Parce qu’un look de beau gosse s’entretient au peigne-ciseaux et qu’un rasage au coupe-chou réalisé dans les règles de l’art relève d’un haut savoir-faire, les coiffeurs barbiers essaiment aujourd’hui dans les villes. Une lame de fond survenue avec le retour en grâce du poil, qui rassemble une foule de passionnés dans des salons lookés. Un vrai tournant économique. Biblond a interrogé ceux pour qui cela marche !
par Alix Hapy
Les statistiques sur les salons homme uniquement sont aujourd’hui inexistantes. Cependant on constate les points suivants :
- 40 % des hommes sont barbus en France
- 20,26 €, c’est le prix moyen du shampooing-coupe mode homme qui progresse de 0,4 % entre 2014 et 2015 (source 2015 : Insee)
- 21 % des Français se font chouchouter en moyenne une fois par mois
- 31 % dépensent entre 51 € et 100 € par soin
- En tête des soins, le massage relaxant (61 %), le soin du visage (42 %) et le rasage chez le barbier (27 %) (étude Onepoll pour com)
- 71 % des hommes ont des cheveux blancs
- 51 % ont des soucis de chute de cheveux
- + 11,71 % en nombre de visites (en termes de volume) par personne active dans les salons mixtes
- + 5,27 % pour la fiche moyenne (source 2015 : panel Score de l’Union nationale des entreprises de coiffure, l’Unec).
Des salons qui ne vivent que de l’homme, il y en a. Ainsi, les salons de Sarah Daniel-Hamizi, plus connue sous le nom de La Barbière de Paris dans les 1er et 9e arrondissements de Paris, viennent de fêter leurs 16 ans et 2 ans d’existence. Comme son nom l’indique, sa clientèle est uniquement masculine. Idem pour L’Atelier Vintage à Lyon, tenu par Schéhérazade Borreani ou Tonsor & Cie à Toulouse, un temple de 200 m2 sur 2 étages avec à sa tête David Ferrara et Hervé Boibessot. Or, ces salons se développent. Tonsor & Cie a lancé un centre de formation en plus du concept store avec vente de vêtements et articles de sport et d’un club pour les événements. À Auxerre, Fabrice Cornillon a transformé le salon homme hérité de son père, Germain Coiffure, en salon mixte, mais avec un espace dédié aux hommes qui représentent encore 60 % de sa clientèle et un chiffre d’affaires messieurs qui augmente de plus de 10 % par an. « Du coup, j’envisage de refaire le salon pour offrir à ma clientèle un nouvel espace », souligne Fabrice Cornillon. Pour sa part, Erwann Palumbo, formateur pour la marque Tailor’s et responsable à Varces, près de Grenoble, du salon mixte The R’Shop, refait dans les semaines à venir tout l’espace homme du premier étage. De son côté, Sarah Daniel-Hamizi a lancé, il y a quelques mois, une gamme de 5 produits et, avec ses 25 collaborateurs, cette passionnée ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Ainsi, 2 nouveaux salons, rive gauche à Paris, vont voir le jour et des projets aux États-Unis sont en cours.
Pour tous nos interlocuteurs, le manque d’écoute, le sentiment d’être traité à la va-vite entre 2 clientes détournent l’homme des salons mixtes. Il faut savoir décrypter cette clientèle, cerner ses envies, travailler sur un trait de sa personnalité, de sa morphologie, rechercher les « plus » qui la mettront en valeur et l’homme est plus facile à décrypter que la femme. C’est du moins l’avis de Cyrill Hohl, responsable au Luxembourg du salon mixte Avant Garde, animateur télé et formateur pour L’Oréal Professionnel. « Avec l’homme, on n’a pas le même vocabulaire, pas la même gestuelle. »
#01 S’ADAPTER aux clients
Finie donc l’époque des visages glabres : la barbe a, depuis 4 ans, repris du poil de la bête ! Elle est même devenue l’un des accessoires préférés des 25-45 ans. Il suffit de feuilleter les magazines pour s’en apercevoir ! Ben Affleck, Jean Dujardin, Kendji Girac, Maxime Médart, Teddy Riner, David Beckham… Qu’ils soient acteurs, chanteurs ou sportifs, tous arborent fièrement bouc, barbe, moustache, collier ou rouflaquettes. Une tendance qui a gagné l’homme de la rue, du banquier à l’avocat en passant par l’employé de bureau ! La mode actuelle serait plutôt aux poils, plus courts, bien coupés, peignés et entretenus. « C’est vrai, mais c’est un peu plus complexe que cela, rectifie Erwann Palumbo. En réalité, tout dépend des hommes, de leur personnalité, de leur culture, de leur profession ou de leur religion. »
Pourquoi un tel développement des barbiers ? Tout simplement parce que ça marche avec des lieux aux styles différents des salons traditionnels, souvent tenus par des équipes jeunes et passionnées, qui choisissent ce métier par passion et pas uniquement pour surfer sur la tendance actuelle. La mode « hipster » a fait des émules et aujourd’hui, la barbe de 3 jours est le look de bon nombre de messieurs. « Ce qui est frappant, c’est que nous voyons aussi des hommes barbus de tout âge. Nous avons régulièrement des clients qui viennent pour la première fois chez le barbier, mais aussi des hommes qui viennent entretenir leur barbe toutes les 3 semaines. Certains préfèrent même s’en remettre au barbier régulièrement plutôt que d’entretenir eux-mêmes leur barbe ! », confie Audrey Fleur à la tête du salon Aux 3 fauteuils à Bayonne. Un atout de charme qui permet à l’homme d’imposer son style et son caractère en préservant une image soignée et délicate. Sans perdre sa virilité, le voilà qui assume clairement son besoin de plaire et de prendre soin de lui. « Ils s’offrent un moment de détente et de bien-être en recevant des soins et des conseils capillaires. Nous sommes à l’homme ce que la manucure est la femme », lance tout de go Anthony Galifot, coiffeur barbier et formateur pour Cyléa Formations by CAC. Chez certains barbiers, rasages et entretiens peuvent représenter jusqu’à 30 % de leur clientèle.
Biblond, pour les coiffeurs !







