Le dossier : S’installer au vert…

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Ils sont coiffeurs, talentueux, ambitieux et se sont installés… dans une petite ville. Par choix professionnel, par goût personnel, et aussi parce que la Covid-19 est passée par là, certains se sont mis au vert. À condition d’être bien organisé.

Pour beaucoup, un salon dans une petite commune, c’est forcément « Monique Coiffure ». Les coiffeurs que nous avons rencontrés, interviewés, vont résolument à contre-courant. L’objectif ? Créer une entité résolument moderne et conviviale. Et une simple analyse du marché a conduit certains coiffeurs à privilégier les petites communes. On le sait, les grandes villes de provinces regorgent de salons. L’argument prix compte beaucoup aussi… Mais pas que ! Certains professionnels souhaitaient créer une alcôve, loin des turbulences urbaines. En 2018, après avoir travaillé plus de vingt ans à Chinon, Katia Gilles saute sur l’opportunité d’une création à Seuilly (400 habitants) en Indre-et-Loire et à 10 minutes de Chinon. « J’ai aimé l’idée d’ouvrir un salon dans un petit village pour redonner de la proximité et surtout de la convivialité aux habitants et aux clients », se souvient Katia Gilles, à la tête du salon Signature. Idem pour Laura Merlin du salon Rockhair, qui a choisi de s’installer à Argenton-sur-Creuse (5 000 habitants) en juillet 2020. « Je voulais être proche de mes racines et surtout m’installer dans un lieu tranquille. »



Un marché à prendre ?

« Prendre un nouveau départ, c’est bien. Mieux vaut tout de même vérifier que la clientèle sera bien au rendez-vous, avertit Jean-Christophe Robelot, à la tête des salons Les Garçons Coiffeurs et d’Adi Consulting, une société spécialisée dans le développement des salons de coiffure. Je suis bien placé
pour en parler car j’ai ouvert mon premier salon à Saint-Vit, un village dans le Doubs de 5 000 habitants. »

Christine Alves, du salon éponyme à Saint-Marcellin (8 100 habitants) et installée depuis bientôt quinze ans, a visé, comme tous, une zone de chalandise plus large que les contours de sa commune, soit environ 20 000 habitants. « Le salon est à 45 kilomètres de Grenoble et de Valence, et situé, non pas en centre-ville mais sur un axe routier, parfait pour être vu », précise Christine. Avant d’ouvrir son salon, elle a pris le soin de faire une étude de marché et de vérifier que la ville n’était pas une petite ville dortoir.

« C’est en me promenant à Saint-Marcellin que je me suis vite aperçue que je pouvais relever le défi : attirer cette clientèle semi-urbaine, plutôt aisée, branchée, et qui serait ravie de ne pas aller jusqu’à Grenoble pour se faire coiffer. » Pari réussi.

Il faut savoir que chaque année, 100 000 citadins quittent la ville pour aller vivre à la campagne. Et pendant la crise sanitaire, la généralisation du télétravail a permis aux citadins de se mettre au vert. Les petites villes et villages ont ainsi vu arriver de nouvelles familles.

Le salon de Christine Alves, situé à Saint- Marcellin

PRÉPARER L’AMONT

Nombreux sont ceux qui idéalisent la campagne. Cela tient du fantasme collectif culturel de la France, du fameux « bon vieux temps ». Mais un quart des créations en campagne déposent le bilan au bout de dix-huit mois. Pour que la vie au vert ne vire pas au rouge, une préparation rigoureuse s’impose.

  • Les aides, c’est bien, mais déterminant ! Il faut, avant tout, identifier le marché potentiel : le territoire, la commune et la clientèle visés.
  • Pas de fausse pudeur : ne pas hésiter à faire connaître les activités extérieures (stages, séminaires…) à votre clientèle.
    Ça la valorise aussi de savoir que son coiffeur est pointu et au fait des tendances.
  • Tout se sait… Les bonnes nouvelles comme les mauvaises.
    Louper une cliente n’est pas dramatique. Mais on a tout de même moins le droit à l’erreur.
  • Dire « petite ville » ne veut pas dire « gagné d’avance ».
    Certes, des places sont à prendre pour des professionnels de bon niveau, mais la qualité et le professionnalisme doivent être au rendez-vous.

Proposer un salon moderne

Créer des salons différents, cela passe aussi par la déco. Pour son salon, Christine a souhaité des aménagements contemporains mais conviviaux, « avec mobilier fait sur mesure, grandes coiffeuses en bois brut recouvertes de vitres transparentes, murs végétaux et pierre de parement beige. J’ai travaillé de concert, avec une architecte. »

Katia Gilles, a refait entièrement l’ancienne supérette de 50 m2 avec un décorateur. « Nous avons créé une verrière d’atelier pour la technique qui se marie très bien avec la pierre apparente des murs. Et on a installé une terrasse plein sud que les clients apprécient pleinement. » Les prix modérés des petites et moyennes communes permettent de s’offrir de beaux espaces : disposer d’une surface de 100 m2 n’est pas rare. Autre avantage de taille : les places de parking plus nombreuses sont à proximité du salon et souvent gratuites, quand elles ne sont pas en zone bleue.

Les aides

  • Qu’il s’agisse de mesures financières ou sociales, différents dispositifs d’aide à la création et à la reprise d’entreprises sont mis en place à l’initiative de l’État ou des collectivités territoriales. Votre Chambre des Métiers de l’Artisanat peut élaborer un dossier de demande d’aides pour financer votre projet de création ou de reprise d’entreprise. Le service aides-entreprises est le répertoire national de référence des aides publiques qui vous informe sur les dispositifs financiers publics proposés aux entreprises sur le territoire national.
    Plus de 1 900 dispositifs sont recensés sur le site dédié www.aides-entreprises.fr
  • Choisir de travailler en zone rurale peut, parfois, donner droit à des aides financières. Il suffit pour cela que le salon soit situé ou souhaite s’implanter dans une zone de revitalisation rurale (ZRR)*. Il bénéficie alors d’exonérations fiscales sous certaines conditions. Ces critères sont liés notamment à l’effectif de ses salariés et à la nature de l’activité de l’entreprise. Ce dispositif est prolongé jusqu’au 31 décembre 2023. Les demandes d’exonération peuvent être faites jusqu’à cette date. Plus concrètement, l’exonération d’impôt sur le revenu ou d’impôt sur les sociétés est accordée à une entreprise créée ou reprise avant le 31 décembre 2023 et qui respecte les 5 conditions suivantes :

– Exercer une activité industrielle, commerciale, artisanale ou libérale,
– Avoir son siège social et ses activités situés dans une ZRR,
– Être sous le régime réel d’imposition,
– Avoir moins de 11 salariés en CDI ou en CDD (contrat à durée déterminée de six mois minimum),
– Avoir moins de 50 % de son capital détenu par d’autres sociétés.

Où s’adresser ? Au service des impôts des sociétés (SIE).

* ZRR = Zone regroupant des territoires ruraux qui présentent des difficultés économiques et sociales, notamment une faible densité démographique, un déclin de la population totale (ou active) ou une forte proportion d’emplois agricoles. 17 694 communes sont concernées (2021). Plus d’infos : www.observatoire-desterritoires.gouv.fr/classement-des-communes-en-zone-de-revitalisation-rurale-zrr

BON À SAVOIR

L’association pour le droit à l’initiative économique (ADIE) propose des financements jusqu’à 10 000 € dans le cadre de l’entrepreneuriat. Des modalités particulières sont mises en place pour permettre aux personnes situées en zone rurale et éloignées des antennes de l’ADIE de bénéficier de l’ensemble de ses services (instruction à distance et accompagnement à domicile ou sur le lieu d’activité).

Allez de l’avant

Une fois implantés, ces coiffeurs n’ont pas hésité à affirmer leur personnalité. « Dès mon arrivée, je me suis très vite lancée dans mes collections de photos et dans la participation de plusieurs concours, même des internationaux comme le Trend Vision de Wella Professionals », se souvient Christine, qui vient de remporter, en septembre dernier, le trophée The Big One dans la catégorie Men. Des moyens qui lui ont permis d’asseoir sa notoriété d’artiste et de coiffeuse avant-gardiste. D’ailleurs, elle
n’hésite pas à accrocher ses récompenses dans le salon et à présenter ses collections et photos. D’autres, comme Laura Merlin, ont développé de l’image à travers de la presse locale L’écho du Berry et régionale.
« Je me suis également démarquée en utilisant uniquement des produits français – Sublimo et Défi –, et en faisant régulièrement des stages et des MasterClass tous les quinze jours », explique Laura. Et Christine Alves d’ajouter : « Lorsque l’on est implanté dans un endroit reculé, il faut vraiment “en vouloir” et avoir des objectifs précis pour développer son business. Alors certes, en quinze ans, je n’ai pas multiplié mon chiffre d’affaires par 30 mais je n’ai pas à rougir de mes résultats. Surtout lorsque l’on subit, comme tous les salons, une pénurie de main-d’oeuvre. Même si je reconnais que c’est plus difficile de motiver un jeune coiffeur à venir dans une petite ville. »

C’est quoi une petite ville ?
En France, on considère souvent comme des petites villes les entités urbaines de 3 000 à 20 000 habitants.

  

Comment se faire connaître ?

Finalement, est-ce si différent de travailler dans une petite ville ? Un point émerge : les réputations vont très vite… bonnes ou mauvaises. C’est pourquoi les coiffeurs interviewés ont fait, au moment de leur l’installation, de la pub, une inauguration et/ ou une communication sur les réseaux sociaux. D’autres professionnels ont fait le choix de démarrer en misant sur leur notoriété. « Grâce à mes expériences passées à Chinon, plus de 150 clients m’ont suivi à Seuilly. Et, pour la fidélisation des nouveaux, j’ai insisté sur l’accueil familial et le service unique, note Katia Gilles. Aujourd’hui, mon planning est complet plusieurs semaines à l’avance. » Souvent, qui dit petite ville pense souvent « ragots » et « cancans ». C’est vrai que tout le monde se connaît, un inconvénient parfois, mais surtout un atout. « Dans mon salon, affirme Christine Alves, mes collaborateurs ne se lancent pas dans les commérages. »

Retrouver ses racines ou vivre dans une région que l’on aime particulièrement… Une petite ville n’est plus perçue comme un lieu reculé, mais comme une opportunité pour ouvrir son propre salon, entreprendre et faire prospérer son affaire.

TROUVER DES LOCAUX DISPONIBLES

Vous avez des questions sur le choix d’un lieu pour votre activité et des modalités juridiques d’installation, vous pouvez vous renseigner sur le site de Bpifrance. Votre chambre de commerce et de l’industrie ou votre chambre des métiers et de l’artisanat peut répertorier les locaux disponibles et favoriser la mise en relation entre cédants et repreneurs potentiels. À contacter aussi la collectivité locale qui gère une zone artisanale ou une zone d’activité économique près de chez vous. Cette collectivité peut vous aider à trouver des locaux adaptés à votre activité



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