Recyclage des cheveux : mouvement de fond ou conséquence de la covid-19 ?

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Les coiffeurs sont de plus en plus nombreux à participer au recyclage des cheveux de leurs clients. Lancé en 2015, le mouvement a pris de l’ampleur après le premier confinement et s’est développé depuis. Est-ce une conséquence inattendue de la crise sanitaire ? Pour le savoir, Biblond a interrogé Coiffeurs Justes et Capillum, les deux acteurs incontournables du recyclage des cheveux.

Quand le coiffeur Thierry Gras a créé son association Coiffeurs Justes en 2015 pour recycler les cheveux coupés en salon, toute la presse professionnelle en a parlé. « J’étais aux anges et je m’attendais à une adhésion rapide des coiffeurs », se souvient le coiffeur. Mais contrairement à ses attentes, rares sont les coiffeurs à avoir adhéré à sa vertueuse démarche. Il lui faudra attendre un reportage de France 3 Savoie en décembre 2019. « Cette vidéo a été vue plus de trois millions de fois. Là, nous avons sensibilisé les Français. Car en fait, depuis une trentaine d’années, ce sont eux qui nous demandent ce que nous faisons des cheveux coupés. Et aujourd’hui, les clients sont devenus de véritables ambassadeurs de Coiffeurs justes », constate Thierry Gras. Avant d’ajouter : « Pour une fois, nous racontons une vraie histoire sur les déchets ! ».



L’association expédie aux frais des coiffeurs (entre 5 et 8 €) des sacs pouvant contenir jusqu’à 40 litres de cheveux, soit environ la production d’un coiffeur par mois. En contrepartie, les coiffeurs qui adhèrent à la démarche peuvent apposer sur leur vitrine une vitrophanie et communiquer sur leurs réseaux sociaux. Les cheveux récoltés sont ensuite transformés dans des centres d’insertion par travail en boudins destinés à dépolluer les océans, les rivières ou les fonds de calle de bateaux.

Stratégie quasi identique chez Capillum, startup créée à la fin d’avril 2019 par James Taylor et Clément Baldellou, deux copains de promo de l’école de commerce de Clermont-Ferrand. Pour 40 € par an, le coiffeur devient membre de la Capi’Family, les cheveux rassemblés dans des bacs en carton sont collectés à vélo cargot (très en vogue actuellement) pour terminer en tapis de paillage pour le jardin. « C’est une nouvelle alternative écologique, s’enthousiasme Clément Baldellou. Nous avons lancé une campagne de financement sur KissKissBankBank pour que les consommateurs soient impliqués dans la démarche. » Et ça marche, en quelques jours Capillum a réuni 150 contributeurs, nouveaux membres de la Capi’Family. Les coiffeurs bénéficient d’une vitrophanie pour leur vitrine et d’un petit guide à donner aux clients.

Car pour Coiffeurs Justes et Capillum, les raisons du succès sont à rechercher du côté des clients. « La crise sanitaire a renforcé la conscience écologique des Français, constate Thierry Gras. Et apposer sur sa vitrine une vitrophanie disant que l’on participe au recyclage est indéniablement un plus pour le salon car la presse locale parle d’eux.» Pour James Taylor, « la crise sanitaire a généré un éveil des consciences des consommateurs qui poussent les coiffeurs dans le bon sens ».

Sur les 400 tonnes de cheveux coupés en salons de coiffure chaque année, les deux acteurs en récoltent près de 200. S’il reste encore des coiffeurs français à convaincre, Thierry Gras commence à exporter son concept en Europe. De son côté, Capillum travaille avec l’univers médical à l’extraction de la kératine des cheveux qui servira ensuite à la reconstruction la peau. Bref, les cheveux, même coupés ont de beaux jours devant eux !



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