1980 : L’ILLUSION DU BON MARCHÉ.

Stéphane Amaru, coach, formateur, influenceur, agitateur, expert en formation hybride, Multi Awards Winner
C’était l’époque des brushings, des permanentes et des salons bondés. Les coiffeurs faisaient rêver. La coiffure était un métier noble, artistique, reconnu. Puis une expression a tout détruit : « low cost ». Des files d’attente sur le trottoir, des franchises ouvertes par des gens… qui n’étaient même pas coiffeurs. « On croyait démocratiser la beauté. On a juste dévalué la profession. »
Face au low cost, les indépendants, terrorisés à l’idée de perdre leurs clients, ont suivi la tendance. Et la coiffure a commencé à s’autodétruire : guerre des prix, salaires au ras du sol, qualité sacrifiée sur l’autel du rendement.
UN MÉTIER D’EXPERTISE RÉDUIT À UN TARIF PROMO
On l’a oublié, mais pour devenir un vrai coiffeur, il faut au moins huit ans. Huit ans pour comprendre les formes, les textures, la chimie, le visage, les émotions. Huit ans pour apprendre à écouter, vendre, fidéliser, manager, créer. Mais le low cost ne voulait pas entendre parler de ça. Trop long, trop cher, trop exigeant. Résultat : des armées de jeunes coiffeurs sous-payés, désabusés, mal formés et une clientèle qui a fini par se lasser du « vite fait, mal fait ».
2025 : L’ADDITION EST SALÉE
33 % des salons ont fermé depuis 2021. Et l’hécatombe continue. Les jeunes désertent les écoles, les patrons ne trouvent plus personne à embaucher et les syndicats continuent leur refrain : « Le pouvoir d’achat n’est pas là, les charges sont trop hautes… » Faux. Ce n’est pas une question de prix. C’est une question de valeur perçue. Les salons low cost sont aujourd’hui VIDES, malgré leurs tarifs bradés. Les clients ont changé, mais la coiffure n’a pas suivi.
LES GÉNÉRATIONS Y, Z ET A NE VEULENT PAS « MOINS CHER » ILS VEULENT « MIEUX ».
Une étude récente le prouve : les jeunes adultes dépensent en moyenne 200 € par mois pour leur beauté. Mais différemment. Ils consomment moins souvent, mais mieux. Ils veulent une expérience, une transformation, une signature. Ils n’achètent plus une coupe, ils achètent une émotion. Ces clients recherchent du sens, du savoir-faire, de la durée. Et c’est précisément ce que le low cost ne pourra jamais offrir.
LA RECONQUÊTE DES INDÉPENDANTS
Heureusement, une nouvelle génération de coiffeurs indépendants relève la tête. Formés, déterminés, stratèges. Ils montent en gamme, se spécialisent, se digitalisent. Ils comprennent que la richesse vient du savoir, pas du volume. Ils ne courent plus après les clients : ils attirent ceux qui recherchent la qualité. Ceux qui ne se forment pas meurent avec leurs prix. Les franchises s’épuisent dans leurs process figés pendant que les artisans libres réinventent le métier. Et ça, c’est une vraie révolution silencieuse.
LES COUPABLES ? LES DISCOUNTERS ET LES IMMOBILES
La dévalorisation du métier ne vient pas de nulle part. Elle a deux responsables : les chaînes low cost qui ont tué la notion de valeur et les syndicats qui ont regardé ailleurs, satisfaits de leurs petits privilèges. Pendant qu’ils se félicitaient autour d’une coupe de champagne, la profession se vidait de son sens. Et les écoles continuaient à enseigner un modèle périmé, hors sol, totalement déconnecté des réalités du terrain.
LE VRAI CHIFFRE DE LA DIGNITÉ
Aujourd’hui, il faut le dire clairement : un shampooing-soin-coupe-coiffage en dessous de 55 €, ce n’est pas viable.
Ni pour le salon.
Ni pour le coiffeur.
Ni pour l’avenir du métier.
Le salut viendra de la formation intelligente, utile et rentable, celle qui donne des leviers concrets pour augmenter ses prix sans perdre ses clients, celle qui apprend à créer de la valeur perçue.
REDEVENIR DES ARTISTES, PAS DES EXÉCUTANTS
La coiffure est un art, pas une industrie. C’est un métier de transformation, d’émotion, d’humain. Il faut réapprendre à être fier. Fier de notre savoir, de notre regard, de notre impact sur les gens. Ne cherchez plus à être les moins chers. Cherchez à être les meilleurs.
Le futur appartient à ceux qui valorisent leur savoir, pas à ceux qui le bradent. Parce que, finalement, ce n’est pas le prix qui tue la coiffure. C’est le manque de valeur perçue. Et ça, ce n’est pas une fatalité. C’est un choix.
Biblond, pour les coiffeurs !








