Impossible de résister au charme de Laurent Philippon. Humble, disponible et professionnel, le coiffeur studio, qui vit entre Paris et New York, collabore avec les plus grands noms de la mode.
Bio express
1970 : Naissance dans l’Ain
1989-1992 : Stagiaire puis premier assistant d’Alexandre de Paris
1992 : Rencontre et collaboration avec Julien d’Ys
1994 : Première parution dans Vogue France
2013 : Sortie d’un livre sur la coiffure
- Je suis né et j’ai grandi à Oyonnax, dans l’Ain. Une petite ville de province qui abrite le magnifique Musée du Peigne ! Filez visiter ce petit bijou !
- J’ai commencé la coiffure le mercredi et le samedi après-midi, dans le salon de mon père. Je faisais les shampooings dès l’âge de 12 ans, hissé sur un petit tabouret ! Autant dire que cela ne passerait plus aujourd’hui… J’y allais un peu à contrecoeur, surtout motivé par les pourboires.
- J’ai fait mon service militaire chez les Pompiers de Paris. En parallèle, je voulais profiter de la capitale pour parfaire mon apprentissage de coiffeur. J’ai poussé la porte d’Alexandre de Paris, j’ai tout de suite reconnu Monsieur Alexandre. Je lui ai demandé si je pouvais venir le samedi le regarder travailler. Il m’a fallu une bonne dose de culot et de naïveté pour oser demander, mais il m’a dit oui. J’ai commencé le samedi suivant.
- J’ai coiffé Sophia Loren, Elizabeth Taylor, Charlotte Gainsbourg… Mais celle qui m’inspire le plus s’appelle Daphne Guinness, artiste irlandaise, l’héritière de la brasserie Guinness. Elle a un look absolument incroyable, c’est le rêve de tout coiffeur !
- Je collabore avec de nombreux photographes. David LaChapelle est sans doute mon favori, parce que les prises de vue avec lui sont toujours des parties de rigolade ! Nous avons souvent l’occasion de travailler ensemble, et c’est toujours la crise de rire.
Difficile pour Laurent Philippon de définir son style. « Je suis très versatile, capable de faire à peu près n’importe quoi. On m’appelle beaucoup pour des choses très classiques. » C’est qu’il est capable de faire ses gammes dans le style le plus épuré tout en apportant une touche de légèreté qui n’appartient qu’à lui. Le coiffeur studio ne trouve donc qu’un dénominateur commun à ses nombreuses créations : « Je ne fais jamais de mes modèles des créatures, je les coiffe et je les respecte en tant que femmes. »
Des créateurs audacieux
Le goût de coiffer les femmes, Laurent Philippon l’a découvert tardivement puisqu’il a commencé la coiffure dans le salon de son père, uniquement masculin. Une fois tombé dans la marmite de la coiffure féminine, il y a immédiatement excellé en multipliant les succès dans
les concours. Un parcours sans faute qui se terminera par une quatrième place aux championnats du monde. « Cela m’a donné beaucoup d’assurance », souligne-t-il.
Il en fallait pour toquer à la porte d’Alexandre de Paris et devenir l’année suivante son premier assistant ! Auprès de ce monstre sacré, Laurent Philippon voit un nouveau monde s’ouvrir à lui. « Pas un jour ne se passait sans qu’une actrice ou une princesse vienne se faire coiffer. Contrairement aux autres, j’aimais bouger, se rappelle-t-il. Je passais mes journées chez Chanel, Saint-Laurent… »
En 1992, le salon est racheté par L’Oréal et le jeune coiffeur se retrouve licencié économique. « Lors d’une soirée aux Bains Douches, j’ai rencontré Julien d’Ys. J’ai tout recommencé à zéro. Après le classicisme d’Alexandre de Paris, j’ai découvert des créateurs extraordinaires et audacieux. »
De multiples succès
À la même époque, Laurent Philippon rejoint la première agence de coiffure et de maquillage, Atlantis, et démarre son activité de coiffeur studio auprès des plus grands. À 24 ans, Vogue France fait appel à lui, sa carrière est lancée.
« Au même moment, dans les coulisses d’un défilé de Jean Paul Gaultier, j’ai rencontré Michael Gordon, le fondateur de génie de Bumble and Bumble. Il avait compris quelque chose que les autres n’avaient pas envisagé : les coiffeurs studio sont plus à même de parler texture et matière que les coiffeurs de salon. Nous coupons peu, nous travaillons presque uniquement sur les matières et leurs réactions à la lumière. »
Depuis dix-neuf ans, Laurent Philippon collabore assidûment avec cette marque newyorkaise, pour laquelle il est styliste éditorial. « Nous avons un vrai rôle décisionnaire dans la création des produits », remarque-t-il. On lui doit notamment la gamme Sumo, issue d’un voyage au Japon. L’un de ses multiples succès.
Un livre en préparation
Je prépare un livre qui sortira en septembre 2013. C’est un projet sur lequel je travaille depuis longtemps et j’ai enfin trouvé un éditeur. Il s’agit d’un ouvrage qui met en parallèle des moments de l’histoire de la coiffure avec des images contemporaines. C’est un projet titanesque.
J’aurais rêvé de coiffer…
Verushka, top model des années 1960, une muse. Dans mes rêves réalisables, il y a la chanteuse Adèle, parce que je l’aime beaucoup.
Mon astuce technique
Pour épaissir une chevelure, j’applique d’abord une couche de Sumowax, ma cire de Bumble and Bumble, et par-dessus je vaporise un nuage de Hair Powder. Ce shampooing sec accroche sur le gras de la cire. C’est à la fois un volumisateur et un épaississant. Cela donne l’impression que la coiffure appartient vraiment au modèle, c’est plus cool. C’est comme une coiffure qui date de la veille mais que l’on obtient instantanément.
Récompense
À Los Angeles en 2004, j’ai remporté le Music Video Production Award (MVPA) pour la meilleure coiffure dans la vidéo musical pour It’s my Life de Gwen Stefani. C’était la première fois qu’un non-Américain remportait cette distinction.
Une musique Lescop, que j’écoute beaucoup en ce moment. Il a du talent et il est mignon ! J’aime beaucoup sa chanson Forêt.
Un coup de coeur coiffure Maxime Dubois, un jeune coiffeur que j’ai approché récemment, lors du MCB. Il commence à m’assister. Ses sculptures capillaires m’ont épaté.
Une bonne adresse La brasserie Thoumieux de Jean-François Piège, 79, rue Saint-Dominique dans le 7e. La carte change, et c’est toujours un délice.
Un créateur Jean-Paul Goude. Un personnage extraordinaire, un artiste à part entière. Il a une vraie vision, un univers et, toujours, le souci du détail. J’ai eu la chance de travailler aux côtés de ce créateur merveilleux.
Un parfum Le mien depuis des années : Fleurs d’Oranger de Serge Lutens.
Un livre L’Expédition du Kon Tiki, de Thor Heyerdahl. Le récit d’un aventurier norvégien qui a percé le mystère de l’Île de Pâques. J’y ai voyagé il y a deux ans et ce fut pour moi un immense choc culturel, une révélation.
Virginie de Rocquigny
Biblond, pour les coiffeurs !







