L’avenir de la profession : réforme de l’apprentissage, les CFA publics laissés sur le carreau ?

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C’est globalement une bonne réforme de l’apprentissage qui vient d’être adoptée par le gouvernement. Bernard Stalter, président de l’Unec et de CMA France, en est convaincu : la loi Avenir professionnel est une avancée pour les artisans de France, donc pour les coiffeurs. À un bémol près : un financement à deux vitesses de l’apprentissage se profile. Explications.

# 01 – UNE RÉFORME NÉCESSAIRE

Bernard Stalter, président de l’Unec, n’a pas ménagé ses efforts pour la mise en oeuvre de la réforme de l’apprentissage. « C’est une bonne réforme qui va dans le bon sens en plaçant l’apprentissage au niveau des autres formations. Il était temps ! », lâche-t-il. Le manque d’effectifs dans la coiffure est aujourd’hui criant et voir le nombre d’apprentis progresser redonne espoir aux professionnels aujourd’hui souvent freinés dans leur développement par manque de personnel. « Le nombre d’apprentis dans la coiffure a progressé de 7 % depuis janvier. L’apprentissage devient une voie d’excellence car 85 % des jeunes trouvent du travail après leur formation », rappelle Bernard Stalter.

#02 – AVANCÉE POUR LES CONJOINTS COLLABORATEURS

La réforme de l’apprentissage comprend des avancées notables comme l’ouverture de l’apprentissage jusqu’à 30 ans, un salaire augmenté pour les apprentis, une prime de 500 € pour ceux qui souhaitent passer le permis de conduire… Surtout, elle reconnaît (enfin !) le statut des conjoints collaborateurs des artisans qui peuvent accéder au statut de maître d’apprentissage. Il était temps !

#03 – FINANCEMENT À DEUX VITESSES

Si le fond de la réforme est bon, semble-t- il, sa mise en oeuvre cause problème. Murielle Pénicaud, la ministre du Travail, a été largement alertée par Bernard Stalter. « Le nouveau système de financement de l’apprentissage selon un coût contrat décidé par les branches professionnelles défavorise les CFA gérés par les chambres de métiers et de l’artisanat [CMA] », s’inquiète le président de l’Unec et de CMA France. « Les CFA gérés par les CMA doivent être financés à la même hauteur que ceux ouverts par des opérateurs privés pour des contrats signés au 1er septembre », exige Bernard Stalter. C’est que, depuis la réforme, plus de 554 demandes de créations de CFA ont été enregistrées, dont certaines par de grands groupes du CAC 40. « Si LVMH fait signer un contrat d’apprentissage CAP maroquinerie à la rentrée, il va toucher 11 544 €. Pour le même contrat le CFA de Lyon touchera 6 000 €. C’est injuste ! », s’indigne Bernard Stalter.

#04 – 112 CFA MENACÉS

Le sujet est d’autant plus sensible que les 112 CFA d’artisans forment près d’un tiers des apprentis en France. Ainsi, les 74 000 contrats d’apprentissage signés au début de septembre dans ces CFA ne bénéficient pas du financement au coûtcontrat tel qu’il sera appliqué au 1er janvier 2020. Soit un différentiel de 50 % selon les formations. « L’État souhaite-t-il que les grands groupes forment l’excellence et que les CFA dépendants des CMA forment au rabais ? », interroge Bernard Stalter. À l’occasion de la venue de Murielle Pénicaud, à l’inauguration de l’atelier Vuitton à Beaulieu-sur-Layon, la présidente de région Pays-de-Loire, Christelle Morançais (LR), a sèchement interpellé la ministre en lui demandant de répondre aux interrogations des acteurs inquiets sur le financement d’une réforme « au détriment des CFA situés en zones rurales et périurbaines ».

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