Organiser l’e-commerce, booster les visites, préserver le lien avec la clientèle… En dépit de l’adversité, de la crise sanitaire, les dirigeants de salon n’ont plus d’autre choix que de se réinventer.

QU’EST-CE QUI PEUT CONCRÈTEMENT CHANGER EN SALON ?
Selon Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, après la crise sanitaire, il n’y aura pas de retour à la normale.
Le processus de reconstruction va entraîner un changement culturel majeur dans les entreprises, dans les salons de coiffure. Autrement dit, il va falloir :
– S’adapter, se transformer et s’organiser. Face au changement, la passivité est l’attitude la plus dangereuse. Opter pour l’adaptation, c’est continuer à exercer sa liberté afin de vivre le changement à sa manière. D’une façon ou d’une autre, il s’agit de retrouver une marge de manoeuvre, même si elle peut sembler limitée.
– Commercer et ouvrir les champs des possibles.
Proposer du click and collect à la clientèle, des chèques-cadeaux, des services cocooning, travailler main dans la main avec les marques capillaires…
– Manager en soutenant ses collaborateurs.
L’important aujourd’hui, c’est de donner à l’équipe un sens à l’épreuve qu’ils traversent. Par la parole et l’échange, le dirigeant et ses collaborateurs vont déclencher le processus de transformation. Les liens
humains sont essentiels à la transformation.
CÉLINE ANTUNES À LA TÊTE DE LA SUITE 52, À BORDEAUX
« Dans un monde en pleine accélération et après une pandémie et deux confinements, les salons doivent s’adapter à des changements en cascade. Jamais l’économie n’a évolué aussi vite, propulsée par des échanges devenus instantanés. Notre présence active sur les réseaux sociaux facilite cette communication fluide avec la clientèle et les femmes d’une façon générale. Après le premier confinement, nous avons travaillé nos services, en adéquation avec la demande et notre fichier pour des opérations marketing. Du coup, + 27 % de chiffre d’affaires en juillet et août derniers.
Quelques semaines avant le deuxième confinement, nous avons amélioré
l’ergonomie de notre site. Il est désormais devenu plus actif et surtout marchand. J’ai aussi mis en place des facteurs de protection indispensables à la résilience. Notamment vis-à-vis de mes collaborateurs. Le rapport humain a énormément changé. Dans la sphère du travail, on s’est rendu compte que les salariés n’étaient pas corvéables à merci. Ils ont besoin de respirer, de cette solidité du lien social et de la solidarité à tous les niveaux. »

DENIS DO AMARAL DIRIGEANT DE QUATRE SALONS LOFT BY DENIS À PARIS ET À LEVALLOIS-PERRET
« Pour beaucoup de personnes, le deuxième confinement a été beaucoup plus difficile à supporter que le premier. Déjà, parce que la fermeture de nos salons fragilise, met en danger nos affaires. Et puis parce qu’une période d’isolement a des effets délétères sur notre psychisme et sur notre moral : repli sur soi, anxiété généralisée, ruminations, réactions d’hostilité… C’est pourquoi j’ai remué ciel et terre pour que le confinement ne soit pas perçu comme une perte de temps mais comme une opportunité de mieux se connaître et de mieux booster son business. Sur Facebook, un groupe a été créé – le Collectif des coiffeurs unis – afin de partager des lives avec des invités coiffeurs, managers et coachs. Nous sommes en pause mais toujours actifs ! Un moyen de s’exprimer, d’échanger à notre façon pour montrer qui nous sommes et ce que nous ressentons. J’ai aussi réfléchi à des débats sur la valeur de la performance. »

FRÉDÉRIC WEBER À LA TÊTE DU SALON ESCAL’ COIFFURE À VILLEJUIF
« Le confinement nous a obligés pendant plusieurs semaines à faire un travail d’acceptation, à développer notre imagination, à rester acteur de notre vie professionnelle et à nous projeter dans l’après. Plusieurs axes ont été développés, notamment l’animation de formations en ligne pour la marque Hairborist. Depuis cinq ans, le salon travaille à 100 % avec la coloration végétale. Une spécificité qui a porté ses fruits. La clientèle est au rendez-vous. Et depuis le premier confinement, elle commande ses produits, ses kits couleur, remplit ses flacons. Mon équipe et mes collaborateurs fournissent tout le matériel nécessaire. J’ai une chance incroyable d’avoir une clientèle et une équipe fidèles – plus de vingt ans.
Orchestrer une réflexion collective sur les problèmes et les actions à venir permet d’anticiper beaucoup de choses. »

Biblond, pour les coiffeurs !








