Il a des allures de rocker et un CV à couper le souffle… Rencontre avec Bruno Weppe, coiffeur studio et directeur artistique du groupe Vog.
Les crans de Joséphine Baker faits avec de l’eau sucrée, voilà l’anecdote historique qui a propulsé Bruno Weppe sous le feu des projecteurs. À l’époque, le jeune coiffeur a 19 ans. Il vient de se faire repérer par Jean- Louis David, chez qui il crée les coupes à la tondeuse, emblématiques de l’enseigne.
Ce dernier l’emmène chez Jean Paul Gaultier. Bruno Weppe avance une idée pour le show qui se prépare : des têtes structurées au gel, en faisant notamment référence à la fameuse coupe de Joséphine Baker. Banco, dit le créateur, qui lui donne la responsabilité du défilé. « C’était le premier grand show qui a fait connaître Gaultier, toute la presse, tous les photographes étaient présents. » Bruno Weppe collabore par la suite avec les plus grands photographes : Guy Bourdin, Peter Lindbergh, Paolo Roversi, Oliviero Toscani, Patrick Demarchelier, Helmut Newton…
Un premier pas qui l’emmène loin, jusqu’à New York, où il participe, en 1987, au lancement du Elle américain. À la même période, il crée de toutes pièces, avec les photographes, le phénomène des Top Models. « À l’époque, la coiffure studio n’était pas encore réellement un métier, cela commençait à le devenir », se souvient-il. Pendant toutes ces années, Bruno Weppe reste présent en salon : « J’étais le coiffeur phare de Jean-Louis David. Le salon, cela permet de garder les pieds sur terre, de ne pas perdre ses techniques de coupe. »
Boulimique de presse
Aujourd’hui, il observe que c’est la coiffure studio qui donne le ton, à l’inverse de ce qu’il a pu connaître il y a vingt ans. « Les clientes veulent ce qu’elles voient dans les magazines, mais beaucoup de coiffeurs de salon ne savent pas de quoi elles parlent ! Il faut que ces derniers se forment aux techniques “ancestrales” : savoir faire un brushing, utiliser un fer à boucler… C’est essentiel. »
Pour ce boulimique de presse et de livres (neuf malles à transporter lors de son récent déménagement !), il faut une solide culture pour se faire un nom dans le métier. « La curiosité est la plus grande qualité d’un coiffeur ! », martèle-t-il. Cinéma, musique, photo… Des références précises sont indispensables pour savoir ce que l’on va créer : « Quand on sait de quoi on parle, on est beaucoup plus à l’aise, beaucoup plus créatif. » Aujourd’hui directeur artistique de Vog, il est récemment venu dans les locaux du groupe avec 450 visuels. « Nous avons fait un mur de photos, et choisi des directions à partir de ces visuels qui m’avaient inspiré.
Les positions, l’attitude, le type de femme que l’on a envie de montrer… Il faut blinder ses arrières pour être créatif ! » Dernier conseil du grand sage : « Il faut toujours donner deux coups de ciseaux malencontreux à la fin d’une coupe, sinon c’est trop propre. Une coupe, il faut que ça vive, que ça bouge. Osez ! »
Mini bio
1982 : Repéré par Jean-Louis David
1985 : Première saison chez Jean Paul Gaultier
1987 : Participe au lancement du Elle Américain, à New York
1998 : DA du groupe Alexandre de Paris
2008 : DA du groupe Vog
Formateur en coiffure studio
Au sein de son académie The Art of Studio, Bruno Weppe met ses stagiaires en situation de shooting photo. « C’est bluffant : ils réalisent en quelques minutes qu’une coiffure qui leur semblait réussie ne donne absolument rien sur papier glacé ! La photo, c’est un arrêt sur image : on voit tous les défauts, tout ce qui ne va pas. »
Son secret pour doper ses chiffres de revente
Pour Bruno Weppe, pas de miracle : en ces temps de crise, il faut approfondir la notion de service. « Il faut que cela se fasse naturellement. Un brushing, cela nécessite un produit à appliquer sur les racines et les pointes. Pendant que je coiffe, j’explique tout, je pousse le contact. Dans ces conditions, l’acte d’achat se fait naturellement. Prendre le temps de parler, ce n’est jamais perdre son temps. »
« Pour être à la page, maîtrisez le fer à boucler ! »
« Cette année est marquée par le retour de la boucle. Mais sans lisseur s’il vous plaît ! Je suis pour cet outil, mais si on sait déjà faire une boucle, si on connaît les dimensions, les volumes. Avant toute chose, il faut donc savoir se servir d’un fer à boucler, une technique qui se perd, malheureusement. »
Biblond, pour les coiffeurs !







