Le miroir et notre reflet

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            Une tendance vient de naître  aux États-Unis, sous l’influence de bloggeurs. Elle s’appelle « mirror fasting » (le jeûne du miroir), cela consiste à éviter toute surface réfléchissante pendant un temps donné – sauf pour certaine commodité –, car notre reflet est partout, dans la salle de bain, dans le miroir de l’entrée, la vitrine des magasins, l’écran d’ordinateur, le rétroviseur, etc. Ce mouvement estime que l’obsession de l’apparence est devenue malsaine quant à la volonté de ressembler aux idéaux physiques.

            Le blog d’Automn Whitefield-Madrano, new-yorkaise de 36 ans, relate son expérience :

« Je me suis rendu compte que j’adoptais un visage “miroir” chaque fois que je voyais mon reflet, explique-t-elle. J’ouvrais les yeux un peu plus grand, je rentrais les joues et j’abaissais mon menton pour ressembler un peu plus à ce que je souhaitais. Je me sentais vaine. »

Elle a donc commencé un mois d’« abstinence » et, pendant cette période de détachement, elle s’est rendu compte que son apparence influençait son humeur et qu’à la fin elle se sentait « plus calme et plus sereine ».

Une autre blogueuse, Kjerstin Gruys, a, elle, poursuivi l’expérience pendant douze mois. « J’ai appris à séparer apparence et estime de soi. C’est probablement le meilleur moyen pour se sentir belle. »

Pour certains psychologues, si l’expérience est bonne à court terme, elle ne demande pas à être répétée trop souvent. Il faut aussi accepter son image, mais cela peut avoir un effet libérateur avant une thérapie. « Éviter quelque chose de manière aussi draconienne a forcément un effet libérateur sur le moment. Mais c’est un peu comme les régimes d’amaigrissement intensifs qui ne servent qu’à rendre les gens plus obsédés par la nourriture. Je trouve ça encore plus narcissique que de se regarder dans le miroir normalement, explique Kate Fox, spécialiste d’anthropologie à Oxford.

            Une étude du journal Behaviour Research and Therapy révèle qu’en Angleterre les femmes se regardent dans un miroir 38 fois par jour contre 18 fois pour les hommes.

(Source : Courrier international)

            Dans notre métier, le miroir est partout. Impossible donc d’échapper à son reflet, qu’il s’agisse des clientes, ou des coiffeurs. Et pour ces derniers, c’est peut-être même pire car, sans même vouloir se regarder, ils se voient toute la journée ! Les petits défauts deviennent des évidences et s’amplifient.

J’ai commencé à appliquer « le jeûne du miroir » pour la cliente, pendant la coupe et cela m’a facilité le changement. Le fait qu’elle ne se voit pas a une importance particulière, cela brise le carcan qu’elle s’est forgé de sa propre image. Ainsi quand je commence à couper, elle ne me dit pas « peut-être pas si court ! » ou « vous êtes sûr que cela m’ira ? » C’est ce moment d’abandon qui nous laisse toutes possibilités créatrices. La cliente sait ce qu’elle n’aime pas, mais elle ne sait pas encore ce qu’elle va aimer.

Êtes-vous prêts à ne laisser qu’un miroir dans votre salon, pour le début et la fin du service ?

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