Les applis beauté ne doivent pas faire trembler les coiffeurs !

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Adulées par les consommateurs, les applis beauté comme Yuka, conçues autour de la transparence des ingrédients et des substances controversées, ne sont pas sans conséquence pour le secteur et le coiffeur. Sauf si celui-ci présente les bons arguments à ses clients. Samy Petot nous aide à y voir plus clair.

Depuis l’apparition de Yuka en 2017, les applis beauté – QuelCosmetic, INCI Beauty, Clean Beauty, CosmEthics… – se sont multipliées et ont révolutionné les habitudes de consommation. Il va sans dire que ces outils sont très pratiques et rapides. On flashe le produit et en quelques secondes, on obtient sa note éventuelle et sa traçabilité.



Selon une étude réalisée en 2019 par Yuka auprès de 230 000 utilisateurs, 83 % d’entre eux achèteraient moins et de meilleure qualité et 84 % se tourneraient, grâce à l’appli, vers des produits plus bruts. « Ces applications correspondent à un besoin du consommateur qui veut comprendre ce qu’il
y a dans sa salle de bains et être rassuré sur la sécurité des produits, » précise Samy Petot. Mais l’engouement pour ces applis n’est pas sans conséquence pour le coiffeur et le secteur de la cosmétique en général, que ce soit en termes d’image ou même de ventes. « Ne dramatisons pas ! Les applis ne doivent pas faire trembler les coiffeurs car il est assez simple de tempérer cette dictature du scan des produits. À vous de mettre en lumière et d’expliquer à vos clients les incohérences de ces applis. »

JUGEMENT SUR LE PRINCIPE DE PRÉCAUTION

Ces applications sont basées sur un principe de précaution.
En clair, cela signifie qu’elles jugent « à risque » des composants dont la dangerosité n’a pas été définitivement prouvée et approuvée par l’ensemble du corps scientifique. Certains ingrédients néfastes sont pointés du doigt
alors que d’autres, délaissés, sont tout aussi mauvais pour la santé ou l’environnement : empreinte carbone, contenant en verre vs plastique, politique de responsabilité sociétale d’une entreprise (RSE)…

MANQUE D’OBJECTIVITÉ

Samy met aussi en évidence le manque d’objectivité de ces applications, dans le sens où tous les produits qui contiennent un ingrédient potentiellement nocif, allergène et irritant sont labellisés « mauvais ». « Mais personne n’est égal face aux intolérances !

Et finalement un allergène ne doit être évité que par la personne allergique. » Les applis diabolisent aussi les parabènes, le phenoxyéthanol ou encore le silicone alors que les derniers avis rendus pas les autorités scientifiques qualifient de sûrs ces ingrédients controversés. Autre exemple : les shampooings solides sont bien vus par Yuka.

« Pourtant, leur saponification est réalisée essentiellement avec de la soude. Ces savons ont donc un pH de 14, soit alcalin, détaille Samy. Or, tout coiffeur sait que le pH du cuir chevelu est acide. Cela veut dire qu’avec ce genre de produit la cliente enlève le film hydrolipidique, donc sa barrière de protection.

Alors il faut que l’on m’explique pourquoi les shampooings solides sont si bien notés ! Quant aux produits bio, ils n’ont pas de conservateur. Leurs bonnes notations ne sont acceptables que s’ils sont rangés dans un réfrigérateur. Sinon ils perdent toute leur efficacité. »

QUANTITÉ DES INGRÉDIENTS

De plus, la concentration des ingrédients dans chaque formule n’est pas prise en compte. On peut citer comme exemple les tensioactifs sulfatés compris dans un shampooing, qui sont certes, irritants en soi, mais certainement pas à la dose utilisée.

Il faut savoir aussi que la dangerosité peut dépendre de son usage sur une partie précise du corps, de la fréquence de son utilisation… et de l’usager lui-même (femme enceinte, enfants…). Ces applis en tiennent-elles comptent ?

FIABILITÉ DANS LA MISE À JOUR

Beaucoup de produits sont en circulation sur le marché du capillaire et de la cosmétique en général. Le nerf de la guerre pour ces applications est bien
la fiabilité des données ainsi que leur mise à jour. Sauf que sur certaines applications, des produits ont des compositions qui ne sont pas mises à jour. « Alors quand le client scanne le produit, il a des informations erronées. Puisque le code barre ne change pas ! », conclut Samy.



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