Stratégie : augmenter ses prix de façon intelligente

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En pleine inflation et dans un secteur historiquement sousvalorisé, la question de la tarification reste centrale pour les salons. Trois professionnels partagent leur stratégie pour augmenter leurs prix contre vents et marées – car ne rien faire, c’est aller droit dans le mur.

Dans un contexte de hausse généralisée des coûts – énergie, produits, salaires – la tentation d’augmenter ses prix s’impose. Pourtant, dans la coiffure, la peur de paraître trop cher ou de perdre des clients continue de freiner bon nombre de professionnels. Tarifs figés, héritage de pratiques anciennes, méconnaissance des coûts réels : la revalorisation des prestations reste un sujet sensible, souvent relégué au second plan. Mais à force de retarder l’échéance, beaucoup prennent le risque de fragiliser leur rentabilité, voire de compromettre la viabilité de leur activité. L’heure du bilan a sonné : calculer ses coûts, ajuster ses prix, se faire accompagner si besoin… autant d’étapes indispensables pour redonner de la valeur au métier et construire un modèle économique durable.

REPLACER LA PROFESSION À SA JUSTE VALEUR
KEVIN CIARROCCHI, FONDATEUR ET DIRECTEUR GÉNÉRAL DE CIARRO’S BARBERSHOP (BELGIQUE)

« La profession de coiffeur est sous-cotée, c’est un fait ! Et cela se traduit dans les tarifs pratiqués, souvent beaucoup trop bas. Pourtant, dans d’autres métiers manuels (plomberie, chauffage…), ils sont presque deux fois plus élevés. Le coiffeur facture du temps, et son taux horaire est mal estimé. Un coiffeur est un artisan, pas un gestionnaire. Pour fixer ses tarifs, il s’inspire souvent de la concurrence, et vouloir rester compétitif tire le marché vers le bas. C’est très difficile de faire marche arrière dans la psychologie client. La clientèle est habituée et ne comprend pas toujours : au moment de passer à l’acte, il faut se justifier, expliquer son travail… alors on se cache derrière l’inflation, l’indexation, le coût des produits. Mais ça ne passe pas toujours. Il est donc essentiel, sans dépenser, d’apporter quelques changements au salon : un peu de déco, un supplément dans le service… pour que le client perçoive une amélioration de son expérience et accepte plus facilement la hausse. Car oui, on perdra des clients. Mais cette perte est anticipable et compensée : en augmentant les tarifs, la rentabilité n’en souffre pas, au contraire. Il ne faut pas avoir peur. Il faut l’annoncer clairement et avoir un bon discours. Avant de se lancer, je recommande de bien calculer ses prix, comprendre le mécanisme fiscal – la TVA n’est pas à nous ! –, bien s’informer, et idéalement se faire accompagner par son comptable, ou par un coach. Un plan de redressement des tarifs doit être pensé sur trois à cinq ans, en tenant compte de l’inflation… et du retard accumulé. »



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Catégories: Actualités