La réouverture des salons, à quel prix ?

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L’ouverture prochaine des salons de coiffure est attendue avec impatience… Cependant, de nombreuses contraintes accompagnent ce déconfinement. Cathy Batit, Stéphane Amaru, Anthony Galifot et David Lucas nous font partager leur vision de la reprise de l’activité, avec les contraintes financières et d’organisation que cette réouverture entraîne.

Les coiffeurs vont être dans l’obligation de tenir compte des mesures « barrière ». Donc achat de gel hydroalcoolique, de gants, de masques ou de visières, de blouses, désinfection du salon, du matériel… Contraintes auxquelles s’ajoute la nécessité de prendre moins de rendez-vous par jour, distanciation oblige…

Alors, comment supporter ces charges qui viennent grever encore la situation financière mise à mal par le confinement dû à la pandémie de Covid-19 ? Les prix des prestations doivent-ils augmenter ? Le consommateur doit-il et peut-il supporter cette augmentation ? Acceptera-t-il une revalorisation des tarifs en cette « sortie » de crise ? Et comment s’organiser au sein du salon ?

Cathy Batit

« Nous tous, coiffeurs, nous allons devoir redoubler d’énergie, travailler plus avec une amplitude horaire beaucoup plus large. Pourrons-nous tenir la distance ? Nous verrons… De notre côté, nous avons essayé de ne pas suspendre nos échéances de paiement ou alors peu. Je pense qu’il faut être optimiste et voir les choses comme elles sont, pas pire qu’elles ne le sont, et se réinventer une nouvelle manière de travailler.
En ce qui concerne les prix, oui, ils doivent augmenter. La survie de l’équipe, du salon en dépend. Aucune rentrée d’argent durant ces deux mois et nous avons dû assumer nos charges, les salaires… Nous sommes dans l’obligation d’investir pour accueillir nos clients en respectant des normes sanitaires qui ont un coût (plexiglas, masques, visières, peignoirs, serviettes, un carnet de rendez-vous plus épuré, mais une plage horaire plus grande et des heures supplémentaires pour tous)… Nous ne sommes pas extensibles, malheureusement. Mais attention, augmenter ne veut pas dire assommer le client ! Je pense que ce dernier est prêt à assumer cette augmentation  pour assurer sa sécurité et la nôtre. 
Nous devrons faire face à des horaires à respecter du mieux possible. Notre journée de travail sera rythmée par un chronomètre ! Nous ne pourrons plus accueillir nos clients de la même manière, il faudra l’envisager différemment. Après tout, le changement n’est-il pas bon pour tous ? Je crois que si. Ensemble, nous vaincrons ce Covid-19. »

Stéphane Amaru

Photo : Jules-Egger

« Les charges liées au Covid-19 seront élevées ! Plus que toute augmentation de tarif acceptable par le client ! Le surcoût pour les salons, selon le pack proposé, sera de 5 à 10 euros par client. Les gestes barrières, les protocoles et les mesures de distanciation auxquelles s’ajoutent 15 à 30 minutes entre les clients pour les mesures d’hygiène : coût 15 euros minimum par client. Ceux qui avaient bien calculé le temps d’exécution de leurs prestations et leur prix ont gagné, car il n’auront que le pack à faire payer en plus ! Il y avait le prix à la minute, désormais il y a le prix à la minute et au mètre carré ! La règle des 10 mètres carrés par personne permet de savoir de combien de clients je peux m’occuper et combien de collaborateurs je peux faire travailler en même temps !
Augmenter les prix des prestations ? Ce n’est vraiment pas le moment ! C’est trop tard, il fallait le faire avant ! (j’en parle depuis 2009…). Concrètement, les salariés doivent être plus rapides. Il faut se former à « vite et très bien ». Il faut aussi augmenter la fiche moyenne avec les services additionnels à fort revenu ! Il faut pratiquer les prix en fonction de l’expérience du coiffeur, et donner des gratifications aux salariés les plus demandés. Le client s’attend à une inflation générale. Nous parlons tous d’augmenter nos prix, on n’évoque même plus ce qu’on va proposer de différent en couleur, en coupe… L’idée est d’élargir la journée à 13 heures d’activité en fractionnant les équipes qui feront toujours 35 h par semaine. »

Anthony Galifot

« Pour supporter ces charges nouvelles, il va falloir malheureusement inclure le coût des matériaux nécessaires à la distanciation et à la protection à la fois des employés et des clients, sur la facturation. Nous devons payer ce qu’on nous impose, pas le choix, vu qu’un masque avant le confinement ne coûtait que quelques centimes et qu’aujourd’hui il est au moins à six fois plus ! Il ne faut pas changer le prix des prestations, mais dire aux clients qu’il y a un surcoût dû aux achats nécessaires à la protection de tous. 
Ni le consommateur ni le professionnel ne devrait supporter cette augmentation, mais nous n’avons pas le choix ! Le client devrait en supporter la moitié, au moins par solidarité. Peut-il le supporter ? Aujourd’hui oui, car il a eu moins de frais durant le confinement, mais cela ne doit pas durer, il va recommencer à travailler et se confronter à son propre budget. Alors, cette augmentation doit être éphémère. 
Il va falloir ajouter du temps entre chaque client pour la désinfection des outils et des postes. Les gestes vont s’installer et devenir systématiques, donc plus rapides. Enfin, à chacun de voir avec sa cliente, il peut y avoir aussi des règles, on peut demander au client de venir avec son masque, ses gants sous peine de se voir refuser l’entrée du salon. Je pense que c’est la solution qui coûterait le moins aux salons en général.
Le tout est de présenter la situation avec une forme de bienveillance. mais n’extrapolons pas, ce n’est pas la peine de “psychoter” avant les règles définitives dictées par la corporation. »

David Lucas

Photo : Sylvain Norget

« Il faut savoir que les masques, les visières, les peignoirs coûtent très cher. Heureusement, je travaille avec des peignoirs jetables depuis vingt ans. Donc, j’ai mes fournisseurs habituels. J’ai commandé 5000 masques, 2000 FFP2 pour mes coiffeurs, et 3000 pour mes clients. Je veux que tout le monde ait son masque. Ça fonctionne pour les couleurs, les coupes, il n’y aura pas de problème. Si la cliente vient sans masque, je lui en fournirai un. J’ai acheté des lunettes visières aussi. Pour l’instant, je m’adapte à ce qui est demandé globalement, en attendant les directives qui seront de mise pour la coiffure. Nous, ici, nous avons des tarifs élevés, donc je ne change pas du tout les prix des prestations. J’avais l’intention d’augmenter les tarifs des balayages en avril, car pour moi ils représentent un des gestes les plus professionnels de notre métier, une véritable expertise. Je pensais que le prix était trop peu élevé… Du coup, je ne vais pas augmenter cette prestation maintenant. Mais je ne baisse pas mes prix, pas plus que je ne les augmente. Après ce confinement, on nous dit que les clients vont être prêts à dépenser un peu plus pour leur bien-être, alors soyons présents et réactifs. On ne sait pas comment les gens vont réagir.
En ce qui concerne la façon dont nous allons travailler, je suis attentif à ce que souhaitent mes coiffeurs. Certains veulent travailler plus, d’autres veulent commencer plus tôt et finir plus tôt, d’autres m’ont demandé de conserver pour un temps le chômage partiel pour s’occuper de leurs enfants… Je m’adapte.
Pour les gestes barrière, on a la place. La distance de sécurité est déjà naturellement respectée car le salon est grand. J’ai adapté le salon avec des plaques de plexiglas entre les bacs. Nous avons tout pour bien reprendre, bien travailler. »

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