International : l’aventure hors de nos frontières

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Parmi les grandes opportunités de la coiffure, une expérience à l’international demeure l’une des plus excitantes. Ceux qui ont osé passer le cap nous racontent !

Les voyages forment la jeunesse, dit le proverbe que l’on attribue à Montaigne. Parmi les belles opportunités du métier de coiffeur, outre celle du studio, du cinéma ou de la mode, l’expatriation séduit. Et elle s’avère plus que formatrice. Pour la confiance en soi, la maîtrise d’une langue, l’ouverture d’esprit, la découverte d’autres méthodes et l’apprentissage de nouvelles techniques.




Pour ceux qui veulent tenter l’aventure, le Working Holiday Visa (WHV) ou Programme Vacances Travail peut être un moyen de tester sa capacité d’adaptation. En effet, la république française a signé des accords bilatéraux avec plusieurs pays partenaires pour permettre aux jeunes ressortissants de s’expatrier. Tenter l’aventure à l’international sera sans doute un tremplin dans une carrière. Pour preuve, les grands noms de la profession qui ont su, un jour, sortir de leur zone de confort et découvrir le monde.
Parmi eux, notons Stéphane Amaru et son London Calling (chez Toni & Guy) ; Jean Michel Faretra, qui part chaque année au Japon en tant que conseiller artistique pour une grande école ; ou le coiffeur des stars Éric Bachelet, qui partage sa vie entre Rouen et Los Angeles. À l’heure où beaucoup de coiffeurs déplorent la dévalorisation de leur métier, il est de bon ton de le rappeler : la French Touch fait rêver aux quatre coins du globe. La coiffure française, apparentée à la mode parisienne, représentée notamment par la Haute Coiffure Française et de grandes marques (L’Oréal, Provost…) suscite toutes les convoitises. Un jeune coiffeur diplômé en France n’aura aucun mal à trouver du travail où qu’il aille dans le monde. Le chic à la française sera un argument de plus pour vendre son talent auprès des salons à l’étranger. Certains pays sont toutefois plus propices à la réussite que d’autres. Faisons un petit tour d’horizon…

CANADA, LE NOUVEL ELDORADO ?

À en croire les réseaux sociaux, le bonheur est au Canada. La demande est si forte que vous pouvez obtenir un visa canadien de résidence permanente, avec ou sans emploi. En effet, la coiffure fait partie de la liste des professions ciblées, connue sous le nom de « Liste NCP ». Les coiffeurs sont éligibles pour une entrée expresse, une méthode utilisée par l’immigration pour sélectionner les bons candidats pour une résidence permanente. À condition de totaliser le nombre de points requis. Ce calcul est basé sur l’âge, les compétences, le niveau d’anglais, la maîtrise du français, les compétences de votre partenaire, l’expérience professionnelle… Sur place, vous pourrez travailler à temps plein, à titre d’employé, d’entrepreneur ou de travailleur autonome. Les coiffeurs y sont souvent mieux rémunérés qu’au Royaume-Uni, en Europe et en Asie, et le droit du travail canadien respecte l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Les coiffeurs y sont très syndiqués, ce qui contribue à promouvoir des meilleurs salaires et conditions de travail.

LE SÉDUISANT LONDRES

Le salaire moyen d’un coiffeur au Royaume-Uni est d’environ 2 000 euros. Attention toutefois, à Londres, le coût de la vie est très élevé. Beaucoup de coiffeurs sont free-lance, autoentrepreneurs ou travailleurs indépendants. Aucune certification n’est requise. C’est l’expérience qui va grandement influer sur le salaire. Un débutant pourra toucher – 27 % sur le salaire moyen tandis qu’un coiffeur expérimenté peut voir son salaire grimper de + 45 %. En Angleterre, le coiffeur travaille en général du lundi au vendredi, en moyenne quarante heures. Il cumule en général 28 jours de congés payés par an. (sources www.jobandsalaryabroad.com)

L’AVENTURE AUSTRALIENNE

Les coiffeurs sont très recherchés dans les grandes villes comme Sydney, Brisbane et Melbourne. Il est toutefois nécessaire d’avoir une bonne connaissance de l’anglais. Pour cela, vous pourrez pratiquer votre métier à temps partiel ou à temps plein, tout en étudiant la langue. En effet, en Australie, les horaires sont très flexibles. Côté salaire, la moyenne est à 2 650 euros par mois. Pour pouvoir pratiquer en Australie, il faudra toutefois avoir un diplôme de coiffure et un niveau d’anglais intermédiaire.

ET LE RÊVE AMÉRICAIN ?

L’artisanat reste une branche ouverte, notamment quand on peut faire valoir le savoir-faire français, la fameuse French Touch.
Le salaire moyen d’un coiffeur est de 2 785 euros avec un fort impact de l’expérience. Aucune qualification n’est requise si ce n’est la connaissance de la langue. De manière générale, les coiffeurs travaillent quarante heures par semaine, du lundi au vendredi. Mais attention : vous ne cumulerez pas de congés payés (sauf contrat différent).

Pascal Lombardo

De retour en France, où il a ouvert un salon à Bordeaux, ce Toulousain a
passé six ans dans différents quartiers londoniens.

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ?

J’ai passé mon CAP et mon BP près de Toulouse, puis, après un an et demi en tant que salarié, je suis parti à Londres. J’avais 21 ans. J’y suis resté six ans. D’abord chez Stephan, un salon indépendant, puis chez Andrew Barton à Covent Garden. En 2015, je suis parti travailler chez Gielly Green dans le quartier de Marylebone. En parallèle, je faisais du studio, en tant qu’assistant. Dès 2013, j’ai fait mes propres shootings. De 2016 à 2020, j’ai travaillé une semaine par mois à Londres puis, pendant la pandémie, j’ai ouvert mon salon à Bordeaux.

Quelles sont selon vous les grandes différences entre la coiffure à Londres et la coiffure en France ?

Londres n’est pas l’Angleterre. C’est un melting-pot. Mais je dirais que les Londoniennes osent plus. Par exemple l’oxydation, puisqu’elles ont les cheveux plus clairs que les Françaises. Mais selon le quartier où vous vous trouvez, le style peut changer. Camden sera plus punk, Covent Garden plus commercial et branché, Marylebone, plus classique…

Et dans le fonctionnement des salons ?

À Londres, près de la moitié des coiffeurs sont salariés. Il y a des free-lance dans presque tous les salons londoniens. Et comme aux États-Unis, les espaces de coworking se développent. Dans un salon, il y a un échelonnage des salaires. Plus on monte en grade, plus on gagne d’argent. C’est un défi dans la progression ! Le client paie l’expérience du coiffeur. Après, il ne faut pas perdre de vue qu’un salarié gagnera moins qu’un autoentrepreneur. Mais il ne bénéficiera pas des actions sociales du pays en cas de maladie par exemple.

De retour en France, que vous apporte cette expérience londonienne ?

À Bordeaux, la moitié de ma clientèle est internationale. Mon expérience a attiré des expatriés. Pour la cliente française, c’est une valeur ajoutée à mon parcours.

Le fait d’avoir participé à de nombreux concours attire les clients qui veulent être conseillés par des professionnels à la pointe de la mode. Aujourd’hui, la France est ma priorité, même si je continue de me rendre à Londres pour des formations, shows ou concours.
En Angleterre, il y a quinze fois plus d’événements autour de la coiffure !

Vos conseils à ceux qui seraient tentés de s’expatrier ?

Partez comme je suis parti. C’est-à-dire pour vous enrichir d’une expérience et non financièrement. La première année, je gagnais moins qu’en France.
Peu importe la progression que vous aurez sur place, l’expérience sera enrichissante. Apprendre une langue, découvrir d’autres méthodes, rencontrer d’autres cultures…

Marco Geraci

Basé à San Remo en Italie, coach et influenceur, Marco Geraci est à la tête du regroupement de coiffeurs Artemoda, présent dans cinq pays.

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ?

Passionné par la mode et la beauté, j’ai eu une révélation quand je suis devenu formateur, à 18 ans, pour le groupe Maurice Gérard. Après dix ans en tant que formateur puis responsable de la franchise, j’ai tout quitté pour m’associer à Bruno Estatoff. Nous avons ouvert six salons en huit ans, mais je me suis rendu compte que ma place n’était pas là. Ce qui me fait vraiment vibrer, c’est l’éducation. J’ai donc ouvert avec Bruno deux académies pour finalement tout vendre et rentrer en Italie en 2011. J’ai créé le groupe Artemoda qui compte aujourd’hui une centaine de salons adhérents. Je leur donne la possibilité de faire de l’artistique, de monter sur scène, de se former sans cesse. Nous les accompagnons aussi dans la gestion quotidienne de leur salon pour leur permettre une progression rapide et leur redonner le goût du métier, grâce à un parcours à 360°.

Vous travaillez donc sur différents pays, Italie, France, Luxembourg, Espagne et Suisse… Quelles sont les grandes différences de ces marchés?

La France est plus avant-gardiste que l’Italie ou l’Espagne. Les salons y sont plus structurés et la formation plus développée. En Italie, il n’y a pas d’intermédiaire, comme en France. Soit on est dans le luxe soit on est dans le petit salon archaïque, un peu médiocre. Les Italiennes entretiennent davantage leur cheveux, elles sont très sensibles à leur l’image et n’hésitent pas à s’offrir un brushing par semaine. Toutefois, même en Italie, il y a des contrastes entre les villes du Nord et celles du Sud. Milan ou Bergame sont plus ouvertes sur la mode et les femmes ressemblent davantage aux Françaises. Le marché espagnol ressemble beaucoup à celui de l’Italie. La Belgique, le Luxembourg et la Suisse sont de très beaux marchés. Les femmes sont élégantes. Je dirais que dans le style, la France est plus pointue, le Luxembourg plus chic, l’Italie plus sensuelle avec des beaux cheveux longs…

Julie Verrons, à la tête de son salon au Québec

« J’ai commencé la coiffure en 2001 au CFA Jasmin à Toulouse. Après avoir travaillé pour plusieurs salons, j’ai ouvert le mien en 2014. Mais en 2016, j’ai eu une proposition pour aller au Québec et j’ai foncé ! C’était mon rêve, alors j’ai saisi l’opportunité. J’ai vendu mon salon. L’expatriation n’est pas facile. Au départ, il faut s’adapter à tout. Le métier ici n’est pas réglementé, tout le monde peut l’exercer. Un diplôme s’obtient en dix-huit mois environ. Les salons peuvent être ouverts le dimanche. Toutefois, le coiffeur est considéré comme un véritable artiste, un créateur. Les clients y sont très attachés et les possibilités d’évolution sont très importantes. Ici, on utilise l’échelle de niveau pour la rémunération, ce qui veux dire que plus ils font du chiffre – CA et revente –, plus ils font évoluer le prix que va payer la cliente et donc augmenter le salaire. J’ai beaucoup évolué et j’ai ouvert mon salon en 2018, tout en collaborant avec plusieurs marques. J’ai réussi à me bâtir une belle clientèle, j’ai rencontré des gens formidables et je vis très confortablement de mon métier. Mon conseil pour ceux qui veulent tenter l’aventure ?
S’accrocher, car cela en vaut vraiment la peine à long terme. Et ne pas avoir
peur du froid ! »

Emmanuel Esteban

Nouvel ambassadeur international de la marque anglaise Diva Pro, basé à Londres depuis cinq ans, ce prodige de l’avant-garde, 32 ans, fait partie des plus récompensés de sa génération.

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ?

Je suis originaire de l’Ariège, j’ai fait un apprentissage classique au CFA Jasmin à Toulouse puis j’ai travaillé pendant deux ans dans un salon toulousain comme directeur technique. À 23 ans, je suis parti en Angleterre. J’ai commencé par travailler dans un salon à Oxford. Aujourd’hui, cela fait huit ans que je suis parti Outre-Manche, et je suis basé à Londres depuis cinq ans.

Comment se passe la vie de coiffeur à Londres ?

Ici, c’est très facile de travailler, même dans la mode. Tant que vous travaillez bien, vous avez des opportunités. Je suis free-lance dans un salon haut de gamme. Ce sont des investisseurs qui sont venus me démarcher. Je gère mon agenda comme je l’entends.
Nous avons des réceptionnistes qui s’occupent des prises de rendez-vous et informent les clientes des absences – quand je pars sur un shooting par exemple. Ce modèle de salon avec des free-lance se développe de plus en plus, particulièrement dans le haut de gamme.

Est-ce un atout d’être Français ?

Incontestablement ! Je trouve important de le dire : l’éducation et le niveau sont bien plus élevés en France. Les Français ont tendance à mettre la coiffure anglo-saxonne sur un piédestal. En réalité, les coiffeurs français sont bien meilleurs, même en matière de coupe. Pourtant, ici, les compétitions sont bien plus nombreuses qu’en France.
Les concours sont très répandus. J’en ai remporté plusieurs. Cela permet de gagner en notoriété. Les shows et les concours sont des moyens de se faire de la publicité gratuite.

Quid du salaire ?

Je n’aurais jamais pensé gagner autant un jour, mais attention, la vie à Londres est très chère. Donc je pense que finalement, le niveau de vie doit être le même qu’en France.

Quelles sont les grandes différences en coiffure entre la France et Londres ?

A Londres, la clientèle est plus ouverte à la créativité. On peut beaucoup s’amuser. Et les Anglais ne vous mettent pas dans des cases. Ils se moquent bien que vous fassiez du commercial ou de l’avant-garde, du moment que le résultat est beau. Mais cela dépend dans quel quartier de Londres vous vous trouvez. Les Anglais en général ne prennent pas trop soin d’eux. Quand le Français va en salon pour se faire beau, l’Anglais y va par nécessité. À Londres, nous avons une clientèle internationale. Certains, comme les clients originaires des Émirats arabes unis, viennent une fois par semaine.

En studio ou sur les défilés, je travaille beaucoup sur les perruques et sur  les textures.

Comment envisagez-vous l’avenir ?

Même si j’ai l’intention de rester à Londres, je pense venir plus souvent en France, notamment en tant que membre artistique de la Haute Coiffure Française. Mais aussi pour encourager les coiffeurs en France.
Leur rappeler qu’ils sont bien meilleurs qu’ils ne le pensent. J’ai envie de les accompagner, de les booster. Organiser des séminaires et des workshops pour valoriser ce savoir-faire français. La coiffure française doit retrouver la place qu’elle mérite !

Vos conseils aux jeunes ?

N’hésitez pas à partir. Foncez ! Et si cela ne vous plaît pas, vous pourrez rentrer.
N’ayez pas peur de l’échec. Une fois sur place, ne vous fermez aucune porte.
Essayez tout ce dont vous avez envie.
Changez de salon comme bon vous semble. N’ayez pas peur.



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