Né au Cameroun, Mario Epanya met tous ses talents au service de la beauté de la femme noire. Son credo ? Donner du sens à la mode et faire connaître la symbolique de la culture africaine.
C’est l’histoire d’un boulimique de travail, qui n’a jamais fini d’apprendre. De la peinture, assidûment pratiquée durant son enfance au Cameroun, Mario Epanya a gardé une connaissance intime et sensible des couleurs.
C’est donc tout naturellement qu’il s’est tourné vers le maquillage, porté par la conviction qu’il en était capable. Mission accomplie, puisque dans sa ville natale, Douala, il s’est rapidement fait un nom.
Ce n’est que plus tard, une fois installé à Paris, que Mario Epanya a découvert la coiffure grâce à une formation chez Jacques Dessange. Ce fut une révélation. « J’adore les cheveux, s’enthousiasme-t-il. Une afro, de belles boucles, pour moi ce sont des parures pour le visage, le point final d’une silhouette. »
S’il sait coiffer tout type de cheveux, Mario Epanya a une préférence pour les coiffures ethniques. « Je souhaite mettre en avant une autre vision de la beauté et de la mode. Je suis confronté à beaucoup d’ignorance concernant la culture des pays d’Afrique et la beauté noire, je souhaite simplement créer des ponts », confie-t-il.
À travers ses créations, le Camerounais rêve de faire connaître les traditions de son continent. On retrouve d’ailleurs dans ses photos de nombreux bijoux ethniques.
« Je suis passionné par la symbolique de la culture africaine et je lis beaucoup de livres à ce sujet. Les coiffures ont un sens : elles disent la tribu, le statut social, si l’on est fiancé, marié, noble… Je souhaite valoriser cette culture et la faire connaître aux générations futures. Pour cela, il faut trouver le juste équilibre entre les références historiques et la mode. »
Convaincu que la mode peut ne pas être futile et avoir un impact, Mario Epanya considère ses créations comme des outils politiques. « Je vois trop de jeunes filles déracinées, qui essaient de rentrer dans un moule. Elles veulent ressembler à Beyoncé ou à Rihanna, mais elles ne savent pas d’où elles viennent. Dans mon travail, j’essaie d’intégrer notre héritage, pour le faire vivre. »
Mario Epanya ne se contente pas de coiffer et de maquiller. Débordant d’énergie et d’idées, il s’est lancé dans la photographie, après des années à côtoyer de près les photographes.
« J’ai pris des cours, acheté du matériel, fait des essais de lumière… J’ai peu à peu développé mon style et mes photographies ont tout de suite plu, confie-t-il. Quand on est autodidacte, on invente ses propres codes, on travaille avec ses tripes. »
Lui qui aime contrôler ses images de A à Z fait souvent tout lui-même : coiffure, mise en beauté et prise de vue !
L’astuce de Mario
« Lorsque je travaillais en salon, j’avais pris l’habitude de noter sur fiches les préférences de chaque cliente, en étant très précis : couleurs, textures, passions… Je prenais aussi en note ce qu’elles n’aimaient pas. Grâce à ces données, chaque cliente bénéficie d’un service personnalisé et unique, c’est le succès garanti ! »
Entre nous…
Winkler, son webzine dédié à la beauté noire
Mario Epanya est à l’initiative de Winkler, un magazine en ligne dédié à la beauté noire. Glamour, surprenant et très réussi graphiquement, cette publication promet !
Avant Winkler, vous avez d’abord imaginé un Vogue Africa…
Oui, j’ai toujours trouvé qu’il manquait un magazine de qualité sur la beauté noire. Ce projet Vogue Africa a généré pas mal de buzz et m’a fait connaître, notamment parce que j’avais conçu toute une série de couvertures fictives qui ont beaucoup circulé. Malheureusement, cela n’a pas abouti : le groupe d’édition, Condé Nast, n’a pas accepté mon projet, car l’Afrique n’est pas pour eux un marché porteur, contrairement à la Chine, l’Inde ou le Brésil. Tant pis pour eux, désormais, Winkler est né !
Vous avez lancé ce projet seul, c’est un travail titanesque !
Je suis un bosseur ! Et ce n’est pas dans ma nature d’attendre que quelqu’un me dise oui pour me lancer. Les circonstances m’ont conduit à tout faire moi-même. Je ne pouvais pas me permettre de payer une équipe pour lancer ce webzine. J’ai donc appris tout seul le graphisme. Que ce projet marche ou pas, je voulais le tenter !
Aujourd’hui, quels sont vos projets pour Winkler ?
Pour l’instant, j’ai fait le pari du tout en ligne, mais je souhaiterais d’ici peu tirer une version papier « collector » du magazine. Le site a déjà reçu 70 000 visites et je travaille actuellement sur le business plan.
Son univers
Un film : Orfeu Negro, un film musical brésilien, tiré du mythe d’Orphée et Eurydice, transposé dans les favelas. C’est un magnifique film sur l’amour et la mort.
Un parfum : L’odeur qui sort de la terre avant la pluie, lorsque les toutes premières gouttes tombent. J’aime la nature, la campagne. Je vais très souvent à Nogent-le-Rotrou,
près de Paris.
Une bonne adresse : Le restaurant Africasa, 59, rue du Cardinal-Lemoine, à Paris. Le décor, tout blanc, est absolument féérique, c’est un lieu magnifique et les plats sont délicieux. http://www.myafricasa.com
Un accessoire : Mon appareil photo, que j’ai presque toujours avec moi. J’essaye de capturer les visages, les petits moments.
Une saison : L’automne, le début du froid. J’adore les manteaux et les écharpes.
Une musique : J’écoute Diana Ross du matin au soir ! Sa musique me transporte, j’en ai besoin pour travailler et j’aime le message de ses chansons.
Un petit plaisir : Du chocolat au lait aux noisettes !
Un créateur : Albert Elbaz, le directeur artistique de Lanvin. Il est extraordinaire, très cultivé, toujours dans l’innovation. La femme Elbaz est moderne, avant-gardiste. Je trouve qu’il a tout compris à la femme d’aujourd’hui !
Une couleur : Le bleu. Pour moi, cela représente une certaine solidité. C’est une couleur élégante et pleine d’espoir.
Une recette : Du poisson braisé et des bananes plantains frites. C’est vraiment un plat de chez moi, avec lequel j’ai grandi.
Biblond, pour les coiffeurs !








