Dans la jungle des écoles, CFA, lycées professionnels… comment un jeune peut-il s’orienter ? Trois experts de l’éducation nous livrent leurs clés.

« Une bonne école, c’est une école qui prend le temps d’expliquer le métier au jeune et qui va vérifier qu’il ne s’est pas trompé de voie, précise Olivier Picquemal, directeur du CFA Roger Para de Marseille. Notre métier est artistique et artisanal. Il nécessite de la passion. »
Car nombre d’élèves se lancent dans la coiffure par défaut : « On les repère dès le premier jour, analyse Stéphanie Bozonnet, fondatrice du Laboratoire d’Application & d’Éducation (LAE) et professeure de coiffure durant de nombreuses années. Dès lors, est-ce bien raisonnable de les laisser poursuivre un cursus dans lequel ils ne seront jamais à l’aise ? »
APPRÉHENDER LE MÉTIER
Avant d’intégrer quelque école que ce soit, le jeune doit « se rendre compte qu’un artisan a une amplitude de travail importante, qu’il y a des codes d’entreprise à intégrer, avertit Héloïse Balatre, directrice d’établissement Terrade Paris. Qu’entrer en apprentissage, cela signifie ne plus être en vacances toutes les six semaines et qu’il faudra respecter un contrat et des horaires ». Il est nécessaire aussi d’assimiler le contenu d’un CAP. Certains élèves fantasment le métier de barbier, sans avoir perçu que le cursus les amènerait obligatoirement à travailler sur du public féminin…
« Les jeunes nous disent qu’ils ne veulent pas toucher de cheveux sales, qu’ils n’aiment pas rester debout toute une journée, avoue Olivier Picquemal. S’ils ne sont pas prêts à tout cela, c’est compliqué. Je reçois chaque jeune qui veut intégrer le CFA, j’essaie de sonder sa réelle motivation. S’il vient en survêtement, claquettes, chaussettes, j’ai des doutes sur son envie de devenir coiffeur ! »
Stéphanie Bozonnet recommande de tester le métier avant même de penser à une école : « Allez visiter un salon de quartier, un salon luxueux, un franchisé, et demandez à y passer une journée d’observation. Écoutez des coiffeurs parler de leur métier et de ses différents aspects, coloriste, barbier, chargé de bac… Il faut diversifier les expériences. »

JPO, QUÈSACO ?
Visiter plusieurs CFA, écoles ou lycées professionnels permet au jeune d’affiner ses observations et réflexions. Et les Journées portes ouvertes (JPO) des écoles, des salons polyvalents (Salon de l’éducation…) ou spécialisés (Salon de l’apprentissage…) ou encore les carrefours des métiers permettent de compléter leurs informations sur leur orientation. « Rencontrer des coiffeurs mais aussi des élèves qui parlent avec les mêmes codes, c’est primordial », souligne Olivier Picquemal.
Et Stéphanie Bozonnet d’ajouter : « En échangeant avec d’autres élèves, en se connectant à eux sur Instagram, le jeune se forge une idée de la réalité qui est derrière la JPO. »
Certaines écoles poussent la rencontre avec le métier, comme les établissements Terrade Paris. « Après les JPO, nous proposons systématiquement une journée d’immersion sous convention de stage pour assister aux cours et échanger avec des élèves », explique Héloïse Balatre.
Le nombre d’élèves par classe et la taille de l’école sont aussi des éléments à prendre en compte. « Surtout si le jeune est timide. Une école multi-métiers peut l’impressionner et le faire décrocher simplement par perte de repère. Il faut tenir compte de cette dimension psychologique », conseille Olivier Picquemal.
Et puis, selon Héloïse Balatre, l’enseignement purement scolaire ne suffit pas. L’école doit aussi servir de vecteur à la créativité et stimuler l’ouverture d’esprit du jeune. « Est-ce que des sorties événementielles et pédagogiques sont prévues, des visites de musées et d’expositions, de participation à des défilés ou des actions solidaires (Ehpad, France Travail, Restos du cœur, secteur médico-social…) ? Le savoir-être est aussi important que le savoir-faire. »
MAÎTRE D’APPRENTISSAGE CHOISI
Si l’école apprend à réussir un examen, le maître d’apprentissage apprend un métier. Partant de ce concept, Stéphanie Bozonnet préconise de bien choisir son maître d’apprentissage : « La personne qui va être un mentor et va transmettre des savoirs. Alors, avant de signer un contrat, le jeune doit se poser la question de savoir ce qu’on attend de lui mais aussi se demander ce qu’il attend de son maître d’apprentissage. Le contrat est mutuel et les attentes de chacun doivent être clarifiées dès le départ. » Une fois le maître d’apprentissage trouvé, on peut lui demander s’il y a une école partenaire avec laquelle il travaille.
Stéphanie Bozonnet conclut que le jeune doit anticiper, connaître toutes les facettes du parcours scolaire et avoir un projet à cinq ans. Se voit-il employé, franchisé, manager, formateur, coloriste, coiffeur à l’étranger ? Il doit savoir vers quelle vie il se dirige en ayant un CAP, un BP, un bac pro ou un BTS. « Peu d’élèves connaissent toutes les filières et leurs débouchés. Et c’est regrettable. Bien choisir son école est aussi fonction de ce que l’on désire devenir. »
Biblond, pour les coiffeurs !








