À 25 ans, Charlie Le Mindu défraye déjà la chronique avec ses défilés de Haute Coiffure à sensation. Qu’on aime ou pas, l’oeuvre du perruquier français expatrié à Londres ne laisse pas indifférent.
Il a un air d’un petit garçon, Charlie Le Mindu.
Intimidé quand on l’aborde, presque fragile. Mais ne vous fiez pas aux apparences, car cette réserve naturelle n’est qu’une façade. En dessous se cache un esprit sulfureux, une personnalité volcanique. Qu’on ne tarde pas à découvrir au fil de la discussion. Et cette réserve que l’on prenait pour de la timidité n’est en fait que de l’humilité. Son héritage familial…
C’est auprès de sa grand-mère, dans la campagne bordelaise, que Charlie apprend les rudiments du métier dès l’âge de 13 ans.
La technique, il la perfectionne pendant sa formation française « très classique », mais indispensable. La créativité, il la cultive en fréquentant le milieu punk, en témoigne son look déluré, mais toujours de bon goût. Ses affinités et ses rencontres dans le monde de la nuit et du show-biz, ainsi que sa passion pour le cinéma finissent de nourrir son inspiration.
Non, Charlie Le Mindu n’est pas un coiffeur comme les autres. Mieux, il n’est pas vraiment un coiffeur : c’est un créateur de Haute Coiffure, un styliste du cheveu, qui se plaît à transformer ses perruques en chapeaux, en capes ou même en jupes.
De Londres à Paris, le trublion fait ses classes
Ne dites pas à Charlie qu’il est un provocateur. Lui n’en a en tout cas pas l’impression : « Si c’est le cas, ce n’est pas voulu, c’est plutôt quelque chose de naturel chez moi », s’amuset- il. Pourtant, chacun de ses défi lés est un événement qui ne manque pas d’échauffer les esprits.
Lors d’une Fashion Week de Londres, il n’hésite pas à faire défi ler ses modèles nues et couvertes de sang, une manière de « mettre en valeur » ses créations. En artiste affirmé, Charlie justifie ses choix par leurs valeurs esthétiques. Il admet tout de même aimer « provoquer des réactions extrêmes » chez son public. Il veut qu’on l’adore ou qu’on le déteste.
Lors de son premier défilé parisien, qui s’est déroulé dans le cadre de la Fashion Week, en octobre dernier, l’audace, l’impétuosité et le grandiose étaient une nouvelle fois au rendez-vous.
Des perruques tout en volume, camaïeux de bleu, des voiles arabisants et des costumes faits d’ongles et de cheveux masquaient à peine la nudité superbe des modèles.
Et Rosi de Palma, égérie fantasque du réalisateur Pedro Almodovar, de conclure cette représentation par un show plus que suggestif dans une tenue à la hauteur de son exubérance. Nous, on a réagi à l’extrême, et on a adoré !
Le conseil de Charlie
« Le plus important est d’acquérir de solides bases techniques. En formation, les profs le rabâchent sans cesse, mais on ne le dit jamais assez ! D’autant que l’école française est vraiment au top techniquement. Son seul défaut : son classicisme et son manque de goût. C’est plus tard qu’on développe sa propre créativité. »
Entre nous…
Le 1er octobre dernier, Charlie Le Mindu présentait sa dernière collection lors de la Fashion Week à Paris. Une grande première dans la capitale pour le jeune perruquier
établi à Londres. Rencontre…
Quel a été votre source d’inspiration pour ce défilé ?
Je me suis principalement inspiré du film The Dance of the Seven Veils de Ken
Russell [biopic sur la vie de Richard Strauss]. Je voulais montrer que l’on peut porter un
voile, se cacher les cheveux, et rester une femme forte et belle.
Pourquoi cette prédominance de bleu ?
La couleur bleue me faisait penser au dessin animé Aladin, et au jasmin également. C’est une couleur à la fois sombre et très fun. On peut jouer sur l’ambiguïté, les contradictions.
La nudité est très présente dans votre défilé…
Oui, j’aime aller d’un extrême à un autre, montrer des femmes voilées qui n’ont pas peur pour autant de montrer leur corps. Et puis, je trouve qu’esthétiquement le voile peut être très beau sur une femme. J’ai voulu essayer d’imaginer ce qu’elle pouvait bien cacher sous ce voile. Ce n’était pas spécialement fait pour choquer !
Votre défilé ressemble beaucoup à un défilé de Haute Couture, alors que votre vocation première est la coiffure…
Pour moi, la mode et la beauté sont étroitement liées. Je veux rapprocher ces deux mondes car ils ont beaucoup à s’apporter l’un à l’autre. C’est aussi pour ça que plusieurs de mes créations sont réalisées à base d’ongles.
Pourquoi êtes-vous basé à Londres plutôt qu’à Paris ?
Londres est plus vivante que Paris. Il y a plus de liberté d’expression là-bas, plus de possibilités. C’est aussi une ville plus jeune donc plus dynamique. Paris, j’y serai peut-être quand j’aurai 40 ans!
Son film : Cry Baby, fi lm musical de John Waters avec Johnny Deep. Pour ses coupes de cheveux tellement rétro !
Un accessoire qu’il adore un peigne de grand-mère !
Son péché mignon le foie gras… Expatrié, d’accord, mais Français avant tout !
Sa saison le printemps, parce que c’est joyeux et frais.
Sa ville fétiche Mexico, après Londres bien sûr !
Son styliste Jean Paul Gaultier
Son adresse londonienne The Box Private Club
Sa musique Kap Bambino, groupe d’électro-rock bordelais (la chanteuse est sa meilleure amie), Peaches, l’exubérante chanteuse canadienne qu’il a rencontrée à Berlin, et l’incontournable chanteuse allemande Nina Hagen…
Thomas Roure
Biblond, pour les coiffeurs !







