Alors que les CAP et autres BTS tardent à inclure dans leur cursus des cours dédiés aux cheveux crépus-frisés, des experts tentent d’y remédier.

AUDE LIVOREIL-DJAMPOU
À l’heure où la France est de plus en plus métissée, les techniques de coiffage du cheveu dit « crépu » ou « frisé » ne sont enseignées dans aucune des formations académiques publiques. Idem dans les salons traditionnels où rares sont les professionnels qui maîtrisent ces techniques. Pourquoi ? Premier élément de réponse avec Aude Livoreil-Djampou, la fondatrice en 2015 du Studio Anaé après dix-sept ans passés chez L’Oréal. Situé à Paris, son salon de coiffure se compose d’un centre de formation pour toutes les natures de cheveu. « Je suis allée voir la Fédération de la coiffure et le ministère de l’Éducation nationale pour proposer de construire ensemble un projet de développement d’une formation dédiée aux cheveux crépus. Là, j’ai réalisé que personne n’y connaissait quoi que ce soit. » Selon Aude, le projet de création d’un certificat de qualification professionnelle est suspendu depuis les derniers échanges avec ses interlocuteurs en 2017. Aucune formation académique type CAP ou BTS ne présente à ce jour une filière spécifique.
« CE QUI BLOQUE, C’EST L’AMPLEUR »
Réputée pour lutter contre la stigmatisation de la frisure depuis le début des années 2000, Aline Tacite dresse le même constat. Coiffeuse formatrice, la fondatrice de Boucles d’Ébène Studio en 2011, à Bagneux, développe depuis peu des modules spécifiques à destination d’élèves en CAP coiffure au lycée professionnel Marcel-Lamy à Bobigny. « Mais il n’y a rien de vraiment concret pour le moment », regrette-t-elle. Du côté du CFA de Saint Maur-des-Fossés, Aurélie Lallemand, la responsable pédagogique de la filière coiffure, confirme la tendance.

« Cela n’apparaît nulle part dans nos référentiels d’examen, dit-elle. J’en fais mon cheval de bataille à travers des sessions dédiées, mais je sais que je sors un peu du programme. C’est pourtant devenu indispensable. » Autre difficulté rencontrée ? Le déblocage de fonds pour rémunérer des formateurs spécialisés. « Comme ce n’est pas dans le programme, les CFA ou lycées pro ne peuvent pas dégager de budget, assure Aude Livoreil-Djampou. Le seul moment où le cheveu crépu est mentionné dans le programme du Brevet professionnel, c’est pour le défrisage. Ce qui bloque, c’est l’ampleur. Il n’y a aucun document pédagogique. »
UN CHEMIN ENCORE LONG
Alors que la demande afflue, le chemin semble encore long avant qu’une majorité de professionnels veuillent désapprendre certains réflexes allant à l’encontre des afro, tresses et autres vanilles. « Pour l’Union des entreprises de la coiffure, ça signifierait l’actualisation de tout le référentiel de la coiffure », explique Alexis Rosso, ambassadeur de la marque Mizani pour L’Oréal. Première organisation professionnelle du secteur, l’Unec semble tarder à se positionner. Malheureusement décédé pendant l’épidémie de Covid-19, Bernard Stalter, le président de l’Unec, avait confié à l’automne 2019 « travailler sur le sujet », admettant que « mettre en place un nouveau référentiel prendrait plusieurs années ».
« Le process est extrêmement long et ne dépend pas que de nous. Le dossier n’a pas avancé. À l’heure actuelle, on essaie surtout d’apporter notre soutien aux entreprises marquées par la crise sanitaire », indiquait l’Unec en juin dernier. De son côté, le groupe L’Oréal tente de prendre les devants depuis l’ouverture, en janvier dernier, de Real Campus. Il s’agit du premier Bachelor Coiffure et Entrepreneuriat destiné à toutes les natures de cheveu. Cette initiative suffira-t-elle à faire bouger les lignes ?
À suivre…
Biblond, pour les coiffeurs !









