Le contrat à point : pour ou contre ?

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24 janvier 2015… J’atterris à Las Vegas pour le Redken Symposium et, malgré un programme professionnel chargé, je décide de rendre visite à Claude Baruck, un coiffeur qui a immigré là-bas il y a maintenant trois ans…

Claude Baruck était à la tête de deux salons en France, dont un à Saint-Tropez où il a eu la chance de coiffer un client propriétaire de deux méga-hôtels avec plus d’un millier de chambres. Ce client lui a proposé une association pour faire tourner ses salons dans ses hôtels. Claude n’hésite pas, lassé du harcèlement patronal soumis à l’entrepreneur en France : il décide de foncer et de s’exiler.

Il arrive à notre rendez-vous, bronzé et détendu, et m’explique que le système social américain donne une autonomie à chaque membre de l’équipe par un système de contrat à points, basé sur le même concept que le permis à points…

Les règles du jeu

Ainsi, chaque salarié dispose avec son contrat de huit points qui se renouvellent chaque année. Si le règlement intérieur n’est pas respecté, il y a perte de points. Un retard : un demi-point ; une absence injustifiée : quatre points en moins… et pas de salaire de base minimum.

« Whoua ! C’est un peu rude du coup, non ?
– En fait, au premier abord, oui, c’est vrai, mais pour avoir l’expérience des deux systèmes, le contrat américain rend les relations plus saines et tout le monde y gagne au final, car les salariés gagnent mieux leur vie. 45 % de leur chiffre d’affaires est pour eux. »

Ainsi, le système de points «automanage» chacun, car les règles du jeu sont claires dès le départ et le salarié gère lui-même son salaire. C’est comme une micro- entreprise avec des règles de communauté gérées par l’entreprise.

Diminution d’embauche

En France, notre système social doit être reformé, car il ne fonctionne plus pour l’entrepreneur qui ne prend plus le risque d’embaucher. De plus, ses contraintes administratives se multiplient chaque année. Il est devenu un « esclave économique ».

La première cause à effet est la réelle diminution d’embauche en CDI dans la coiffure. Et le chômage n’est pas près de baisser car ce secteur n’était pas touché par le manque d’emplois. Le pire, c’est qu’il nécessite de l’emploi, mais le contrat de travail est devenu risqué pour l’entrepreneur. Les premiers touchés seront les jeunes en contrat BP ou en sortie de BP.

Suivront les salariés à contrat traditionnel en CDI. Car les entrepreneurs commencent à réfléchir pour diminuer au maximum leur masse salariale et faire 90% de ventes et 10% de coiffure, plutôt que l’inverse – comme c’est le cas aujourd’hui – car, dans le premier cas, un seul salarié suffit et la revente engendre plus de marge que la coiffure. L’arrivée de l’emploi précaire avec la location de coiffeurs – devenus par force auto- entrepreneurs payés à la mission – leur fait perdre tous leurs droits de salariés et ils doivent ainsi accepter de ne plus être payés pendant leurs congés ou quand ils n’ont pas de clients… En bref, il va devenir difficile de trouver un emploi en coiffure et il est risqué d’entreprendre. Dilemme !

Pour que le dynamisme, la productivité, l’emploi et la conscience professionnelle de chacun changent, il faudra passer par une réforme sociale, et vite ! Mais pensez- vous que le contrat à points puisse être la solution ?

 Par Stéphane Amaru

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