
Pierre-Henri Berthézène

Notre article précédent a soulevé un grand nombre de questions. Dans un premier temps, sur les obligations de l’employeur et sur la qualité des organismes de formation… Les coiffeurs sont attentifs à la formation professionnelle. Y a-t-il obligation de former les collaborateurs ?
En fait, ce n’est pas tout à fait formulé ainsi. Cela correspond, dans les textes, à l’article L.6321-1 du Code du travail qui dispose que : « L’employeur assure l’adaptation des salariés à leur poste de travail » et qu’il « veille au maintien de leur capacité à occuper un emploi, au regard notamment de l’évolution des emplois, des technologies et des organisations… »
Et dans la réalité, comment cela se traduit-il ?
On sait aujourd’hui, par exemple, que l’entretien professionnel permet un
échange entre le salarié et son employeur, dans le but de recenser et d’analyser les besoins en formation du salarié, et de le rendre acteur de son évolution professionnelle.
Toutes les entreprises sont-elles concernées ?
C’est obligatoire pour les entreprises de plus de 50 salariés. Sinon, le salarié qui a au minimum deux ans d’ancienneté est en droit de demander à son employeur l’organisation d’un entretien professionnel, au minimum tous les deux ans. Et ce, quelle que soit la taille de l’entreprise.
Quelles sont les différences entre l’entretien professionnel et l’entretien annuel ?
L’entretien annuel a pour fonction principale d’évaluer les performances du
salarié, en s’appuyant notamment sur l’atteinte de ses objectifs. Dans l’entretien professionnel, on aborde les perspectives d’évolution de la qualification et de l’emploi du salarié, ses besoins de formation, celles qu’il a suivies, ses besoins et objectifs en la matière. Il est recommandé de faire deux entretiens distincts pour ne pas mélanger les contenus. Un point est fait tous les six ans et il vaut mieux que cela ait été pris en compte. En tout état de cause, et même si l’entreprise compte moins de 50 salariés, ne pas respecter l’obligation légale de veiller au maintien de l’employabilité des
salariés expose à un risque de contentieux et d’indemnisation.
Et pour les salons de coiffure, quels conseils donnez-vous pour maintenir et développer les compétences ?
Les entretiens, sous toutes leurs formes, mais aussi la veille sur les métiers de la coiffure, les nouvelles technologies, la réglementation, peuvent aider à bâtir un plan annuel de développement pour l’équipe. Ces formations peuvent être l’occasion de renforcer des techniques déjà utilisées, voire d’en acquérir de nouvelles, en coupe, en couleur… Mais aussi sur les réseaux sociaux, le merchandising, l’animation de l’équipe…
Un salarié en formation, c’est une personne de moins en salon…
Incontestablement, c’est du chiffre en moins, mais à court terme. Les formations durent rarement plusieurs jours. Le fait d’apprendre, de monter en compétences, permet aussi de proposer de nouveaux services et de les facturer. C’est aussi un moyen de motiver et de fidéliser l’équipe.
Existe-t-il des règles ou des critères pour aider à choisir un organisme de formation ?
Choisir un organisme de formation n’est pas toujours évident, quelle que soit votre branche professionnelle. Elle est en effet réglementée en France. Cela nous permet de disposer d’un certain nombre de textes émanant principalement du Code du travail. Il faut tout d’abord que le professionnel
vérifie s’il est enregistré en préfecture pour son activité de formation. Il ne s’agit pas d’un agrément, c’est un enregistrement pur et simple qui permet d’obtenir un numéro de déclaration d’activité (NDA).
Les agréments peuvent venir en plus, mais ils concernent le plus souvent des secteurs comme la santé, la sécurité…
Ce NDA donne-t-il une garantie de qualité ?
Non, mais il prouve que l’organisme existe et qu’il est donc contrôlable. À ce titre, il doit respecter le cadre réglementaire et contractuel de la formation et rédiger un bilan pédagogique et financier annuel.
Quelles sont les informations utiles à vérifier sur l’organisme de formation ?
Sa notoriété, son ancienneté, son implantation, son identification aux métiers auxquels il prépare et/ou pour lesquels il propose des perfectionnements tout au long de la vie professionnelle, s’il est certifié qualité, le « bouche-à-oreille »… et bientôt, la publication obligatoire des
résultats de l’organisme. Ces informations figurent le plus souvent dans son offre, dans sa communication publique (catalogue, site Internet, documents
commerciaux, réseaux sociaux…).
Vous parlez de l’offre de formation, comment savoir si elle est de qualité ?
Sur une offre avant inscription, on devra pouvoir, par exemple, lire le titre de l’action de formation, le public concerné, les prérequis éventuels, les objectifs professionnels, le contenu, la durée, les horaires et lieux, les modalités de mise en oeuvre (en présence, à distance, mixte), le nom du ou des formateurs concernés, leurs titres et/ou expérience, l’accessibilité pour les personnes en situation de handicap, le prix, les frais annexes éventuels, un test de positionnement pour bien connaître le stagiaire et l’orienter vers
le bon contenu… Et dans certains cas, si un diplôme, un certificat, sont visés.
Sur quoi vous basez-vous pour énumérer ces différents points ?
Sur la réglementation, d’une part, et sur les usages, d’autre part. C’est matérialisé par un devis, par exemple, voire une convention de formation, et ces différents points y sont mentionnés, en plus des documents de simple information.
Quelle est la différence entre certification et Datadock ?
Datadock, c’est un dispositif qui permet aux organismes de formation d’envisager des prises en charge sur fonds publics ou mutualisés (Opco, FAF…). Il disparaîtra au 31 décembre 2021. Nous parlons ici d’une certification toute récente et unique pour tous les organismes, et qui répond à un référentiel national qualité. Elle s’appelle « Qualiopi » et succèdera, en quelque sorte, au Datadock au 1er janvier 2022.
La certification d’un organisme garantit-elle la qualité des formations ?
C’est d’abord et avant tout l’organisme qui est certifié (qualité de l’information, qualité des structures humaines et matérielles, qualité d’administration et de gestion, conformité à la réglementation, système d’évaluation, résultats…). Oui, on peut valablement penser que les formations dispensées seront également de qualité.
Christine Margossian

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Mon parcours professionnel coiffure commence par une addiction aux concours, qui m’a menée à l’obtention du titre de Meilleur Ouvrier de France en 1991. Cette année-là, le leader mondial des cosmétiques me repérait et me proposait de devenir l’une de ses ambassadrices et formatrices. Ont suivi les qualifications certifiantes de conseillère en image personnelle, puis coach formée à la PNL. En ce qui concerne les salons, à partir de 2000, j’ai créé un centre de beauté globale, un salon appartement en 2009 – laissé très rapidement à l’équipe en place –, puis je me suis installée à Genève en 2019. Et j’ai de nombreux projets pour cette fin d’année et les suivantes !
Dans quels domaines êtes-vous spécialisée ?
En tant que formatrice, mes domaines d’expertise sont le conseil en image, les coupes et couleurs, les chignons, et le management et la communication.
Votre structure de formation est certifiée Qualiopi depuis cette année.
Que vous apporte cette certification ?
Être certifié Qualiopi représente pour mes clients un gage de qualité lorsqu’ils font appel à l’organisme de formation que je représente. La certification ne sera exigible qu’à partir du 1er janvier 2022 et pourtant, tous les processus de cet organisme sont d’ores et déjà certifiés. Elle apporte aussi une lisibilité plus importante des offres qui ont été entièrement repensées en optimisant toujours plus la qualité ; une rigueur administrative qui m’apporte une vraie sérénité quant à l’accueil et au suivi en formation professionnelle des stagiaires, du premier contact téléphonique jusqu’à l’après-formation. Qualiopi, c’est aussi l’assurance, pour les commanditaires, de pouvoir envisager l’accessibilité aux fonds publics et mutualisés pour le financement de l’offre de formation (Opco, FAF, Pôle emploi, Région, Agefiph…).
Quels conseils pourriez-vous donner à un formateur souhaitant se faire certifier ?
Tout d’abord, accepter le fait que s’engager sur le chemin de la certification n’est pas facile. Il faut avoir bien conscience de ce que cela implique pendant la préparation, pour l’audit et après ! Ensuite, et compte tenu de mon expérience récente, sauf si vous êtes un expert qualité, je pense qu’il est très utile de choisir l’accompagnement d’un professionnel reconnu pour préparer l’audit de certification Qualiopi. C’est ce que j’ai mis en oeuvre avec un professionnel de la qualité en formation qui connaît aussi très bien nos métiers de la coiffure. Enfin, et ce n’est pas le moins important, la complexité de l’établissement des dossiers nécessite une assistante administrative pour une bonne gestion. Il faut aussi garder à l’esprit que les contrôles seront réguliers, et que rien n’est acquis définitivement. Se mettre dans une posture d’amélioration continue est, à mon avis, la clé de la réussite auprès des clients et de leur fidélité.
Makers Institute by Christine Margossian : https://www.makers-institute.fr/
Biblond, pour les coiffeurs !








