer à la tête de futurs salons. « J’implique mon équipe dans mon travail de création. Ils viennent régulièrement m’assister, nous partageons nos idées. »

Outre son équipe de fidèles, Vincent Moutault aime s’accompagner du travail des plus grands. Trois coiffeurs l’influencent tout particulièrement : « Alexandre de Paris et son équipe, pour la maîtrise parfaite de leur art, la beauté de leur travail ; Hob pour leur actualité, leur vision décalée ; et Jacques Thill pour la fi nesse et l’élégance de son travail. Ce sont mes trois garde-fous. J’essaie de ne pas trop m’en écarter. » Des repères qui permettent à ce coiffeur ambitieux de continuer à marcher sur les chemins qu’il s’est fixés, sans jamais perdre de vue ses rêves et ses valeurs.

L’astuce technique de Vincent Moutault

Je travaille presque toujours ma coupe sur cheveux secs, en commençant par les grandes lignes géométriques. Je vérifie et j’affine ensuite, après le shampooing, pour fi nir les derniers réglages (matière, frange…) et faire valider mes choix avec l’appui de la cliente après coiffage.

Questions

Vous êtes formateur à la Centrale des artisans coiffeurs… Quelles sont vos ambitions sur ce terrain ?

Inspirer, redonner l’envie aux coiffeurs, développer l’analyse du client… Nous sommes les professionnels, c’est à nous d’apporter les solutions, les idées, de guider les clients pour les révéler. Cela ressemble à un programme électoral !

Comment procédez-vous pour la formation en interne ?

J’organise régulièrement des trainings le soir pour mes collaborateurs. Ces
soirées sont ouvertes à tous les coiffeurs de la région : je poste une annonce
sur Facebook, et chacun peut venir avec son modèle. Cela crée une dynamique
pour mon équipe ! J’accueille par exemple des étudiants qui préparent leurs
examens. Je fais également venir d’autres coiffeurs que j’apprécie pour
participer au training et apporter leur regard.

Quelles sont vos inspirations pour vos créations ?

Mes créations suivent mon humeur, l’actualité, l’air du temps. J’aime mettre en scène l’émotion et une histoire dans les photos que je travaille avec Yves Kortum ou Marc Dubord, de grands photographes.

Vous avez quitté le milieu du cinéma, mais pas complètement, semble-t-il…

En parallèle de mon métier de coiffeur, j’ai créé mon premier court-métrage (bientôt visible sur Youtube) que je produis et coréalise, La Minute qui compte. C’est un film ironique sur le sort que l’on réserve à nos clientes en salon de coiffure, c’est éducatif.

 

Son univers

Un film : Marie-Antoinette, de Sofi a Coppola. J’aurais adoré être le coiffeur de ce film ! J’aime revisiter ce qui se faisait dans le passé et j’ai un penchant pour les films historiques.

Une musique : With or without you, de U2. J’écoute cette chanson quand j’ai des choix importants à faire, en m’isolant.

Un créateur : Amélie Loisy, styliste, ma petite amie ! J’adore ce qu’elle fait, elle est joyeusement « noire » ! Nous travaillons très souvent ensemble.

Un souvenir d’enfance : La première fois que j’ai mangé une barbe à papa, c’était énorme, rose, joli, léger et tellement bon !

Un rêve : Réussir mon mariage, qui aura lieu l’année prochaine !

Mon héros : Super bigoudis, en guest dans le prochain Avenger !

Un parfum :  L’Eau d’Issey, le parfum que porte ma mère depuis quinze ans.

Une bonne adresse : Le Millésime, un restaurant près de Dijon, à Chambolle- Musigny. Le chef est un futur très grand, il a 30 ans et beaucoup d’avenir !

Une ville : Dijon, ma ville, celle que je ne quitterai pas. Ici, j’ai l’opportunité de créer. C’est une ville magnifique, où il fait bon vivre. Nous sommes dans le département 21, et pour moi c’est le 21e arrondissement de Paris, nous ne sommes qu’à une heure et demie de la capitale !

Un accessoire : Ma moto, pour partir me balader et me faire des piqûres d’adrénaline !

Un cadeau : Un tracteur pour mon jardin, qui ne pollue pas du tout. Ce serait mon jouet !