Santé & bien-être : épuisement professionnel, comment l’éviter ?

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Cachés, intériorisés, invisibles, la maladie mentale et les troubles psychiques touchent près d’1/5 de la population1, soit 13 millions de Français2. Les coiffeurs et dirigeants de salon ne sont pas épargnés par la souffrance psychologique.

En anticipant et en lâchant un peu la bride pour libérer les énergies, on évite les soucis de santé, les arrêts de travail préjudiciables à l’activité et, le pire, la fermeture du salon.

Vous vous sentez désengagé, ne voyez pas de perspective d’évolution, vous ne vous sentez pas considéré, utile, valorisé, vous êtes pressurisé… D’où vient ce sentiment ?

Sans doute du fait que la façon dont on vit au travail n’a jamais été aussi sensible.



Le mal-être, un phénomène qui s’accroît ?

Les dirigeants de salon sont sous pression. La gestion du personnel est devenue très compliquée, les visites des clients instables, les consommateurs souvent indélicats… Pourtant, être un professionnel de la coiffure, c’est être à l’écoute.

En moyenne, les coiffeurs passent deux mille heures par an à écouter leurs clients et à offrir un service qui va au-delà d’une coupe de cheveux ou d’une couleur, mais qui tient du lien social et émotionnel. 75 %3 des clients estiment se rendre chez leur coiffeur afin de prendre soin d’eux.

Quant à la fidélité d’un client, elle serait due pour 50 % à la technicité, pour 50 % au relationnel. Par ces chiffres, on comprend mieux le rôle essentiel des coiffeurs dans notre société. Sauf que le professionnel se sent de moins en moins apprécié à sa juste valeur. La multiplication des sources d’inquiétudes renforce d’autant l’anxiété potentielle des dirigeants. La peur de tomber malade, le burn-out… L’absentéisme a franchi un cap avec la conjugaison des crises sanitaires et économiques.

Après la crise de la Covid-19, la crise de nerfs !

Un coiffeur sur quatre reconnaît des problèmes de stress, « et 65 % des coiffeurs présentent des signes d’anxiété », a souligné Jessica Zabollone-Hasquenoph, psychologue, référente Sûreté pour le groupe L’Oréal, lors d’une table ronde, organisée par la marque au dernier MCB by BS avec la présentation de Head Up, le premier programme pour alléger la charge mentale des professionnels de la coiffure (voir encadré). « Dans la coiffure, la crise puis le déconfinement ont mis en évidence ce mal-être. Pendant la Covid-19, les Français ont reconnu que les coiffeurs étaient des professionnels, essentiels pour leur bien-être. Après le déconfinement, les coiffeurs sont tombés dans les oubliettes et ont pâti d’un réel manque de considération », regrette Jessica Zabollone-Hasquenoph.

Le stress chronique

En chiffres, le travail dégradé, ce sont 30 % à 50 % des infarctus du myocarde qui n’ont pas d’autres facteurs de risque que le stress.

« Le stress est une réponse à une pression, d’origine externe ou interne – culpabilité, tensions psychologiques –, précisait dernièrement dans notre magazine, Françoise Singer, sophrologue. C’est lors d’un élément déclencheur que le corps compense l’attaque et reste en alerte. »

On parle de stress chronique car le corps sécrète des hormones et développe des pathologies comme la fatigue, l’agressivité, l’hypertension artérielle, l’anxiété…

On comprend mieux alors pourquoi un coiffeur sur deux a des réveils nocturnes fréquents et que, selon les chiffres récents de L’Oréal Professionnel, 65 % des coiffeurs sondés dans six pays souffrent de perte de sens et d’épuisement professionnel. La surcharge mentale est devenue la première plainte des dirigeants de salons qui disent aimer leur travail et leur salon.

Et se pencher sur sa santé, une acceptation difficile pour le dirigeant. Avec toute cette charge mentale, le chef d’entreprise accorde souvent une importance relative à sa santé. C’est souvent le manque de temps qui est invoqué.

Mais en réalité, évoquer ses difficultés peut être perçu comme un signe de faiblesse. S’arrêter serait reconnaître sa fragilité et renverrait à de la vulnérabilité.

Que faire pour éviter la saturation ?

Il existe une foule d’exercices qui permet de contrer l’anxiété. Première ressource importante : savoir déployer ses capacités relationnelles, être capable de comprendre son équipe, ses clients, ses proches, pratiquer l’art de la reconnaissance. Et pour cela l’écoute, le questionnement, la reformulation et le cadrage restent les meilleurs atouts. Une discussion avec un proche ou un spécialiste peut être une bonne façon de purger de manière délicate un épisode douloureux. Chaque mot que l’on prononce est associé à un contexte et à une expérience qui dépend de chacun. Il faut éviter de chercher à interpréter les réponses. Le bon équilibre serait de se poser, de mettre les choses à plat.

Mais lorsque l’on est seul dans son salon, faut-il investir dans un sac de frappe et boxer ? Le lien se déshumanise. « Les gens se sont trouvés réduits à la tâche pure et dure. Ils sont devenus des ressources fonctionnelles », observe Jessica Zabollone-Hasquenoph. Avant de mordre, on se calme.

« Attention, il ne s’agit pas de réprimer ses émotions, met en garde Jessica Zabollone-Hasquenoph. Sinon, ça risque de créer des désordres somatiques, voire un épuisement émotionnel. On aurait aussi, peut-être, la tentation de se déverser sur son entourage, destinataire innocent de nos ressentiments. À la clé : malaise chez les proches, et culpabilité pour soi. »

Alors que faire ?

La psychologue développe : « On doit adopter les techniques de régulation émotionnelle. D’abord en prenant de la distance avec le problème : on le pose, on y réfléchit, on verbalise seul chez soi, on le couche par écrit. On commence un travail de désengagement émotionnel et de recul. »

Une autre méthode, proposée par la thérapeute :

« On fait la posture du superhéros : on met les poings sur les hanches, on écarte un peu les jambes et on bombe le torse. Comme un superhéros qui vient sauver le monde ! On tient la posture pendant trois minutes et on respire profondément. Résultats : on se sent gonflé à bloc, prêt à démarrer la journée. »

Jessica Zabollone-Hasquenoph, psychologue

Vous avez tout à y gagner !

Comprendre et améliorer le bien-être au travail pour un coiffeur est un facteur clé de la santé et la performance en salon. Alors bien évidemment, il faut améliorer la qualité de vie au travail avec un lieu adapté, propice à la créativité, augmenter l’autonomie de chacun – en déléguant, en faisant confiance, en valorisant… – et développer une vie saine :

Le sport a de multiple vertus. Avoir une bonne forme physique se répercute sur le moral et permet de faire face aux défis du jour : cela augmente la confiance en soi, la volonté et l’esprit de compétition, enseigne la persévérance et aide à combattre les échecs.
L’alimentation, c’est bon pour l’esprit ! « Parce que le cerveau a besoin aussi de nutriments essentiels pour fonctionner à plein régime et pour produire les neurotransmetteurs », souligne Jessica Zabollone-Hasquenoph.
Le sommeil est un allié pour se défendre : quand on dort, le corps se restaure, se défend contre le stress et les infections.
– Quant à la relaxation, elle permet de lutter contre le stress chronique.

L’experte est formelle : pas question de faire l’autruche ou de disparaître quand la charge mentale est trop imposante. Dans tous les cas, on utilise les principes de la communication non violente : parler avec bienveillance, écouter beaucoup. Avec ce maître mot : indulgence.

Head-up pour alléger la charge mentale

L’Oréal Professionnel s’est lancé dans un programme international, Head-Up, qui vise à ouvrir la parole sur le défi majeur de la charge mentale des professionnels de la coiffure et à fournir des ressources visant à alléger cette charge. Premier outil pour aider le coiffeur : un premier épisode de huit minutes de Head Up Key est disponible en ligne sur le site de la marque, la plate-forme L’Oréal Access, YouTube et en flashant ce QR code.

Lauren Benhamou, DG de L’Oréal Professionnel France

Le saviez-vous ?

Le dirigeant a une obligation de garantir la santé de ses collaborateurs. C’est une obligation légale inscrite au code du travail. Il peut ainsi agir en prenant des mesures de prévention au burn-out et à la dépression, de formation et d’information. Des solutions existent pour prévenir les risques. Alors, renseignez-vous auprès de vos mutuelles.

Certaines comme le pôle coiffure d’AG2R La Mondiale réalisent des coachings santé. Une façon de renforcer son action de prévention santé auprès des coiffeurs.

1 Les Français sont les plus gros consommateurs de psychotropes du monde. / 2 Données OMS. / 3 D’après une étude menée par L’Oréal Professionnel via le compte Instagram officiel de la marque (mars 2023) touchant jusqu’à 1,8 million de professionnels de la coiffure.