À Paris, jusqu’au 17 septembre prochain, le musée des Arts décoratifs (MAD) présente « Des cheveux et des poils »*une exposition consacrée aux cheveux et aux poils dans le monde occidental. Ce projet formidable interroge, à travers plus de 600 œuvres et objets, parcourant deux mille ans d’histoire, la fonction sociale de la pilosité.

Le cheveu, comme le poil, vient de l’intimité obscur du corps. « La coiffure et l’agencement des poils humains participent depuis des siècles à la construction des apparences », rappelle Denis Bruna, conservateur en chef au MAD pour justifier cette magnifique exposition dont il est le commissaire. On y découvre des personnages, tel Léonard (1751-1820), artisan favori de Madame du Barry et de la reine Marie-Antoinette, grande fan du chignon « pouf » ; ou les soeurs Maria et Rosy Carita, premières coiffeuses parisiennes avec pignon sur rue, en 1945.


jusqu’au 17 septembre 2023 au musée des Arts
décoratifs, 107, rue de Rivoli, Paris Ier.
Cheveux mode d’emploi
Artistique autant qu’anthropologique, l’expo du MAD « interroge ce qui fait du poil, dans les cultures gréco-romaine et judéo-chrétienne, un attribut de l’animal et de la sauvagerie, et explique pourquoi le poil a dû être constamment dompté pour éloigner la femme ou l’homme de la bête ». La chronologie présentée rappelle combien boucles et tresses féminines sont soigneusement voilées en Occident, jusqu’au XVe siècle, conformément à un commandant de saint Paul. Port du voile obligatoire ! Par la suite, les femmes choisissent une coiffure à « l’hurluberlu » au XVIIe siècle, à « la Fontange » ou à « la girafe », deux cents ans plus tard. Quant aux hommes, ils font tailler avec grand soin leur barbe durant la Renaissance, et leurs perruques au XVIIIe siècle. Le MAD présente en bonne place les nombreux instruments utilisés pour leur réalisation : fers, sèche-cheveux, rasoirs, ciseaux, blaireaux, produits divers mais aussi séchoirs des années 1920 et machines à permanente. Il y a aussi une foule de documents d’archives et d’enseignes.

© Rafa Andreu.

© DR
Un siècle de coiffure
L’exposition permet d’évoquer les coiffures emblématiques des XXe et XXIe siècles : du chignon 1900 en passant par la coupe à la garçonne des années 1920, les cheveux crantés des années 1930, la choucroute de Brigitte Bardot, et autres prouesses capillaires qui marquèrent l’histoire de la beauté et du cinéma et le quotidien de toutes les femmes. Car la coiffure a toujours été le reflet de son époque. Et quelle merveille de retrouver à travers photos et films, le travail méticuleux de grands noms de la coiffure : Guillaume, Antoine, Alexandre de Paris, Rosy et Maria Carita…
Ce n’est pas pour autant que les coiffeurs artistes contemporains ou coiffeurs studio sont laissés pour compte. Tout un étage leur est consacré. Et pour le plaisir des yeux, on est hypnotisé par les créations capillaires lors des défilés des prestigieuses maisons de mode. Citons Nicolas Jurnjack, Sam McKnight, Jean-Baptiste Santens, Marisol, Alexis Ferrer ou encore Charlie Le Mindu qui, invités à l’exposition, ont réalisé des coiffages inclassables, des oeuvres sur mesure. De grands créateurs de la mode contemporaine « choisissent eux aussi de transcender cette matière si familière en objet de mode ». Alexander McQueen, Martin Margiela, Josephus Thimister ou encore Jeanne Vicerial sont présents avec leurs réalisations spectaculaires, faites en cheveu.

Quiet Moon — Coiffure : Nicolas Jurnjack, 2014 © Photo : Nick Norman
Grâce à des documents d’archives, des tableaux, des objets, des perruques, des robes et une scénographie colorée, imaginée comme un cabinet de curiosités, on explore de A à Z l’histoire « Des cheveux et des poils ». Une exposition captivante à voir absolument.

Lithographie couleur
© Les Arts Décoratifs.
Flacon d’époque
© Les Arts Décoratifs
* Wella Company est le partenaire principal de l’exposition « Des cheveux et des poils ». Avec le soutien de Bleu Libellule et de MCB by Beauté Sélection.
Biblond, pour les coiffeurs !








