Le dossier : un salon tourné vers l’avenir

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« Il n’y a pas de petits gestes quand nous sommes sept milliards à les faire. » En salon, les actions quotidiennes en faveur de l’environnement, menées par les 179 743 actifs, portent leurs fruits.

Trier ses déchets, privilégier les transports en commun, recycler… Pourquoi les consommateurs devraient oublier tous leurs idéaux quand ils poussent la porte d’un salon de coiffure ? Dérèglement climatique et appauvrissement des ressources sont une réalité que l’on ne peut plus ignorer. Dans votre salon, vous pouvez aussi vous engager, avec la satisfaction personnelle de participer à une grande cause, celle du développement durable. Autre satisfaction ? L’impact positif que ces gestes auront sur une clientèle fidèle ou potentielle. En effet, une étude menée en 2020 par Oney et OpinionWay révèle que 90 % des consommateurs européens sont sensibles à la consommation raisonnée. Mais par où commencer ? Mis en place en 2010 par les partenaires sociaux de la coiffure, les Institutions de la coiffure, membres du groupe AG2R La Mondiale, le label Développement durable, mon coiffeur s’engage est né d’abord du souci de la santé et du bien-être des professionnels puis il s’est étendu à la préoccupation de l’avenir de la planète. Largement éprouvé, validé par Ecocert et Afnor, il vous permet d’afficher et de crédibiliser votre engagement auprès des clients. Un gage de sérieux, donc… Se lancer dans son attribution peut paraître fastidieux mais les efforts paient. En effet, ce label facilite une rencontre citoyenne, celle des coiffeurs avec les clients qui entrent dans un salon chaque jour, prêts à changer d’adresse par conviction écologique. Cela passe par quelques réajustements. Un matériel plus ergonomique ou moins énergivore, des sèche-cheveux moins lourds et moins bruyants, des produits moins agressifs… Résultats directs ? L’ambiance dans le salon est plus zen, le salarié moins stressé et la cliente confortée dans ses engagements. Outre les critères imposés par l’obtention du label ou de toute autre certification, vous pouvez mettre en place différentes actions au quotidien. Collecter les cheveux coupés pour qu’ils soient recyclés. Prêcher la bonne parole du végétal. Ou tout simplement, valoriser les marques qui mènent une politique RSE. À vous de jouer !

Émilie Appert, responsable de développement Pôle coiffure, AG2R La Mondiale pour le label Développement durable, mon coiffeur s’engage

En plus de dix ans, les conditions d’obtention du label ont-elles évolué ?

Bien sûr ! En 2009, c’était très précurseur. Il y a eu un travail d’experts. Nous avons mis les choses à jour avec l’Afnor. Un nouveau référentiel a été officialisé en 2019. Les thématiques abordées devaient répondre aux nouvelles attentes. Les mentalités ont évolué. C’est devenu naturel aujourd’hui de trier ses déchets, d’installer des réducteurs d’eau ou de prendre des contrats d’énergie spécifiques. Le label s’articule autour de quatre volets, environnement, social, citoyenneté et territoire. Enfin, un cinquième volet est axé vers le client.

Pourquoi encouragez-vous les salons à adhérer au label ?

Tout d’abord parce que le client est en demande de développement durable. Il a besoin d’être rassuré sur les produits utilisés par exemple. De plus en plus de marque y viennent d’ailleurs. C’est une bonne chose. Finalement, c’est souvent le client qui est prescripteur de la démarche. En affichant le label sur sa vitrine, le coiffeur prouve son engagement. Il signe un contrat. Il envoie aussi un signal à ses collaborateurs. Il existe d’autres labels dans l’artisanat mais celui-ci garantit aussi un engagement envers le salarié et le client, sur la santé, le bien-être ou encore en local. Nous allons dans les CFA pour sensibiliser les jeunes. Adopter les bons gestes peut prévenir les maladies professionnelles.



Comment envisagez-vous l’avenir ?

La situation sanitaire a compliqué la mise en place des audits. Mais avec la pandémie, les mentalités ont encore évolué et je pense que les demandes seront croissantes. Pour accompagner les coiffeurs, nous déployons les audits, nous avons développé une application, nous communiquons sur les réseaux et nous serons présents au Mondial. Nous avons également réalisé une web-série pour expliquer la démarche. Alors, certes, notre label a un coût, 500 euros pour trois ans. C’était important que ce soit payant. Mais aujourd’hui, avec la crise, ce coût peut être un frein. Nous échangeons actuellement pour voir quelles aides nous pourrions mettre en place. Il existe déjà des régions et des départements qui apportent un soutien financier.

Recycler les cheveux coupés : un geste facile et si précieux

Depuis le début de la crise sanitaire, de plus en plus de coiffeurs participent au recyclage des cheveux coupés (cf Biblond 91 Recyclage des cheveux : mouvement de fond ou conséquence de la Covid-19 ?). Inspiré par la démarche, le groupe Dessange International a également répondu présent en lançant une nouvelle offre, en collaboration avec La Collecte du Coiffeur, auprès des salons Dessange et Camille Albane en France. Tubes de coloration, flacons d’oxydants et aérosols mais aussi cheveux coupés sont récupérés. Confiés ensuite à Capillum, ils seront valorisés de plusieurs façons. Dans l’agriculture ou le jardin comme alternative aux produits plastiques. Le cheveu permet alors de préserver les sols et de limiter la consommation d’eau (1kg de cheveux récoltés = 200 l d’eau économisés !). Dans la dépollution des eaux et des sols, le cheveu peut absorber jusqu’à 8 fois son poids en hydrocarbures. Enfin, dans la recherche cosmétique ou médicale par extraction de la kératine qui le compose à 95 %.

Rappelons que chaque année 4 000 tonnes de cheveux finiraient à la poubelle. Par chance, des initiatives françaises sont nées. Depuis 2015, l’association Coiffeurs justes, fondée par Thierry Gras, a eu l’idée de créer des boudins de cheveux dépolluants appelés Hairboom. Même combat pour la start-up Capillum, qui extrait aussi la kératine qu’elle revend à des laboratoires pharmaceutiques à des fins médicales – pour ses vertus cicatrisantes notamment.

Lucie, cofondatrice de Garance – L’Atelier du cheveu

Quand elles ont ouvert leur premier salon à Saint-Jeande- Luz, il y a dix ans, Lucie et Margaux avaient de réelles convictions écologiques. Leur engagement a payé ! Aujourd’hui, elles sont à la tête de trois salons, d’un institut de beauté et d’un e-shop.

« Dès nos débuts, nous avons voulu mettre la nature au coeur du métier de la coiffure. Nous constations que la cosmétique classique ne nous permettait pas d’apporter des réponses écolo à nos clientes. Nous nous sommes tournées vers le végétal grâce à l’aromathérapie. Mais aussi en nous formant à la coloration végétale avec Couleurs Gaïa, dont nous sommes partenaires depuis dix ans. Si bien qu’aujourd’hui 80 % des colorations que nous pratiquons dans nos salons sont végétales. Notre but est de proposer tous les services d’un salon classique tout en minimisant notre impact sur la planète. Cela passe aussi par l’utilisation de matériel qui permet de réduire la consommation d’eau et d’énergie et le choix des produits de ménage. Nous fabriquons même notre lessive. Nous sommes aussi très tatillonnes sur le tri des déchets et nous avons scellé un partenariat avec la collecte médicale pour les tubes de coloration synthétiques et d’oxydants. Au départ, les clients étaient des personnes déjà investies dans une démarche écolo. Mais nous voulions rendre le bio “sexy” et démocratiser le naturel. Quand on explique les enjeux, les clientes acceptent de payer plus cher pour une coloration végétale. »

Quoi de neuf, côté marques ?

En matière d’écoresponsabilité, l’exemplarité n’est plus l’apanage de marques niches dont les figures ont longtemps été Davines ou Aveda. Les grandes maisons entrent tour à tout dans le mouvement, multipliant les actions.

SCHWARZKOPF PART EN CAMPAGNE

Pour accompagner les consommateurs vers une beauté plus engagée, Schwarzkopf lance la campagne La Beauté du geste. L’idée ? Partager 10 réflexes simples et positifs à mettre en pratique au quotidien. Exemple ? Les encourager à utiliser davantage l’eau froide pour éviter de consommer de l’électricité mais aussi de perdre des litres d’eau en attendant qu’elle tiédisse. L’entreprise allemande Henkel, à laquelle appartient Schwarzkopf, s’est fixé des objectifs. D’ici à 2025, 100 % des emballages seront recyclables ou réutilisables. D’ici à 2030, elle souhaite réduire de 20 % son empreinte carbone liées à la consommation de matières premières et d’emballages et de 75 % celle qui est liée à la production.

WELLA SUR TOUS LES FRONTS

Filiale du groupe Coty, Wella prend de nouvelles mesures éco-éthiques. En utilisant 100 % d’aluminium recyclé, Wella économise plus de 700 tonnes d’aluminium vierge par an. Recyclables, les tubes de coloration permettent aussi d’utiliser 66 % d’énergie en moins. Les bouchons des gammes Koleston Perfect, Illumina Color et Color Touch sont aussi recyclables et contiennent 91 à 100 % de plastique recyclé. Les emballages des colorations sont composés de cartons certifiés FCS, de 85 % de carton recyclé et de carton recyclable. En Allemagne, l’usine qui fabrique les colorations Wella Professionals est désormais alimentée par une électricité 100 % renouvelable, affiche une consommation de gaz 100 % neutre en carbone et pratique le zéro déchet.

LÉONOR GREYL, LA NATURE AU COEUR DE L’ADN

Depuis 1968, Léonor Grey oeuvre en faveur de l’environnement. Cette année, 6 produits ont été reformulés pour être plus clean, green, éco-friendly. La maison a signé avec le label international Leaping Bunny qui certifie les ingrédients et matières premières des cosmétiques non testés sur des animaux. Enfin, Léonor Greyl parraine plusieurs projets environnementaux dont l’association The Sea Cleaners qui a pour mission de construire le Manta, un catamaran capable de récolter plus de 100 tonnes de plastiques par sortie au fond des océans. Elle participe aussi à la sauvegarde des abeilles, à la pollinisation et à la préservation de la biodiversité via l’association Un Toit pour les Abeilles.

WEDO/, LA NOUVELLE MARQUE ENGAGÉE !

Nouvelle marque de Wella, weDo/ a été développée avec des scientifiques et des coiffeurs. Eco-éthiques, les soins sont formulés à partir d’ingrédients d’origine naturelle, de 93 à 99,7 %. Activés naturellement par la fermentation, ils sont issus de l’upcycling industriel afin de limiter les déchets. Certifiés par la Vegan Society et Cruelty Free International, ces produits sont emballés selon les principes de l’économie circulaire. Résultats ? Les flacons sont composés de 75 à 94 % de plastique recyclé et les tubes à 50 %. Enfin, les emballages extérieurs sont en carton 100 % recyclés, également certifié FSC. Enfin, la marque, partenaire de Plastic Bank, reverse 1 % de ses ventes à des organismes de collecte de plastique.

CHRISTOPHE ROBIN, UNE EMPREINTE PLASTIQUE NEUTRE

Le coiffeur star Christophe Robin profite de la rentrée pour donner un souffle nouveau à sa marque. En dévoilant sa nouvelle identité visuelle, il saisit l’opportunité de mettre l’accent sur son engagement écolo. En s’associant notamment à rePurpose Global, une plate-forme mondiale de crédits plastiques dédiée à la réduction des déchets. Pour chaque produit vendu, une participation sera reversée afin de collecter et de recycler un volume de déchets plastique équivalent à celui qui est utilisé pour la fabrication des emballages et son fonctionnement. Le but ? Atteindre la certification Net Zéro Pollution Plastique et donc devenir neutre en empreinte plastique.



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