Depuis la crise de la Covid-19, 64 % des Français estiment avoir augmenté leur consommation de produits Made in France. Si les plus consommés restent les produits alimentaires et les boissons (94 %), ceux d’hygiène-beauté arrivent en deuxième position (89 %). Mais qu’en est-il dans le secteur de la coiffure ? Les coiffeurs privilégient-ils les marques Made in France ?

Qui dit produits capillaires en France pense évidemment à L’Oréal. Le géant des cosmétiques se taille en effet la part du lion avec l’ensemble des produits de sa division professionnelle. La France est d’ailleurs une terre de prédilection pour le groupe L’Oréal qui y emploie 15 000 salariés et y réalise un quart de sa production avec 11 usines et 14 centrales de distribution logistiques. Fleuron de l’industrie française, le groupe L’Oréal affiche pourtant une exception : les produits de sa division professionnelle sont, eux, fabriqués en Espagne à Burgos !
Une entorse qui empêche de géant d’estampiller ses marques du logo Made in France. Même constat pour Les Secrets de Loly, la marque de produits pour cheveux texturés qui fait le buzz. « Soyons clairs, il s’agit bien d’une marque française. Mais comme aucune usine française n’a voulu répondre à mes demandes quand j’ai démarré, je reste fidèle à ceux qui m’ont fait confiance à mes débuts : les Belges ! », précise Kelly Massol, la fondatrice.
Pour trouver des produits estampillés Made in France, il faut donc aller chercher du côté de marques plus confidentielles telles que Ça Va Barber créée en 2015 par Geoffrey Bourguignon. Les 40 références que comptent sa gamme aujourd’hui sont toutes fabriquées en France, à Dardilly dans le Rhône. « Le bureau d’études, le laboratoire de toxicologie, la production, tout est réalisé à Dardilly », confie Geoffrey fier de pouvoir afficher sur ses packs le drapeau bleu, blanc, rouge et la mention Made in France (Lyon). « C’est important pour les barbiers car la France est un pays de contrôle très sécurisé », affirme-t-il.


Pour Geoffrey, la fidélité de ses clients barbiers est également due à son côté artisanal : « Je ne veux surtout pas faire trop grand. Je fais tout moi-même et mes produits sont appréciés car ils sont 100 % naturels, à 98 % bio pour les huiles et à 80 % pour les baumes. » Des produits naturels qui ne sont pourtant pas tous originaires de France, certaines matières premières provenant tout de même d’Europe.

ORIGINE FRANCE GARANTIE
Car l’origine des produits reste, avouons-le, problématique pour bon nombre de marques. Prenez Marcapar créée par Christian Roche. « Les coiffeurs nous choisissent car nous sommes une marque française », affirme ce dernier. Sans doute. Mais certaines plantes qui entrent dans la composition de ses produits, notamment des colorations, ne poussent pas toutes dans l’Hexagone malheureusement.

Il faut alors aller les sourcer en Inde. Marcapar s’est engagé dans une production à Marie Galante, un territoire français, pour l’indigo. « Il est clair qu’un kilo d’indigo produit à Marie Galante coûte plus cher. Mais nous garantissons ainsi la traçabilité et la qualité de nos plantes », affirme Christian. Pour ses achats à l’étranger, il privilégie les plantes entières qui sont soumises à des analyses multiples (380 insecticides testés !).

Plus récente, la gamme homme est en revanche entièrement réalisée avec des produits régionaux. Une fierté pour Christian. « L’outillage est confectionné dans une coutellerie à Thiers. Pour les rasoirs et blaireaux nous faisons travailler des artisans français et nos boîtes en bois sont fabriquées en Isère », revendique-t-il.
Selon Christian Munchenbach, directeur général de Terre de Couleur, aujourd’hui le Made in France n’est pas l’argument principal pour séduire les coiffeurs. « Mais c’est quand même un plus et ça l’est davantage chaque jour », constate-t-il. Terre de Couleur met donc l’accent sur sa spécificité : des produits brevetés, à l’innocuité et à l’efficacité prouvées. « Nous travaillons avec la Cosmetic Valley, ce qui nous permet d’obtenir des financements pour la R&D. Nous faisons également partie d’un consortium de recherches avec le CNRS, l’université d’Orléans et le laboratoire BIO EC. Nos formules sont compliquées. Nous disposons d’une usine de pilotage en Touraine pour la mise au point des processus pour nos sous-traitants qui fabriquent en Saône-et-Loire et dans la région parisienne », révèle Christian Munchenbach.

RELOCALISATION
Chez Couleurs Gaïa, les dirigeants sont eux aussi obligés d’aller sourcer les plantes tinctoriales qui composent les colorations végétales en Inde. À l’inverse, les approvisionnements de la gamme de soins ont été entièrement relocalisées dans l’Ouest de la France il y a deux ans. « Cette relocalisation répond à deux enjeux : privilégier la production française et réduire notre impact carbone. Mais contrairement à la certification bio, la relocalisation n’est pas un argument commercial, même si les coiffeurs sont sensibles à notre démarche », souligne Benoît Beaudineau. Il n’empêche, les packs Couleur Gaïa sont estampillés Made in France car, in fine, pour les consommateurs, cela reste réel un argument de vente !

Très ancrée dans son territoire, Végétalement Provence a incité les coiffeurs à questionner leurs clientes sur leurs attentes en matière de produits capillaires, mais aussi environnemental et Made in France. Or, à la question : « Si l’on pouvait faire travailler des sociétés françaises qui relocalisent, créent des emplois, de la valeur et du bon sens chez nous, vous sentiriez-vous concerné ? », 100 % des personnes interrogées ont répondu par l’affirmative.

Du coup, Végétalement Provence, qui ne réalise encore que 50 % de sa production en France, espère rapatrier toute sa production dans l’Hexagone d’ici à trois ans. Mais même si les produits sont estampillés Made in France, « notre premier argument de vente, c’est le pourcentage et la qualité des actifs dans nos gammes », affirme Jean-Marc Delabre.
LES COQS DU MOBILIER FRANÇAIS
Côté mobilier, Cindarella est devenu le dernier fabricant français ! « Nous possédons notre usine de fabrication avec sa sellerie, sa menuiserie et son atelier de montage. Notre bureau d’études se réapproprie actuellement la création. Notre ambition est d’être à 100 km au maximum de nos clients et de nos fournisseurs », revendique Anne Driss, responsable commerciale France de Cindarella. Dernier-né, le bac Mélodie 21 dont la cuvette XXL a été développée avec une entreprise de porcelaine de Limoges est aujourd’hui en attente de la certification 100 % Origine France Garantie.

Déjà, les produits bénéficient du Coq Bleu signifiant qu’ils sont fabriqués par une industrie française, mais aussi du Coq Vert car il s’agit d’une entreprise écoresponsable et le label French Touch pour entreprise innovante est attendu cette année. « Il existe un coût à être français et à acheter au plus proche de l’entreprise, concède Anne. Les matériaux sont plus chers (bois, métaux, tissus) et la main d’oeuvre aussi. Mais c’est un surcoût que les coiffeurs entendent et comprennent », affirme-t-elle.
Cerise sur le gâteau, Cindarella est adhérente aux Forces françaises de l’industrie qui soutiennent le développement industriel de PME et PMI dans l’Hexagone.
FABRICATION FRANÇAISE
Chez Leonor Greyl, les matières premières qui composent les soins capillaires d’origine naturelle viennent du monde entier, mais les produits sont tous fabriqués en France. « Nous communiquons auprès des consommateurs sur la fabrication française qui est un gage de qualité et de contrôle », affirme Caroline Greyl. C’est que la fabrication française est devenue un argument de poids auprès des consommateurs puisque 76 % d’entre eux achètent désormais français pour soutenir l’économie (source : enquête OpinionWay du 4 au 6 octobre 2023).

Fabriquée avec le laboratoire Ducastel à Castelfranc du côté de Cahors, Kydra revendique aussi clairement son origine française. « Tous les process, l’usine, le laboratoire de R&D, le marketing… tout est fait sur place » , souligne Claire Brun, chef de marque.

Avant d’ajouter : « Nous relançons cette année la gamme Secret Professionnel qui devient Kydra le Salon et adopte de nouvelles formules. C’est une marque scientifique dont les formules sont prouvées et testées. Notre sourcing est orienté vers des actifs efficaces, agréés bio et le plus possible localisés en France. Nous utilisons cinq plantes tinctoriales pour notre coloration dont trois proviennent de Charente-Maritime. » Sur les packs, la mention Création botanique française rappelle tout le travail engagé par la marque. « Nos étuis sont fabriqués en France, le carton est français, l’encre végétale est fournie par un imprimeur situé à moins de 200 km de l’usine » , insiste Claire qui reconnaît toutefois que fabriquer français à un coût lié à la qualité française, dans les process, la traçabilité, et l’achat des ingrédients de qualité. Mais, assure-t-elle, « les coiffeurs y sont sensibles et donnent une préférence aux produits fabriqués en France. C’est un vrai argument de vente pour nous. »

Chez Coopéré, Julie Réal, directrice générale, revendique travailler avec plus de 80 % d’ingrédients naturels pour les marques Sublimo et Défi pour Homme.

« Nous privilégions les actifs français (huile de germe de blé, de tournesol ou actifs marins), mais nous sommes plus sur du raisonné que sur de l’éthique. C’est un meilleur compromis pour le respect de l’utilisateur et de l’environnement », affirme Julie.

Détenteur d’une usine zéro rejet équipée d’une pompe de relevage des eaux usées, Coopéré communique beaucoup sur son outil industriel. « C’est devenu notre ADN, révèle Julie. Et les coiffeurs sont sensibles à l’idée de travailler avec une PME réactive, capable de lancer un nouveau produit en six mois et qui fabrique en France. »

En 2020, 76 % de nos concitoyens évoquaient le patriotisme économique pour justifier leurs achats en produits français. Il y a cinq ans, c’était la fraîcheur et la qualité des produits qui constituaient leurs raisons principales de consommer tricolore (source : étude Insight Opinion Way 2020).
Quant aux entreprises, 69 % des dirigeants constatent une augmentation de leur chiffre d’affaires liée au Made in France. Alors, s’il n’est pas (encore) devenu le principal argument des marques de produits capillaires pour séduire les coiffeurs, le Made in France a assurément de beaux jours devant lui.
NB : Cet article n’a pas une vocation encyclopédique. Il n’est pas non plus exhaustif.
LE CAS D’EUGÈNE PERMA
Née en 1919 de l’innovation d’un coiffeur, Eugène Sutter, l’entreprise familiale et française a depuis plusieurs mois été confrontée à de graves problèmes financiers et à un redressement judiciaire en août 2023. Le 14 décembre dernier, le tribunal de commerce de Paris a statué : un consortium formé d’Alfaparf Milano qui a fait l’acquisition de la partie professionnelle des produits, de Natropera et de Superga Beauté s’est engagé à reprendre 90 % des salariés, soit 213 personnes. Les produits professionnels Eugène Perma continueront-ils d’être fabriqués à Parchimy, près de Reims ? « Oui pendant au moins trois ans, a déclaré Marco Eula, directeur général d’Alfaparf Milano. Nous souhaitons garder le plus possible l’ADN français d’Eugène Perma. Une des valeurs chères à Alfaparf Milano. Rappelons que ce n’est pas un fonds d’investissement mais un groupe familial solide financièrement et entouré de passionnés. D’ailleurs beaucoup d’employés ont vingt ans d’ancienneté. » Quant au siège d’Eugène Perma, il est toujours à Gennevilliers.

Biblond, pour les coiffeurs !








