Enquête : coiffure et intelligence artificielle, ce n’est que le début !

Taille du texte: A A A

Qu’on le veuille ou non, l’arrivée de ChatGPT a introduit l’intelligence artificielle (IA) au cœur de nos sociétés en lançant la course à la technologie. Résultat : les systèmes utilisant l’IA se sont multipliés comme des petits pains et la technologie est aujourd’hui partout. Le secteur de la coiffure n’échappe pas à la vague IA qui impacte tous les aspects de la profession, du recrutement au diagnostic, en passant par la formation et même l’artistique.

© COLLECTION DE STÉPHANE AMARU X AI. ME

L’intelligence artificielle est entrée dans nos vies à tel point que la Commission européenne a présenté, dès 2021, un projet de loi pour lutter contre la propagation de fausses informations obtenues via des contenus générés par des algorithmes. Une régulation nécessaire pour éviter les manipulations de l’opinion publique. Cette loi, qui vient tout juste d’être adoptée par les députés européens et qui devrait être votée par les vingt-sept États membres de l’UE ce mois-ci, est scrutée de près par la Californie, laquelle envisage de faire de même !



PRENDRE L’OUTIL EN MAIN

Si l’IA est donc aujourd’hui en passe d’être régulée en Europe, c’est parce qu’elle est déjà utilisée par une large majorité des entreprises et des personnes. La coiffure n’échappe pas à l’arrivée de l’IA, bien au contraire. Pour Thomas Tuccinardi, fondateur du salon éponyme, pas question de rater ce virage. « Je découvrais tous les jours sur les réseaux sociaux que beaucoup de choses sont produites avec l’IA. Alors, quand une nouveauté comme ChatGPT arrive, il faut prendre le train en marche », affirme-t-il.

Il a donc testé. « J’ai demandé à ChatGPT de faire un résumé sur moi. Et j’ai été littéralement bluffé car il connaissait tout de ma vie ! », s’étonne-t-il encore. Testé, l’outil est donc vite adopté. « Aujourd’hui, mon équipe de communication l’utilise pour la rédaction de notre blog. ChatGPT nous donne également des idées de contenus de posts. De mon côté, je l’utilise aussi pour rédiger les fiches de postes lors de recrutement. Et également pour vérifier des points de droit pour les employeurs. »

Certains articles du blog de Thomas Tuccinardi sont réalisés via l’IA puis validés par son équipe de communication.

CHATGPT, LE COLLABORATEUR ZÉLÉ

Thierry Bordenave, fondateur de Les Hommes ont la Classe, a également commencé son apprentissage de l’IA avec ChatGPT. « J’ai appris à lui parler », dit-il. Aujourd’hui, il utilise ChatGPT pour préparer des conférences et des formations. « Je travaille la trame de ma conférence puis je lui pose des questions. Il me donne son point de vue et me fait gagner des heures de travail », assure-t-il. Avant d’ajouter : « Après je retravaille le texte à ma façon. Mais aujourd’hui, je construis tous mes modules de formation avec ChatGPT qui est devenu un vrai collaborateur pour moi. »

Quant à Éric Pfalzgraf, à la tête des salons Coiffirst, il n’est pas en reste. « Je vérifie tout sur ChatGPT, confie-t-il. Il m’aide également à préparer des conférences, mais aussi dans l’organisation, la réflexion et la gestion de mon entreprise. »

Pour appréhender l’IA, ces trois chefs d’entreprise se sont appuyés sur leurs équipes. « C’est un travail en commun avec des coiffeurs qui sont sensibilisés à cette modernité », explique Éric Pfalzgraf. Thierry Bordenave, lui, a assisté à des conférences sur l’IA, données dans des écoles de commerce. « Je vais bientôt intégrer un jeune issu d’une école de commerce pour développer des formations, mais aussi de l’artistique, en clair tout ce que nous pouvons travailler avec l’IA », dit-il.

L’IA AU CŒUR DU SALON

Le géant L’Oréal s’est naturellement emparé du sujet de l’IA pour implanter la technologie au cœur des salons. « L’IA est une véritable aide au parcours client », affirme ainsi Lauren Benhamou, directrice générale de L’Oréal Professionnel France. Preuve concrète avec l’application My Hair ID, développée par L’Oréal Professionnel, qui permet aux clientes d’essayer virtuellement différentes coupes, couleurs et styles de cheveux.

« Ces essayages virtuels sont très réalistes. Les clients peuvent même bouger la tête », affirme Geneviève Carmichael, consultante qui accompagne les grandes marques sur des sujets beauty & tech. Ces essayages confortent le coiffeur dans son diagnostic personnalisé renforçant ainsi sa relation avec sa cliente.

« 80 % des coiffeurs déclarent commencer par une consultation capillaire avec leurs clientes, mais seulement 7 % de ces dernières estiment en avoir bénéficié. My Hair ID leur offre une consultation détaillée et amplifie donc le moment privilégié entre le coiffeur et sa cliente », affirme Lauren Benhamou. Et l’engouement des coiffeurs pour l’appli ne se dément pas avec plus de 60 000 téléchargements en France l’an dernier.

Quant à l’application iNOA ID de L’Oréal Professionnel, qui permet aux coiffeurs de réaliser des diagnostics couleur, elle semble les séduire tout autant puisque 87 % d’entre eux affirment qu’elle améliore l’expérience de coloration en salon.

L’IA peut également se révéler une aide précieuse pour la revente en salon en renforçant la légitimité du coiffeur dans la prescription. « L’IA intervient alors comme une véritable antisèche et assure un moment de théâtralisation en salon pour la revente », assure Lauren Benhamou.

Application My Hair ID lancée par L’Oréal Professionnel

L’IA POUR LIBÉRER LA CRÉATIVITÉ

L’Oréal Professionnel a également été la première entreprise de coiffure à lancer des collections dans le métavers créées avec l’IA. « L’idée n’est pas et ne sera jamais de remplacer la main du coiffeur par la technologie, prévient Lauren Benhamou. Mais l’IA libère la créativité du coiffeur car elle permet une vision artistique affranchie de toute contrainte par rapport à la réalité. » Couleurs et textures inédites, coiffures XXL libérées de l’apesanteur, les collections proposées de L’Oréal dans le métavers sont conçues pour donner des idées aux coiffeurs et permettre aux gamers de la génération Z de se créer des avatars.

La main du coiffeur amplifiée par la tech, tel est le but de Hairtopia : une manifestation organisée par L’Oréal Professionnel qui a regroupé, le 4 avril dernier, 600 coiffeurs dans un salon immersif dédié. Dans ce salon du futur, les coiffeurs ont pu réaliser un parcours découverte des nouveautés produits de L’Oréal Professionnel. La marque s’appuie en effet sur l’IA et la 3D d’animation pour représenter les ingrédients qui composent ses soins.

« Ce trait d’union entre l’ultratechnologie des formules et leur représentation donne envie de les toucher », assure Lauren Benhamou. Les coiffeurs ont également pu appréhender la veille numérique du Visionnaire qui permet à L’Oréal de rester à l’affût des tendances. Enfin, des masterclass ont été proposées pour décoder les coiffures générées par l’IA et les transformer en looks réalisables en salon.



COLLECTION DE STÉPHANE AMARU AVEC L’AIDE D’A.I.ME

« IA Collection » la première collection de coiffure générée par l’Intelligence artificielle mais pensée et validée par Stéphane Amaru.

LA PREMIÈRE COLLECTION CRÉÉE AVEC L’IA

Formateur très prisé des coiffeurs, particulièrement actif sur les réseaux sociaux, Stéphane Amaru n’utilise pas l’IA pour préparer ses formations, ni ses posts. « Mes followers verraient tout de suite que ce n’est pas moi qui les ai écrits », s’amuse-t-il. En revanche, Stéphane s’est associé à un autre coiffeur, Sébastien Delarue, pour créer sa première collection générée par l’IA.

« La réalisation de cette collection – six visuels – m’a demandé beaucoup de travail car il a fallu nourrir la machine avec mon univers. J’ai donc fourni un vrai moodboard avec mes anciennes collections, mes inspirations – le manga –, mes couturiers préférés, mes colorations, mon style architectural… » Et le résultat et bluffant. « On dirait réellement que c’est moi qui ai produit ces visuels. C’est une réelle alternative pour les coiffeurs. Beaucoup ont en effet arrêté de faire des collections en raison de leur coût. Là, les images sont très abordables. C’est une avancée énorme pour les coiffeurs, qui va permettre de revoir des images grands formats type posters dans les salons », affirme Stéphane Amaru.

© COLLECTION DE STÉPHANE AMARU X AI. ME

LE RETOUR DES IMAGES EN SALON

Un avis partagé par Sébastien Delarue, coiffeur depuis 1987 et qui vient tout juste de créer sa société AI.me. Ce pur autodidacte s’est lancé dans l’aventure de l’IA pour produire ses propres images. Aujourd’hui, AI.me propose aux salons la création de visuels avec des options de personnalisation qui permettent à chacun de refléter son identité sans les contraintes de temps et/ou de coût. Le salon peut ainsi créer des visuels par AI.me et les recevoir au format et sur le support d’impression de son choix. Et même y apposer son logo. Le tout à partir de… 29 euros !

Autre possibilité, l’abonnement à la collection AI.me : le salon reçoit tous les quatre mois de nouveaux visuels adaptés à la dimension de ses cadres (à partir de 39 euros). AI.me propose également de réaliser des visuels pour les vitrines, la signalétique du salon… « Créer son univers visuel permet à un salon de booster son image de marque. Il est plus moderne, il recrute donc plus facilement. C’est un accompagnement complet pour comprendre l’univers du salon et les exigences de son propriétaire », explique Sébastien Delarue qui devrait proposer au prochain MCB by BS le premier album coiffure créé avec l’IA.

Crédit Photo : Maxime Gautier

Alexis Parente, Léa Detournay, Jérôme Fendt et Dorian Jollet, guidés par l’expertise de Jean-Baptiste Santens et Christophe Gaillet (à la direction de de la HCF) illustrent une vision de la beauté du futur à travers les trois tableaux, Gravitas, Odyssea et Moonaris de la Collection Hairtopia de L’Oréal Professionnel.

QUID DES CONCOURS COIFFURE SUR IMAGE ?

À ce rythme-là on peut s’interroger sur l’avenir des stylistes, maquilleurs et autres photographes ! Mais aussi sur celui des concours coiffure basés sur la photo. L’Oréal Professionnel a déjà pris les devants avec son concours international Style & Colour Trophy en créant une nouvelle catégorie complémentaire au meilleur look couleur et coiffure : la création virtuelle qui permet de nouer des ponts entre création graphique et cheveux.

Pour cette catégorie, le jury fait appel au CGI artist Samy La Crapule. « Les critères de notation sont l’originalité de la coiffure, le design et le placement », révèle Lauren Benhamou. Avant de préciser : « Mais les candidats doivent reproduire l’image qu’ils ont proposée. Et le jury note la perfection de l’exécution, la définition du cheveu et la silhouette. L’IA donne juste des idées aux coiffeurs mais ne remplace pas leur savoir-faire et leurs mains. »

ET DEMAIN ?

Pour l’instant donc, l’IA est cantonnée à un rôle de superassistant, très créatif. Mais sa place au sein du salon augmente tous les jours un peu plus. « Elle transforme du texte en image, elle permet de démultiplier et retravailler une image existante avec un nouveau contexte ou une nouvelle pose afin de démontrer sa maîtrise du cheveu, elle peut aussi créer des voix, c’est pratique pour enrichir des formations », affirme Geneviève Carmichael.

Avant d’ajouter : « Prochainement, l’IA génèrera des vidéos à partir de textes ou d’images de vraies coiffures, elle permettra aussi de démontrer le savoir-faire des coiffeurs sur de faux modèles. » Pour cette experte, pas de doute, l’IA va continuer à s’immiscer dans le secteur de la coiffure. « Une évolution technologique au service du savoir-faire car rien ne remplacera l’indispensable contact entre le coiffeur et sa cliente », affirme-t-elle.

LA BEAUTÉ PROFITE DES INNOVATIONS IA

L’IA a aussi infiltré des produits de beauté comme le maquillage et les soins de la peau. Des applications gratuites comme Beauty Genius de L’Oréal ont pour vocation d’être un conseiller personnel virtuel, épaulé par l’IA. Une façon de guider les clients indécis face à des rangées de produits, de rouges à lèvres aux nuances presque similaires.

Dans une étude publiée en mai 2023, le cabinet de conseils McKinsey a chiffré l’industrie mondiale de la beauté (soins de la peau et des cheveux, parfum, maquillage) à 430 milliards de dollars en 2022 et l’a anticipée à 580 milliards d’ici à 2027. Les ventes sur Internet ont quasiment quadruplé entre 2015 et 2022.

6 APPLIS À CONNAÎTRE POUR UTILISER L’IA

MY HAIR ID
Créée par L’Oréal Professionnel, My Hair ID permet d’essayer virtuellement une nouvelle couleur de cheveux et une nouvelle coupe. Les coiffeurs peuvent ainsi affiner leur diagnostic et leurs recommandations auprès des clientes. Application gratuite.

DALL-E
Conçu par Open IA qui a développé Chat GPT, Dall-E est un générateur d’images par IA pour créer des visuels de toutes sortes à partir de descriptions textuelles. Dall-E est payant mais accessible gratuitement sur le serveur Bing.

MIDJOURNEY
Présentée comme le leader des générateurs d’images, cette appli convertit du texte en image. Bon à savoir : il faut écrire en anglais. MidJourney est payante.

ADOBE FIREFLY
Hyperintuitive, cette appli transforme du texte en image, ajoute ou supprime des objets dans des images existantes. Le tout gratuitement pour commencer.

DREAM STUDIO
Permet de travailler sur plusieurs images en même temps, de démultiplier une image déjà faite, et surtout de la retravailler et d’en améliorer la résolution.

ELEVEN LABO
Présentée comme le leader en IA pour la voix, cette appli permet de transformer du texte en voix. Elle est payante

Catégories: Actualités