Sous l’impulsion de la loi Pour la liberté de choisir son avenir professionnel, puis propulsée par de nouvelles habitudes prises pendant la crise sanitaire, la formation continue poursuit sa mue.
Se former fait partie intrinsèque de la coiffure. Pour rester à la page, le professionnel se perfectionne sans cesse en découvrant de nouvelles techniques. Par le passé, les maisons de produits étaient les référentes en la matière. Les coiffeurs-partenaires apprenaient, par exemple, à utiliser les nouveaux produits. Depuis plusieurs années déjà, la formation fait sa mue. Une révolution qui s’est accélérée avec la crise sanitaire. Les confinements successifs ont joué un rôle de détonateur. Les grandes marques ont dû réagir vite en créant leur plateforme de digital learning, accessible à tout moment. Désormais, on parle de formation en présentiel ou en visio et de e-learning. Post-Covid, le blended learning qui mêle présentiel et digital, s’est imposé tout naturellement.
L’ère du blended learning
Comme la société subit de grandes mutations, la formation a aussi été bouleversée dans le fond. Les catalogues s’étoffent pour répondre aux problématiques de l’époque comme les réseaux sociaux, le bien-être ou le recrutement. Mais attention : il est fini le temps où les coiffeurs-stars donnaient des formations de manière ponctuelle. Aujourd’hui, être formateur est devenu un métier à part entière. Les acteurs de l’éducation se sont professionnalisés pour répondre aux critères de la certification Qualiopi, mise en place par le gouvernement pour garantir la qualité du processus mis en oeuvre par les prestataires. Il faut dire que l’on peut être perdu face à l’offre pléthorique. Pas un jour ne se passe sans qu’un nouveau formateur ne se manifeste… Si bien qu’ils seraient désormais 800 dans le domaine de la coiffure !
Autre pilier de développement ? La loi Pour la liberté de choisir son avenir professionnel (article 6 de La loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018) qui a profondément modifié le paysage de la formation professionnelle en France. Et les patrons le savent : pour motiver les collaborateurs en place, la formation est un stimulant efficace.
RECONNAÎTRE UN BON FORMATEUR
Pour Stéphane Amaru, la formation est un métier d’avenir. Mais attention : il y a formateur et formateur. Il nous donne quelques clés pour choisir le bon.
1.Il a une ingénierie de formation.
2.Il est capable d’expliquer son cours en 120 secondes face caméra, prouvant qu’il a confiance en lui et qu’il est bon communicant.
3.Il doit proposer de l’inédit. Il doit apporter au moins 3 nouvelles informations.
4.Il doit rendre son élève meilleur que lui. Il enseigne des techniques réalisables en salon.
5.Il donne un dossier pédagogique qui retrace le cours à la fin du stage.
6.Il doit être hybride, faire du « phygital » et assurer aussi bien en visio-learning qu’en présentiel.
7.Ses cours sont prêts trois mois à l’avance. Il a une visibilité sur son planning un an à l’avance.
8.Il doit être bon en coupe, en pédagogie, en communication, en gestion…
9.Il est curieux, connecté, proche des coiffeurs. Avec toujours une longueur d’avance.
10.Il donne des « devoirs », comme un training par mois.
11.Il ne passe pas son temps sur son téléphone le jour du stage.
12.Il a un planning détaillé du déroulé de la journée, pour garder son public captif.
13.Il sait animer et mettre l’ambiance.
14.Il doit être réactif et à l’affût des tendances. Il ne vit pas sur ses acquis.
LES GRANDS GROUPES : TOUJOURS À LA POINTE !
Si le métier de formateur indépendant se démocratise, les grandes marques restent à l’affût pour proposer à leurs salons partenaires des formations dans l’air du temps.
Groupe Vog
Le numéro 2 de la coiffure en France accompagne au mieux ses franchisés (Vog Coiffure et Tchip Coiffure). Le groupe a formé cette année 4 264 stagiaires et scellé un partenariat avec Silvya Terrade qui compte des écoles sur l’ensemble du territoire. En CAP et BP, les classes Vog ont pour objectif d’aider les franchisés face à la pénurie de main d’oeuvre en travaillant sur le moyen et le long termes. Mais quid de la formation continue ? Directrice technique, Fathia Beznia en résume les points forts.
– DE LA DIVERSITÉ. « Nous avons plus de 35 formations spécifiques autour de trois grandes thématiques : savoir-faire coiffure et métier, savoir-faire manager et savoir-faire entrepreneuriat. Tous nos modules de formation sont dispensés dans nos centres de formation ou chez nos franchisés avec un objectif : la montée en compétence. Pour la transmission de ses savoir-faire, le groupe Vog dispose d’une équipe de 8 formateurs métier, 2 formateurs spécifiques pour toutes les formations management, 1 concepteur pédagogique et 1 directeur artistique. Par ailleurs, nous avons aussi un catalogue spécifique pour les coiffeurs indépendants. »
– DE LA FLEXIBILITÉ. « Pour prolonger la formation ou s’autoformer, Vog a créé une plate-forme digitale, Dymoa, la base de connaissances qui vous dit tout, destinée à l’ensemble des équipes. C’est un outil simple et accessible à tous avec plus de 550 fiches et 120 vidéos. »
– DE LA NOUVEAUTÉ. « Les formations qui ont actuellement le plus de succès sont les techniques de balayages, les techniques de coupe ou les masterclass artistiques (collections). Notre objectif : maîtriser les fondamentaux pour avoir des bases solides, acquérir les essentiels pour se perfectionner et les masterclass pour développer sa créativité. En 2023, le groupe Vog étoffera son offre de formations pour répondre encore plus aux attentes de ses franchisés et de leurs collaborateurs. Plus nous aurons des coiffeurs formés, plus nous les fidéliserons. »
LES COIFFEURS STARS TRANSMETTENT LEUR CRÉATIVITÉ
À l’instar de Christophe Gaillet ou de Denis Holbecq, les coiffeurs les plus renommés ont imaginé leur propre module de formation axé sur la partie la plus artistique du métier. Ces pointures proposent aux coiffeurs un stage pour créer sa propre collection, du moodboard au shooting. Parmi eux, Bruno Weppe et son concept Art of Studio.
Au programme ? The Cut, qui permet d’acquérir les bases de la coupe pour des looks tendances ; The Shape pour maîtriser l’art du volume grâce à une approche basée sur le toucher et la sensibilité. Bientôt disponible, la formation Shoot Me avec shooting à la clé.
Kérastase
Chez L’Oréal, Charlotte Gauge, directrice de marque France de Kérastase, fait le point sur les actualités de la marque qui a formé 11 000 coiffeurs online et 4 500 offline de janvier à octobre 2022.
Nous avons vécu une vraie révolution grâce à la Covid-19, qui a été un accélérateur online. Avec L’Oréal Access, notre plate-forme de formation digitale, nous avons pu toucher un public plus large. C’est un outil puissant. Nous avons aussi mis en place des webinaires avec nos formateurs en direct. C’était un challenge, il fallait être impactant.
Le blended learning, mêlant physique et digital, se développe. Les coiffeurs ont intégré ce fonctionnement hybride. Et plus on se forme, plus on a envie de se former. C’est un cercle vertueux. Nous avons entamé une refonte de notre catalogue de formation physique, plus moderne et davantage axée sur l’expérience, le service. Quand le formateur se rend en salon, il faut que ce temps-là soit valorisé. Nos formateurs sont devenus des coachs.
NOUVEAUX CONTENUS
Notre Masterclass Curl, dédiée aux cheveux bouclés, frisés et crêpus, permet aux coiffeurs d’accompagner leurs clientes trop souvent stigmatisées. Du diagnostic au coiffage en passant par le soin, la coupe sur cheveux secs ou la technique, tout est étudié. Chez L’Oréal, nous avons une responsabilité sociétale, nous devons nous occuper de toutes les femmes.
Dans toutes nos formations, la personnalisation au bac est un levier pour le business. Nous leur proposons de développer le service soin avec une expertise.
Enfin, nous avons développé la Masterclass Cut & Care. Nous inviterons des stars de la coupe. C’est Emmanuel Esteban qui animera la première.
BIENTÔT AU PROGRAMME
Nous finalisons une formation certifiante exclusivement on line avec un focus sur le cuir chevelu. Un beau cheveu, c’est avant tout un cuir chevelu sain. Cela fait partie de l’ADN de Kérastase. La formation a été développée avec deux experts de nos laboratoires et offre un pan scientifique sérieux qui donne de la crédibilité face à la cliente.
Enfin, nous allons proposer une Masterclass Luxe, dédiée à ceux qui veulent proposer une expérience hors norme autour de l’ultrasoin, avec un ancrage luxe et intimiste.
Charlotte Gauge, directrice de marque France de Kérastase
Provalliance
Le groupe Provalliance (Franck Provost, Jean Louis David, Saint Algue, Coiff&Co, Fabio Salsa, Maniatis Paris…), a fait de la formation une de ses priorités. Alexandra Landowski, directrice de l’Académie Management et Sylver Boll, directeur technique et formation, répondent à nos questions.
QUELLE EST LA FORCE DE L’ÉDUCATION PAR PROVALLIANCE ?
Alexandra Landowski : « Notre formation s’articule autour de deux grands axes. D’une part la formation professionnelle, pilotée par Sylver, orientée vers les techniques et le savoir-faire de nos différentes marques. D’autre part, l’Académie « Management », que je dirige, autour de trois domaines principaux : le management, la communication interindividuelle et le développement personnel. Aujourd’hui, un coiffeur doit savoir coiffer, mais il doit aussi savoir manager, gérer les relations avec ses collaborateurs et les clients. L’Académie Management existe depuis vingt-deux ans. Elle est ouverte à tous les salons de coiffure mais aussi à d’autres professions car le management ou la communication tels que nous les enseignons sont des thèmes transverses. Avec ses 34 formateurs, l’Académie propose un catalogue d’une quarantaine de modules très larges. Chaque marque du groupe bénéficie d’environ 25 formations spécifiques ; 8 000 collaborateurs ont été accompagnés en 2021, encore davantage en 2022. »
Sylver Boll : « Côté formation professionnelle, nous accueillons tout au long de l’année dans nos centres de formation, des collaborateurs de nos enseignes pour continuer à se perfectionner ou apprendre nos nouvelles techniques ou coupes. Nous disposons aussi d’une plate-forme de formation Learn App. Avec la Covid-19, nous avons dû réagir vite. Si le présentiel a bien repris, je pense que l’avenir est au blended, qui mixe physique et digital. Certains apprécient notamment l’afterwork en visio permettant d’apporter des réponses à des questions en trente minutes. Nous avons su renouveler notre pédagogie pour la rendre plus participative, plus gaming. »
COMMENT S’EST PASSÉE L’ANNÉE 2022 ?
Sylver : « Nous aurions pu imaginer que les coiffeurs ne reviennent pas à la formation physique. C’est l’inverse ! Elle donne de la perspective, du dynamisme et de la visibilité dans un salon. Nos franchisés le
savent : il ne faut pas priver les collaborateurs qui restent fidèles au poste. La formation est un booster. »
Alexandra : « Post-Covid-19, les mentalités ont changé. Les managers ne savent plus vraiment comment se positionner, de peur de la démission. Les coiffeurs ont vu les rapports à la clientèle changer. La formation est aussi là pour les accompagner dans ces nouvelles problématiques. »
COMMENT VOUS ÊTES-VOUS ADAPTÉS À CETTE APPÉTENCE ?
Alexandra : « Nous avons adapté notre planning. Il y a beaucoup de demandes sur le terrain et en région. Nous proposons de plus en plus de formations sur mesure pour des groupes de plusieurs salons voulant revenir aux fondamentaux. Nous avons travaillé en équipe pour proposer des thématiques adaptées à la réalité du terrain. Nous allons proposer une nouvelle formation sur le recrutement et la prise de parole en public en 2023. Nous ajustons sans cesse nos programmes. »
Sylver : « Nous avons renforcé l’ADN de nos marques en proposant des stages basés sur l’expérience client, le savoirêtre. Nous avons aussi mis en place des sessions autour des réseaux sociaux. Les managers ne savent pas comment communiquer sur la page Facebook et Instagram de leur salon. Avec la masterclass « Comment devenir Community manager de vos salons », mêlant visio, mise en pratique et cours en présentiel, j’ai formé 300 salons en 2022. »
ET EN 2023 ?
Sylver : « Nous allons réaffirmer la formation « Community manager ». Nous voulons aussi mettre l’accent sur une remise à niveau notamment pour bien former les nouveaux aux bases du métier. Nous allons développer notre programme Avenir Juniors Provalliance. L’objectif ? Aider les futurs professionnels à aller plus loin et plus vite, les fidéliser au groupe. Cela représente 12 journées sur 24 mois dont 3 en Académie Management avec Alexandra et 9 avec moi sur la partie plus artistique. »
Alexandra : « L’idée est de rappeler aux jeunes qu’ils sont la valeur ajoutée d’une entreprise avec une dimension de responsabilisation. »
Biblond, pour les coiffeurs !

















