L’oeil de l’architecte versus l’oeil du coiffeur

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Prenez un architecte et un coiffeur. Confrontez-les, séparément, à des visuels de coupe. Surprise ! Pour les coiffures les plus graphiques, exceptionnelles ou originales, tous deux ont une analyse assez similaire, chacun de leur point de vue. Benoît Guillou, architecte indépendant et Philippe Zen, ambassadeur Balmain Hair France se sont prêtés au jeu.

 

L’analyse de l’architecte : On a comme l’évocation d’une architecture stalinienne. C’est rigoureux, carré, tramé. Il manque peut-être l’accident volontaire de façade qui fait le charme de l’architecture.

L’analyse du coiffeur : Ici on est quasiment dans une frange qui fait le tour de la tête, jusque derrière l’oreille. Il y a beaucoup de précision accentuée par les côtés rasés.

 

L’analyse de l’architecte : On pense à l’architecture chinoise et aux toits de pagode. L’une des caractéristiques est le gros débord de toit, aussi sur le faîtage (à la croisée des deux pans de toit). Sur le sommet, les trois « bananes » sont des éléments de structure.

L’analyse du coiffeur : On a comme un effet de crinoline. Il y a un travail de précision pour que l’ensemble soit équilibré sur les deux côtés. Le coiffeur a utilisé des accessoires et des torsades pour soutenir le tout, comme une charpente.

 

L’analyse de l’architecte : Si je dois faire une analogie, nous sommes dans un bâtiment d’exception, un monument et pas dans la simple habitation. Le toit de pagode est ici nervuré de petites tresses comme les ornements utilisés en Chine sur les angles. C’est un geste architectural identifiable, on est dans l’incroyable qui va faire briller les yeux.

L’analyse du coiffeur : En dehors de l’application de la coiffure, il y a des heures de travail en amont. Ça me fait penser à un bateau de viking avec des tresses pour cordage. De la haute coiffure.

 

L’analyse de l’architecte : C’est l’Opéra de Sydney, devenu symbole de l’Australie, réalisé par le Suédois Jørn Utzon et inauguré en 1973. Le bâtiment semble formé par trois coquillages superposés.

L’analyse du coiffeur : Ici, on a trois niveaux bien distincts, comme inspirés des robes Charleston.

 

L’analyse de l’architecte : Une belle illustration d’architecture organique. Les bulles nous évoquent la nature, des algues, des fleurs, des molécules, une grappe… Même si on est dans un plan libre, il y a une structure. Le parti pris est dans le non-aligné. Pourtant, il y a quatre bulles, donc une certaine répétitivité qui donne la cohérence à la coiffure.

L’analyse du coiffeur : Il y a un côté régulier, très graphique avec de beaux arrondis. On a l’impression que le coiffeur s’éclate, mais en même temps, il s’agit de formes régulières. Il y a une idée de départ qui est respectée jusqu’à la fin, avec un côté décoiffé.

L’analyse de l’architecte : Illustration de l’architecture américaine… elle arbore un gratte-ciel sur la tête ! C’est un parti pris fort, clair, affirmé. La femme qui porte cette coiffure doit avoir du tempérament et elle sait ce qu’elle veut.

L’analyse du coiffeur : On est entre Grace Jones et Nefertiti. C’est un look très linéaire, graphique et réussi car il est dans la continuité de la forme du visage.

 

L’analyse de l’architecte : Nous sommes ici dans l’architecture organique, comme on la retrouve dans la maison de Pierre Cardin. L’architecte contemporaine Zaha Hadid, par exemple, est à l’inverse d’un travail à séquence avec une trame. Elle fait des courbes, des formes libres et ça fonctionne !

L’analyse du coiffeur : C’est un beau chignon, très volumineux, torsadé et maintenu par un léger filet. Le travail est très bien réalisé, pour un défilé par exemple. Nous sommes dans le show et pas dans le commercial.

 

L’analyse de l’architecte : Il y a un vrai parti architectural. Tout est lisse, tracé au cordeau. Nous avons trois zones dans un ensemble uni, trois hauteurs dans une unité de teinte. Tout est identifiable comme faisant partie du même projet.

L’analyse du coiffeur : C’est une coupe très travaillée et technique sur les longueurs et pointes avec un fini très épuré. On est dans l’audace avec un fini subtil.

 

Architecte : L’allure stricte se fait sur plusieurs séquences, comme s’il y avait des bâtiments de différentes hauteurs, mais dans une unité. La variation sur les hauteurs fait « chanter » l’architecture de la coupe, mais l’ensemble est unifié par un parti pris très structuré, comme tiré au cordeau.

Coiffeur : Le coiffeur a superposé une base plus courte sur une base longue. La masse créée par le court va creuser les longueurs pour un joli arrondi sur le contour du visage et éviter l’effet évasé du carré. C’est un plongeant décalé, mais en harmonie.

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