Les sceptiques n’y ont pas cru. Pourtant, plus qu’une tendance, la barbe et la beauté masculine en générale sont un phénomène de société qui s’ancre dans la durée. Etat des lieux d’un marché qui n’a pas fini de nous surprendre.

Qui l’aurait cru il y a dix ans ? Parmi les plus anciens métiers du monde, celui de barbier ne cesse de susciter des vocations. Et pour cause ! Remise au goût du jour par les hipsters au début des années 2010, la barbe est devenue un phénomène qui séduit désormais toutes les catégories socioprofessionnelles.
Pour preuve, un sondage réalisé en 2018 par OpinionWay pour Bic Shave Club révélait que près de la moitié des Français étaient barbus (tous styles confondus). Ce chiffre s’élevait à 78 % pour les moins de 35 ans et 92 % pour les 25-34 ans…
Chez les professionnels, certains ont cru à une lubie passagère. D’autres ont su saisir le train en marche. L’épreuve de rasage, qui avait été effacée du Brevet professionnel, est réapparue en 2012. Quelques années plus tard nous pouvons l’affirmer : la pilosité faciale est une tendance durable. Cette barbe, que les hommes entretiennent avec soin, fait même partie intégrante de leur identité. Et si leur fiche moyenne reste inférieure à celle de la femme, leur fréquentation en salon est en plein boom, avec une hausse de 26 % par an en 2017.
92 % DE BARBUS CHEZ LES 25-34 ANS
En bons puristes, les barbiers leur proposent des prestations dans les règles de l’art, nécessitant la maîtrise d’outils tradi, comme le coupe-chou, d’autres plus high tech, comme la tondeuse pour réaliser la taille des barbes mais aussi les coupes courtes et les fondus américains. Ces outils tranchants forcent le respect. Et d’ailleurs, omniprésents pendant des millénaires, les barbiers ne contentaient pas de couper la barbe. Ils étaient chirurgiens et pouvaient arracher des dents, inciser et dispenser toutes sortes de soins.
Presque disparu dans les années 1990, le métier est plus cool que jamais. Pas une semaine ne se passe sans qu’un barber shop, haut lieu de convivialité, n’ouvre au coin d’une rue. Le site d’offres d’emploi en ligne www.qapa.fr révélait en 2016 que le nombre de postes de barbiers avait explosé en deux ans, soit une demande accrue de 78 %. Au-delà du retour de la barbe, le barbier, avec ses tatouages et son look rock, a une image beaucoup plus valorisée que le coiffeur. Pas étonnant qu’après l’obtention d’un CAP et BP coiffure les jeunes se tournent vers les formateurs spécialisés. Outre l’option « coupe homme et entretien du système pilo-facial » proposée dans les écoles, les stages proposés par des organismes privés (Cylea Formations, INFC, Eugène Perma avec Fabrice Cornillon, La Barbière de Paris ou Coopéré), affichent complet, séduisant aussi des coiffeurs confirmés. De toute évidence, on ne s’improvise pas barbier.
Tailler une barbe nécessite rigueur, hygiène, dextérité et précision. Et le consommateur est de plus en plus exigeant, en voulait s’offrir une pause bien-être, sans se sentir touché dans sa virilité. Dans un univers qui lui est propre avec ses codes. Les services classiques se complètent de prestations en tout genre : soins du visage, épilations, colorations, extensions, rasage à la vapeur… Autre preuve du succès : l’industrie ne s’y trompe pas en surfant sur la tendance du male grooming (comprendre tous les soins nécessaires à la toilette et à l’entretien de l’homme). Outre les franchises dédiées (Barber Men, The barber Compagny ou Le Barbier) et les fabricants spécialisés (O’Barber, Reuzel, Big Red Beard ou encore American Crew), les marques plus connues dans le secteur de la coiffure pour dame développent tour à tour leur gamme ciblée (Essentiel Men d’Eugène Perma ou Brews pour Redken).
Bref, vous l’aurez compris : la beauté masculine est un levier de croissance pour n’importe quel salon. Certains barber shops explosent tous les records grâce à la revente. D’ailleurs, en 2019, le chiffres d’affaires des soins de la barbe avait bondi de 26 %.
Barbe N Blues
Fondée par le Nantais Swann Balan qui a grandi auprès de barbus et moustachus rassurants, à savoir ses grands-pères et son père, la marque Barbe N Blues fait fabriquer ses produits par un laboratoire français selon un processus de production artisanal et respectueux de l’environnement. 100 % bio et non testés sur les animaux, ses produits cosmétiques (sans parfum, colorant, conservateur de synthèse, OGM, pétrochimie) sont présentés dans des emballages et suremballages biodégradables et recyclables. Grâce à la technique de la saponification à froid, la marque certifie un savon artisanal de qualité supérieure, 100 % biodégradable, doux, surgraissé au minimum à 4 %, préservant le film hydrolipidique de la peau, riche en glycérine pour une bonne hydratation. La gamme complète propose aussi des soins pour la barbe, le visage et le corps et des accessoires. Barbe N Blues se démarque notamment avec ses huiles de rasage aux senteurs soignées et inspirées (L’Ebéniste, Le Tanneur, L’Apiculteur…). Titulaire du label Nature & Progrès, le plus rigoureux et le plus transparent sur le marché des cosmétiques bioécologiques, l’entreprise s’engage aussi auprès de l’association Les Blouses Roses, dont la mission est de distraire les malades de tout âge, en lui reversant 2 % de son chiffre annuel.

COCORICO ! LE MADE IN FRANCE AU SERVICE DES HOMMES
Certes, les grandes marques professionnelles ont désormais chacune leur gamme pour l’homme. Parmi les préférées des barbiers, des entreprises plus confidentielles ont su séduire avec des concepts forts. Parmi elles, 3 exemples d’entreprises bien de chez nous.

Défi pour Homme
Véhiculer une image d’excellence par la qualité de ses produits mais aussi leur présentation, tel est le défi relevé haut la main par cette marque premium, portée par son directeur artistique Thierry Bordenave.

Entièrement dédiée aux hommes, Défi pour Homme porte des valeurs de respect, d’excellence, de créativité avec une vision positive et assumé d’un homme responsable, courageux, discret, droit et humble. Dans un environnement associant les activités extrêmes et le monde mécanique. Parmi les produits signature de cette gamme complète, la Pâte Carbon Flex,
souple et fibreuse, est malléable à l’extrême grâce à sa technologie spécifique. À la cire d’abeille et au charbon actif de bambou, ce soin gaine et donne du corps à la fibre, apporte de la brillance et un maintien souple et repositionnable, sans effet gras.

Men Stories
Lancée en 2015 par Frédéric Fita Ferrandis, fils de représentants en produits capillaires, la marque Men Stories a tout pour plaire : complète, exclusive, made in France et un brin rock. Avec une volonté de valoriser le savoir-faire français, en exclusivité professionnels, elle répond aux besoins et aux exigences des coiffeurs barbiers avec une gamme vaste et complète (+ de 75 références), du mobilier, mais aussi des collections signées par le DA Marc Thibault et un catalogue de formation via le programme Cyléa ou en direct.

Parmi les dernières nouveautés, Men Stories propose aux clients la trousse de voyage incluant un sérum, un shampooing barbe (Barber Shampoo), un soin extrême barbe (Barber Care), pour 38 €, et offre une serviette et une trousse.

Trois experts décryptent les tendances
Cheveux longs, barbes courtes. Quand la crise sanitaire modifie les looks et les envies…
Guillaume Fort, ambassadeur All Star American Crew

« Avec le masque, les barbes ont raccourci. Ceux qui portaient la barbe longue l’ont délaissée pour une plus courte, adaptée aux dimensions du masque. À la bad boy, mais apprêtée comme il faut.
Au-delà de l’aspect pratique, je crois que nos clients ont eu envie de changement. Le hipster s’efface pour un homme plus élégant. Le style surfer naturel, coiffé-décoiffé avec un aspect plus mat, va s’imposer. La chevelure est déstructurée. Peu à peu, le dégradé américain laisse place une texture pour créer des looks différents. Lors du premier confinement, privés de leur coiffeur, certains hommes ont dû se résoudre à laisser pousser… Et ils ont aimé ce nouveau look ! Toutefois, ils viennent quand même nous voir pour structurer. Finalement, comme il y a plus de matière sur les côtés, nous avons une carte à jouer. Cela nécessite plus de technicité.
La barbe ne disparaîtra pas pour autant. Les hommes se sont habitués à ce petit plaisir d’aller chez le barbier. Ce n’est plus par nécessité mais pour leur bien-être qu’ils prennent rendez-vous.
Nous ajoutons d’ailleurs du soin du visage. Les hommes préfèrent s’offrir ça dans les univers virils des barber shops plutôt que chez l’esthéticienne. »
Audrey Fleur, gérante Aux 3 fauteuils

« Je suis dans la coiffure homme depuis vingt ans et j’ai assisté à la belle évolution de la beauté masculine. Il y a dix ans, un salon homme, c’était ringard ! Aujourd’hui, nos plannings sont chargés, les clients viennent avec plaisir et pas pour faire “comme d’habitude”. Moins routiniers, ils sont adeptes de changement ! La barbe permet aussi de s’amuser avec son look et d’assumer des coupes plus marquées. Et pas seulement chez les jeunes ! Les dégradés à blanc séduisent toutes les générations.
Ils n’hésitent pas à s’offrir des produits pour l’entretien de la barbe. Grâce aux hipsters, même les plus classiques osent. Autre tendance chez les plus jeunes ? Il y a une vraie demande autour de la coloration. La crise sanitaire a en effet modifié les tendances. Pour les grands barbus, seuls ceux qui ne portent pas le masque toute la journée font de la résistance. Les barbes sont plus courtes et à l’inverse les cheveux plus longs. Mais attention, les chevelures sont entretenues ! Ce qui différencie un client d’une cliente ? Ils sont plus réalistes dans leur demande. Ils n’arrivent pas avec des photos de
coupes ou barbes qui ne leur conviennent pas. Et ils sont à l’écoute de nos conseils. »
Marc Thibault, coiffeur, barbier, formateur, DA Men Stories et ambassadeur Wahl

« Proposer le service barbier dans un salon, c’est tout ce que je défends dans mes formations. Déjà pour l’intérêt financier indéniable. Aujourd’hui, la moitié des hommes sont barbus. Le potentiel est énorme. Et ils ne reviendront pas en arrière. La jeune génération, qui n’a connu que ça, portera la barbe tout sa vie. Ce n’est plus un phénomène de mode mais de société !
Cela fait partie de notre identité. S’il est bien tarifé, c’est un service rentable car il y a une forte demande, et il est récurrent. Certains clients viennent toutes les deux semaines. Le phénomène s’est même accentué avec les confinements. Quand les clients ne pouvaient plus se faire plaisir au restaurant ou au théâtre, il leur restait le barbier. Car, en dix ans, ce rendez-vous est devenu un vrai plaisir. Alors, certes, le masque leur a donné envie de couper la barbe, mais elle n’a pas disparu ! Elle a été raccourcie, mais avec des effets de lumière, de fondus vers le bas très prononcés. Les hommes s’amusent avec leurs cheveux et barbes. Des techniques comme la décoloration ou la permanente sont aussi demandées. Et aujourd’hui, le mulet fait son retour en version revisitée. »
Et les gammes pro…
- The Barber Compagny (groupe Provalliance
- Redken Brews, une gamme 100 % grooming inspirée par l’univers de barbiers et de Brooklyn.
- 1922 by J.M Keune dont des produits de coloration qui agissent en cinq minutes
- American Crew
- O’Barbershop

Biblond, pour les coiffeurs !








