Métier passion, la coiffure peut susciter une vocation tardive, provoquant une reconversion heureuse. Mais comment devient-on coiffeur après une carrière dans un autre secteur ?
Quoi de plus excitant que de changer de vie pour, enfin, pratiquer un métier passion ?
Réaligner le moi profond et le moi social, être en accord avec sa personnalité et ses valeurs, se sentir utile… Les reconversions vers des métiers plus authentiques avaient déjà le vent en poupe avant la crise sanitaire. Qui ne connaît pas un ancien consultant devenu fromager ? Une RP qui s’adonne désormais aux joies de la céramique ? La crise sanitaire et le télétravail imposé auront joué un rôle d’accélérateur dans la réorientation professionnelle, et œuvré en faveur de cette quête de sens au travail. Pour preuve, une enquête de l’institut BVA en partenariat avec le cabinet conseil en Ressources humaines LHH et Visiplus : Les actifs français et la reconversion professionnelle édition 2021 – réalisée du 4 au 11 mai 2021. Parmi les 1 001 personnes interrogées, la moitié a envisagé ou réalisé une reconversion professionnelle. Mais attention : entre désirer et réaliser, il y a un cap que seuls 23 % des actifs avaient passé ! Une autre enquête, réalisée par YouGov pour Monster entre le 29 avril et le 1er mai 2020 dévoilait que 55 % des Français avait été amenés à réfléchir au sens de leur travail, voire à son utilité (sources Les Échos).
Résultats ?
Les bilans de compétence ont explosé. Nous avons mené un sondage sur le site de Biblond en avril pour mieux cerner ceux qui se sont réinventés en passant derrière le fauteuil. Conclusion ? L’envie de se lancer dans la coiffure touche autant les hommes que les femmes. Un tiers des sondés sont d’anciens cadres ou issus de professions intellectuelles et 20 % étaient dans la vente. Mais quelles ont été leurs motivations ? La passion (env. 30 %) et le soin de la personne (env. 30 %), mais aussi l’envie d’entreprendre, les opportunités d’emploi ou la volonté de faire un métier manuel. Et sont-ils heureux ? « Oui », répondent-ils à l’unanimité.

LES 3 ÉTAPES D’UN BILAN DE COMPÉTENCES RÉUSSI
- L’INTROSPECTION. Cette étape va répondre à des questions essentielles. Qui êtes-vous ? Quelles sont vos qualités ? Vos compétences ? Vos aspirations ?
- L’EXPLORATION. Parmi les métiers susceptibles de vous plaire, il va falloir valider un projet par la rédaction d’une enquête métier. Vous irez à la rencontre des professionnels du secteur choisi pour être sûr que ce dernier répond à vos attentes.
- LA CONCRÉTISATION. Une fois le projet défini, cette étape va permettre de trouver la formation idéale, et son financement.
Merci à Thomas Couillebault de Mes-allocs.fr Coaching – mes-allocs.fr/coaching
Financer sa reconversion : 3 possibilités
- LE COMPTE PERSONNEL DE FORMATION (CPF), un dispositif de financement public de formation continue instauré dans le cadre de la réforme de la formation professionnelle 2014, entrée en vigueur le 1er janvier 2015. Il s’adresse à toutes les personnes qui sont ou ont été salariées dans le privé. Elles disposent de ce droit sans consulter leur employeur ou Pôle Emploi. À condition que la formation se fasse hors du temps de travail.
- PROJET DE TRANSITION PROFESSIONNELLE (PTP), un dispositif de financement, qui vous permet de vous absenter de votre poste de travail pour suivre une formation. Sous conditions dont une ancienneté de 24 mois dans l’entreprise (sauf exception) et pour financer une formation certifiante (enregistrée au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) ou au répertoire spécifique tenu par France Compétences.
- L’APPRENTISSAGE permet de gagner une réelle expérience et de décrocher ensuite un CDD ou CDI. A condition d’y être éligible.
Mais à qui s’adresse-t-il ?
- Aux jeunes de 16 à 29 ans révolus.
- Au-delà de 29 ans peuvent être concernés : les apprentis préparant un diplôme ou un titre supérieur à celui obtenu, les travailleurs handicapés (sans limite d’âge avec certains aménagements possibles), les personnes ayant un projet de création ou de reprise d’entreprise.
PORTRAITS
Des coiffeurs heureux : ils ont osé changer de métier !
Arnaud Géraux
Du football à l’entrepreneuriat (Salons Nuance à Rennes)

« Avant de me lancer dans la coiffure, avec ma compagne Stéphanie – qui gère la partie administrative de nos salons –, je me prédestinais à une carrière footballistique. J’étais au Stade rennais. Mais à 16 ans, j’ai commencé à regarder ce qui se passait en dehors du sport à haut niveau. La coiffure me plaisait. Donner du plaisir, transformer… Je me suis lancé dans un CAP puis un BP à l’école Jacques Bedfert à Rennes. À 20 ans, j’ai ouvert mon premier salon. Puis un deuxième, un troisième… En vingt ans, nous avons ouvert huit salons. Pour mener ce projet à bien, je me forme régulièrement, sur des problématiques de gestion, de management, de marketing… Aujourd’hui, je suis heureux d’avoir gravi les échelons en tant qu’indépendant. Je suis passionné et je vis “coiffure” à 100 %. »
Sébastien Goachet
Du design graphique à l’académie de coiffure (Sébastien Goachet Institution)

« J’ai toujours aimé la mode, le dessin, la coiffure. Après des études en graphisme, je me suis rendu compte qu’il serait difficile de monter en hiérarchie dans le bureau d’architecture dans lequel je travaillais. J’ai surpris mes proches, en 2002, en allant toquer à la porte de tous les salons de Brest pour entreprendre un CAP. Je me suis donné trois ans pour exercer dans un établissement haut de gamme. Chose faite dès 2005 quand j’ai été recruté par un salon luxueux de Brest. Pendant sept ans, j’ai eu l’opportunité de me former partout… Jusqu’à devenir Art Director pour Tigi pendant quatre ans. J’ai réussi à allier mes deux passions, la coiffure et l’architecture. Ces deux domaines se rejoignent. On peut comparer les fondations à une coupe et la décoration à la texturisation. Un bon architecte trace les contours d’une ville. Un bon coiffeur ceux d’un visage. En 2012, j’ai ouvert mon salon S Code Coiffeur. Quand la crise de la Covid-19 a fait rage, j’ai voulu cultiver l’optimisme, me réinventer pour mieux conjurer la crise. Entrepreneur dans l’âme, j’ai créé mon académie nomade, Sébastien Goachet Institution. Mes stages, également disponible sur la plateforme CutMeGo, s’adressent à tous les publics et tous les niveaux. En France, on met les gens dans des cases selon leur diplôme. C’est à l’antipode de ma vision. Je viens de déposer ma méthode qui, grâce à de nouveaux gestes, permet de gagner du temps et de s’adapter à tous types de cheveux. Aujourd’hui, je vis de ma passion et je n’ai pas l’impression de travailler. »
Amine Badaoui
Tourneur-fraiseur, poissonnier… coiffeur !

« Quand j’ai voulu m’orienter vers un bac pro, on ne m’a pas parlé de diplôme en alternance. Et on m’a fait comprendre que j’irai là où il y avait de la place. C’est ainsi que je me suis retrouvé dans un univers très masculin, voire machiste, celui de tourneurfraiseur. La coiffure s’est révélée à moi quand j’ai assisté à un show à l’âge de 17 ans. Mais comme je n’ai pas trouvé de salon pour faire un apprentissage, j’ai travaillé en usine puis en poissonnerie, jusqu’à ce qu’une patronne me donne ma chance de passer un CAP. La coiffure est devenue une passion, j’ai participé à des concours et à des shows. Jusqu’au jour où j’ai rencontré Loris Hug, mon mentor, avec qui j’ai remporté, entre autres, le Big One 2021. Le fait d’avoir attendu pour m’épanouir m’a permis de gagner en maturité mais aussi en volonté. Aujourd’hui, j’ai 26 ans et je suis à la tête de mon salon depuis un an. J’ai plein de projets en tête. Continuer la compétition, ouvrir d’autres salons… Avancer, sans cesse ! »
Thomas Jouteau
De la boulangerie à la beauté

« J’ai exercé le métier de boulanger pendant dix ans. En 2019, j’ai décidé de me reconvertir après une remise en question. Je revenais de vacances et je ne me sentais plus du tout à ma place. La coiffure a été un vrai choix. L’univers de la beauté me plaisait beaucoup. Je savais que je pourrais m’exprimer artistiquement. D’ailleurs, j’avais déjà la coiffure en tête avant de me lancer dans la boulangerie mais pour des questions de préjugés, je n’ai pas eu le courage de me lancer. J’ai pu commencer ma reconversion en septembre 2020 grâce à Transition Pro qui a financé ma formation, après un accord avec mon ancienne entreprise. Et me voilà, à 27 ans, en première année de BP après un CAP en un an. La coiffure a tout pour me plaire. Pas de routine, les clients sont tous différents. J’ai la chance de travailler quatre jours par semaine. C’est un métier de changement, il faut s’adapter tout le temps. J’aimerais devenir manager puis ouvrir un salon en association avec une esthéticienne. Avec des tarifs non genrés ! »
Kimberley Mouny
Du droit aux cheveux texturés

« Master de droit en poche, je me prédestinais à une carrière dans la Police nationale. J’étais à Lyon pour préparer le concours d’officier quand nous avons été confinés. Après les concours, je me suis posée pour réfléchir à ce que je voulais vraiment faire de ma vie. Pendant le confinement, j’avais partagé beaucoup de stories sur mes cheveux bouclés. Mes contenus ont plu. Je me suis renseignée sur le métier de coiffeur. Je suis revenue dans le Sud chez mes parents, j’ai trouvé une patronne à Six-Fours-les-Plages puis j’ai entrepris les démarches près du CFA. Me voilà donc apprentie à 25 ans. Ce qui me plaît dans mon métier ? Accompagner les clientes qui ont des cheveux bouclés et donner le sourire aux gens en les embellissant. Après mon CAP, je vais poursuivre avec un BP et peut-être un BM. Mes projets d’avenir ? J’ai découvert à Lyon La Belle Boucle, un salon-boutique spécialisé dans les cheveux texturés. J’aimerais y travailler et pourquoi pas amener le concept dans le Sud-Est puisque La Belle Boucle envisage de se développer. Leur salon affiche complet avec des clientes qui viennent parfois de loin. »
Biblond, pour les coiffeurs !







