La revanche des provinciaux selon Stéphane Amaru

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Paris, Capitale de la mode… C’est ici que tout doit commencer ! La capitale permet à de nombreux coiffeurs de se faire connaître au niveau national et parfois international. Le coiffeur parisien a longtemps privilégié la position haute face à son collègue de « province » comme on disait…

 

AVANT…

 

Ceux qui arrivaient de province devaient venir apprendre à Paris, là où toutes les institutions et la connaissance sont basées. Le coiffeur de province était déconnecté de la mode sauf pour les rares curieux qui voyageaient, souvent traités de « ploucs », de provinciaux, de paysans has been, de mauvais… Les plus ambitieux devaient donc aller à Paris pour devenir de bons coiffeurs. Pour apprendre, il fallait regarder travailler un coiffeur parisien. Un coiffeur de province était condamné a être un spectateur. Il devait venir à Paris pour devenir un acteur ! Mais ça, c’était avant Internet, et ce n’est pas si vieux ! Et ce monopole parisien vient de voler en éclats, et cela s’est fait très vite car le digital a remis en cause les croyances du passé.

 

MAINTENANT…

Aujourd’hui, il reste très peu de coiffeurs parisiens qui forment les autres… Ils sont en voie de disparition car il n’y a pas longtemps, on choisissait encore son formateur en fonction de sa technique de coupe et c’est désormais en fonction de son marketing et de ses visuels et plus autant pour sa technicité (pourtant…). Le digital a fait exploser les frontières, les régions. Il a permis de connecter tout le monde et certains l’ont vite compris : ils sont devenus hypercommunicants et curieux. Ce sont des provinciaux qui ont compris que la magie du marketing allait les mettre dans la lumière.

 

UN PARTI PRIS CHER

 

Le coiffeur parisien a dû travailler dur et rogner sur ses marges pour s’offrir la capitale. Il a souvent acheté de l’air pour payer son salon avec des baux commerciaux exorbitants, des loyers surdimensionnés. Il faut vingt-sept ans pour amortir un achat immobilier à Paris. Il en faut dix à Toulouse ! À plus de 10 000 euros le mètre carré, il n’est pas possible d’acheter les murs. Le provincial, lui, a acheté ses murs, il paie ses salariés comme à Paris, avec la même base de Smic et son niveau de vie est meilleur car, dans certains endroits en France, tout est divisé par trois. Certains ont constitué des empires immobiliers leur assurant la suite. Pour le Parisien, la concurrence est la plus forte de France. C’est l’endroit où il y a le plus de coiffeurs. Pour se loger, Paris est devenue, depuis le Brexit, la deuxième ville la plus chère du monde. Amis coiffeurs, maintenant vous êtes tous formés par des provinciaux qui ont été meilleurs que les autres en marketing, qui ont fait disparaître la suprématie parisienne. Demandez à votre formateur d’où il vient et, dans 90 % des cas, ce ne sera pas de Paris. Le digital nous apprend aussi que les grands d’hier ne seront pas ceux de demain.

La raison ? Ce qui, hier, mettait du temps pour changer va très vite aujourd’hui. Il faut être extrêmement réactif et ne surtout pas se sentir en zone de confort.

 

ALORS, FAUT-IL ÊTRE DE PARIS AUJOURD’HUI POUR RÉUSSIR ?

Je serais presque tenté de répondre « surtout pas » car, en fait, je ne suis pas du tout certain qu’il est plus facile de dégager de la marge à Paris par rapport à la province. La capitale de la mode est devenue Internet, les croyances d’hier ne sont plus les mêmes car il y a maintenant plusieurs façons d’y arriver.

Les provinciaux ont pris le pouvoir et même à Paris c’est eux qui tiennent les meilleurs salons. Qui l’aurait dit il y a vingt ans ? « On ne tombe que du haut de la montagne », disait un dicton chinois. C’est ce que viennent de vivre les coiffeurs parisiens…

 

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