Il y a quelques jours, l’Union nationale des entreprises de coiffure (Unec) s’est adressée au gouvernement pour obtenir une baisse de TVA de 15 à 10%. Malgré le refus opposé à cette demande, Christophe Doré est bien décidé à poursuivre sa revendication afin de proposer à la profession des solutions pérennes.
Quelle est votre réaction à la réponse du Premier ministre, Jean Castex, qui refuse d’envisager une baisse de la TVA sur les métiers de la coiffure ?
J’ai du mal à entendre que, quand on veut proposer un plan de relance, la fiscalité ne peut pas être prise en compte. On nous demande donc de faire un plan de relance sans toucher à la fiscalité ! Je suis surpris… Avec cette demande de baisse de TVA que nous avons formulée, le Premier ministre a quand même entendu parler de la coiffure, et ça c’est important.
Depuis des années, on nous parle d’une baisse des charges. Aujourd’hui, mes collègues et moi nous voyons ne voyons rien se concrétiser. Nous avons des collaborateurs, nous payons nos charges… Et dans ces temps si difficiles, nous ne voyons aucune solution être proposée.
Alors, j’entends bien quand Jean Castex dit qu’il ne touchera pas à la TVA, mais cela ne nous empêchera pas de continuer à revendiquer aujourd’hui une réponse pertinente pour permettre la relance de notre métier.
Donc vous persistez à demander une baisse de la TVA ?
Oui ! Je ne vais certes pas baisser les bras ! C’est le Premier ministre, et j’ai beaucoup de respect pour la fonction, mais ce n’est pas parce qu’il nous dit non que je ne vais pas continuer ! Ce serait trop facile ! Aujourd’hui, plus de 16 000 professionnels ont déjà signé cette pétition. Elle a suscité des réactions fortes et positives de la part des coiffeurs qui nous disent : « Vous avez raison, il faut que l’on fasse quelque chose ! »
Alors, l’action que nous avons menée au sujet de la TVA peut sembler illusoire, mais ce n’est pas grave… Et ce n’est pas le cas ! Moi, ce que je veux, c’est que l’on parle de la coiffure, que la profession soit considérée comme un métier essentiel, et c’est bien ce qu’elle est. C’est un métier qui aujourd’hui est en difficulté, on ne peut pas le nier. Il faut le faire savoir autour de nous.
Envisagez-vous de mettre en place des actions supplémentaires au niveau de l’Unec ? Avez-vous d’autres solutions pour aider la profession à passer ce cap ?
Cette demande qui concerne la baisse de la TVA pour avoir un taux réduit sur les prestations de service représente une action cohérente, réfléchie. Nous pouvons envisager de lier cette revendication à une demande de baisse des charges.
La baisse des charges n’est pas du tout équivalente à la suppression du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, ou CICE. Continuer de le prétendre est irréaliste !
J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec le ministre délégué aux PME, Alain Griset, il y a peu de temps. Je lui ai dit : « Je suis désolé, mais aujourd’hui cela ne correspond pas à nos attentes. Nous sommes en souffrance ! »
Alors, oui, bien sûr, nous allons continuer ! Et peut-être proposerons-nous d’autres actions. Mais pour l’instant, il faut continuer. Nous le ferons jusqu’à ce que nous soyons entendus.
« Pour l’instant, il faut continuer. Nous le ferons jusqu’à ce que nous soyons entendus. »
Vous avez fait connaître le point de vue de l’Unec sur Europe 1, sur RTL… Avez-vous l’impression que vous êtes entendu, écouté ?
J’ai l’impression que je suis entendu mais pas écouté ! Aujourd’hui, les médias relaient notre discours, ils parlent de nos difficultés… Et c’est important ! J’ai un collègue qui a fait une intervention sur BFM et, comme vous le rappelez, j’ai moi-même répondu sur RTL et Europe 1. Cela démontre bien l’intérêt des grands médias nationaux pour cette question. Et quand ils ne nous interrogent pas, ils parlent des difficultés de notre profession. Nous sommes suivis, aujourd’hui la coiffure tente de faire bouger les lignes. Alors, même si on ne gagne pas à tous les coups, je souhaite que l’on parle de nous. Nous avons déjà gagné en visibilité.
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Comment les professionnels de la coiffure ont-ils réagi à l’annonce de votre pétition ?
Nous avons eu et nous avons toujours un retour extrêmement positif de la part des coiffeurs. Tout le monde est bien conscient qu’il faut poursuivre cette action. Aujourd’hui, je n’ai pas un collègue qui m’appelle en me disant que tout va bien, qu’il n’a pas de souci de trésorerie, de problème pour payer les charges, le collaborateur. Tout le monde est en difficulté, toute la profession… L’artisanat est en difficulté !
Quelles sont vos craintes concernant les conséquences économiques sur l’avenir de la profession ?
Je crains que nous n’ayons du mal à impulser une dynamique sur la formation. Ma deuxième crainte est tout autre : que l’on assiste à des fermetures de salon de coiffure et à des licenciements. Je n’ai pas de données précises pour l’instant en ce qui concerne ces problématiques.
Néanmoins, je peux vous dire – et c’est la valeur ajoutée des métiers de l’artisanat – qu’aujourd’hui les chefs d’entreprise sont en train de s’adapter, ils se rémunèrent moins – ou pas du tout – pour maintenir leur trésorerie, trouver un équilibre, réussir à payer leurs charges. Personne ne nous a fait de cadeau ! Nous avons juste obtenu des reports de charges…
Et nous savons tous qu’à un moment il va falloir les payer ! Peut-être avons-nous failli sur un point dans la coiffure : nos tarifs sont affichés TTC, en gros sur nos vitrines. Peut-être devrions-nous les afficher hors taxe, pour que les clients sachent vraiment ce qu’ils paient. Quand un client paie par exemple une prestation coiffure 50€, sur cette somme, 20 % sont pour la TVA. Dans beaucoup de métiers de prestation de services, les tarifs sont affichés hors taxes… Et nous, dans la coiffure, nous affichons les tarifs TTC. C’est peut-être là notre erreur. Aujourd’hui, nous devrions peut-être aussi repenser nos affichages autrement.
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Biblond, pour les coiffeurs !








