
Pierre-Henri Berthézène consultant et formateur, président d’Efficient WAYS. www.efficientways.bzh

Parlons aujourd’hui de la formation du côté des employeurs et des salariés de salons. Vous aviez évoqué l’entretien professionnel. Quel lien avec la formation ?
Le lien existe dans l’entretien professionnel lui-même qui est consacré aux perspectives d’évolution professionnelle, notamment en termes de qualifications et d’emploi.
D’où vient cette demande d’entretien professionnel ?
Elle émane d’une loi du 5 mars 2014, suivie d’une autre du 5 septembre 2018, qui rend obligatoire pour toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, de réaliser un entretien professionnel tous les deux ans avec chacun de leurs salariés. Un état des lieux récapitulatif est fait tous les six ans, cela aurait dû se faire en 2020.
Ces durées s’apprécient notamment par référence à l’ancienneté du salarié au sein de l’entreprise. Avec la pandémie, une ordonnance permet de reporter à nouveau les entretiens professionnels, cette fois jusqu’au 30 juin 2021.
Qui est concerné ?
Cela concerne tous les salariés, sans exception, quels que soient la durée et le type de contrat, qu’il s’agisse d’un contrat à durée déterminée ou indéterminée, d’un contrat d’apprentissage ou de professionnalisation. Cet entretien donne lieu à la rédaction d’un document dont une copie est remise au salarié.
L’exigence est donc tous les deux ans depuis 2014 ?
En effet, tous les deux ans, et il y a aussi d’autres dispositions (retour de congé maternité, parental…). Cela signifie aussi, outre l’entretien, que le salarié devra avoir bénéficié d’au moins deux de ces trois mesures : suivre au moins une action de formation, avoir acquis des éléments de certification par la formation ou la validation des acquis d’expérience (VAE), avoir bénéficié d’une progression salariale ou professionnelle.
Si cela n’a pas été fait, quelles sont les conséquences ?
Pour les conséquences, et sous réserve de l’appréciation des juges, l’absence d’entretien professionnel pourrait être constitutive d’une faute pour l’employeur dans le cadre de l’exécution d’un contrat de travail. Des sanctions financières ont été prévues pour les entreprises de plus de 50 salariés qui n’auraient pas respecté ces dispositions. Pour celles de moins de 50 salariés, ce qui est le cas de la majorité des salons de coiffure, des dommages et intérêts pourraient être obtenus devant le juge. La loi ne précise aucune sanction à l’encontre de l’employeur de moins de 50 salariés en cas d’absence d’entretien professionnel. Il existe l’obligation légale de mise en oeuvre d’un entretien professionnel obligatoire pour tous les salariés qui ont plus de deux ans d’ancienneté, obligation effective depuis mars 2016. Il appartiendra aux tribunaux de se prononcer sur les éventuels droits du salarié en cas de litige.
Que faire pour satisfaire à cette obligation et quel lien avec la formation ?
Cette obligation est inscrite dans le Code du travail (article L. 6315-1). Elle incombe à l’employeur. L’entretien professionnel dans une très petite entreprise (TPE) sera le plus souvent réalisé par l’employeur lui-même. On peut tout d’abord recenser tous les salariés qui ont plus de deux ans d’ancienneté et prévoir ces entretiens. On peut ensuite en faire une synthèse globale en termes d’informations recueillies sur les attentes, les projets, les idées émises, par ces salariés. Une vision globale permettra à l’entreprise d’envisager un plan de développement des compétences, de mieux penser le lien entre sa stratégie économique et les aspirations et les potentiels de ses salariés. Pour financer ce plan, on pourrait articuler les actions de développement des compétences avec la mise en oeuvre individuelle des comptes personnels de formation (CPF) combinée avec d’autres financements publics ou mutualisés (Opérateur de compétence –
Opco, Fonds d’assurance formation – FAF) et aussi, des financements par l’entreprise.
Un vrai plan de formation annuel, pour toute l’équipe, qui permettrait d’anticiper sur le calendrier, de choisir des stages, de comparer les offres de formation, d’organiser la vie au salon en gérant sereinement les absences pour formation, d’une année sur l’autre. Lier la création de nouvelles prestations suggérées par les salariés et destinées à la clientèle avec la découverte de nouvelles technologies, nouveaux produits, nouvelles méthodes, serait passionnant et motivant pour tous.
Quelle est la ressource possible pour un salon qui ne saurait pas mettre cela en place pour ses salariés ?
Il peut contacter l’Opco dont dépend son entreprise, et lui soumettre ses questions. Certains d’entre eux ont réalisé des guides, des plaquettes ou disposent sur leur site Internet d’un espace dédié, décrivant les modalités d’organisation et les enjeux de l’entretien professionnel.
Les chambres de métiers, de commerce, syndicales… représentent des entreprises qui toutes ont à réaliser des entretiens professionnels, il faut les solliciter.
Il est possible de recourir à des services gratuits de conseil en évolution professionnelle (CEP), dispensés par des opérateurs qui pourront, afin de préparer l’entretien, aider les salariés à faire le point sur leur situation et leurs compétences ou encore les accompagner dans leurs projets professionnels.
Il y a les fournisseurs aussi, qui connaissent bien l’univers de la coiffure et ont souvent des centres de formation, des conseillers expérimentés, voire des formateurs, sur ces domaines.
Utiliser l’entretien professionnel pour développer les compétences et le chiffre d’affaires ?
Vous traduisez bien ma pensée. Pendant les premier et deuxième confinements, le nombre de formations suivies par les coiffeurs a été impressionnant ! Ils ont choisi l’offre qui leur était présentée et souvent, qui leur était financée à 100 %. Ils ont eu raison d’agir ainsi.
Imaginez qu’à la suite des entretiens professionnels ils aient eu un plan de formation déjà prévu pour l’équipe et qu’ils aient pu le mettre en oeuvre aussitôt. Imaginez que les nouvelles compétences acquises aient pu se traduire en services dès la réouverture ? Imaginez… Mais, c’est sûr, certains le faisaient déjà et c’est tellement moteur pour le futur !
D’autres vont le faire à leur tour. Et d’une apparente contrainte, l’entretien professionnel deviendra une ressource et l’accompagnement d’un développement et d’une pérennité réussis.
Philippe Grandin

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Après avoir été dessinateur-projeteur, je suis devenu professeur de coiffure. Il y a vingt ans, j’ai commencé par former les candidats au CAP et BP coiffure, puis je suis rapidement devenu responsable de la formation professionnelle. Créer des méthodes de coupe exclusive était alors la suite logique de mon passé de dessinateur. J’enseigne ces méthodes en France, mais j’exerce aussi mon savoir-faire sur la scène à l’international.
Concepteur de stages pour l’éducation de compagnies de cosmétiques, j’ai perfectionné ma vision artistique comme coiffeur studio pour la presse féminine et pour la publicité.
Aujourd’hui, je partage cette forte expérience au sein d’un organisme de formation indépendant certifié. Je me déplace dans les salons pour y former les équipes, mais aussi chez les grossistes organisateurs de stages. Je travaille également comme ambassadeur et formateur « guest » pour des marques professionnelles. Depuis quelques mois, je donne des cours de théâtre aux professionnels de la coiffure pour acquérir une aisance scénique et avoir une attitude solide et forte en salon. Avec la décoratrice Célie Poulard, –@hireeldesign –, nous aidons à la recherche d’un local, pensons et mettons en scène par la décoration un salon en collaboration avec le chef d’entreprise.
Dans quels domaines votre activité de formateur est-elle spécialisée ?
La coupe au féminin longue durée, les astuces géométriques et la surdimension, le diagnostic et la force de proposition, la coupe au masculin, la coupe et les effilages au féminin réalisés à la tondeuse, la coupe et taille de barbe, le chignon sous toutes ses formes, blondeur, painting et patine. Je mets en place des formations dans toute la France, sur différents thèmes. Les coiffeurs pourront se retrouver dans un lieu adapté afin d’apprendre et d’exercer sur de vrais modèles. L’échange humain sera de rigueur car nous en avons bien besoin…
Votre structure formation est certifiée par le Conseil national de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles (Cnefop) et bientôt Qualiopi…
Je suis certifié Cnefop et donc Datadocké, ce qui me permet de prendre en charge tous les documents qui permettent aux coiffeurs d’être remboursés car ils paient une contribution à la formation. Dès à présent, je travaille sur la nouvelle certification Qualiopi. La certification apporte une garantie de qualité des processus de formation proposés. Avec cette certification, le formateur est dans une dynamique de remise en question et d’amélioration pour continuer de proposer des formations au top !
Quels conseils pourriez-vous donner à un formateur souhaitant se faire certifier ?
La coiffure et la réglementation de la formation sont deux choses différentes et pourtant complémentaires. Mon conseil est de bien appréhender le métier de formateur à travers ses différentes facettes : conception, pédagogie, organisation, évaluation… La certification permet d’être autonome et de se responsabiliser pour créer soi-même toute une organisation sans dépendre d’une structure administrative en sous- traitance. Et surtout, d’être un centre de formation qui reste éveillé sur le monde professionnel.
www.formationcoiffurepro.com
@philippegrandin
Biblond, pour les coiffeurs !








