Nous connaissons tous désormais l’existence de la Réalité augmentée (RA) et de la Réalité virtuelle (RV), regroupées sous le nom de Réalité étendue (XR). La RA permet de mieux comprendre ce qui se passe dans un espace en 3 dimensions. On observe, on analyse et on manipule en…3D ! La RV est, elle, purement virtuelle ! Elle procure une stimulation sensorielle dans un monde artificiel. Dans l’apprentissage de la coiffure et à ce stade du développement de ces réalités, on peut sans hésitation dire qu’elles représentent une réelle avancée dans la transmission d’éléments et leur compréhension par les apprenants.
Les leçons du passé
Nous avons expérimenté la RV il y a déjà plusieurs années. Nous avions conclu qu’à part un intérêt ludique ou marketing, la RV n’apportait pas de valeur ajoutée à l’apprentissage. Si elle est très utile en enseignement général comme en histoire et géographie lorsqu’elle plonge l’apprenant dans un univers qu’il peut observer et analyser, il en va autrement en coiffure. Les gestes de coupe, entre autres, doivent s’appliquer dans un contexte réel.
Les gestes virtuel effectués avec les manettes sont très différents, c’est donc contre productif. Il manque le contact avec la matière et la prise en mains réelle des outils.

Les possibilités du présent
Les possibilités sont apparemment illimitées, mais à quel prix ? Personne n’apprend à nager sans se mettre à l’eau, à jouer au tennis avec une manette ou un casque, ni la boulangerie sans manipuler la matière première. Les seuls logiciels de RV capables de répondre à nos attentes seraient inabordables, si tant est qu’il soit possible de les produire pour la coiffure. Même les plus grands studios d’animations 3D pour le cinéma sont incapables de reproduire des chevelures naturelles. Il suffit de regarder les coiffures plutôt simplistes et figées des personnages animés. D’autres métiers ont réussi ce défi : on peut apprendre à piloter un avion de combat ou une voiture de course en avec un simulateur mais à quel prix ? Une heure d’avion en vol réel, environ 50 000€ ! Prix d’un simulateur… plusieurs millions ! Autre contrainte, la RV ne fonctionne que sur un site dédié, à des moments déterminés et pour un individu isolé dans un environnement spécialement créé. Il est bien évident que des exercices répétés sur têtes malléables ou sur clientèle permettent un apprentissage plus rapide et bien moins onéreux. Il convient donc de rester honnêtes et pragmatiques en choisissant telle ou telle technologie. Le choix doit se faire uniquement pour favoriser l’observation et la compréhension des gestes professionnels.
La RA répond parfaitement à ces objectifs et ne nécessite aucun investissement coûteux.
Elle est utilisable en tout temps et lieu à partir d’un smartphone ou une tablette et permet de partager, commenter toutes les images ou vidéos apparaissant en 3D.
Quand utiliser ces technologies ?
Quelques chiffres : L’étude Asnav souligne que les 16-24 ans passent au moins 3h30 par jour sur leur smartphone et 2h47 sur un ordinateur. La Fabrique du crétin digital de Michel Desmurget dénonce les dommages sur la santé (développement cardio-vasculaire, espérance de vie réduite…), sur
le comportement (agressivité, dépression, conduite à risques…) et sur les capacités intellectuelles (langage, concentration, mémorisation). Il insiste sur la nécessité de faire soi-même, de réaliser toutes choses sans être joueur ou spectateur. L’être humain a besoin d’être formé et ne peut se passer de relations humaines pour comprendre et évoluer. Nous devons être vigilants sur les objectifs de l’apprentissage et le temps d’utilisation de ces technologies. Bien utilisées, en tant que compléments, elles constituent de belles opportunités. Mais elles ne sauraient grignoter la place essentielle des pratiques sur têtes malléables et les riches échanges entre apprenants et formateurs.
Le défi de la relation humaine
Le formateur a un rôle central auprès des apprenants. Il les aide à se respecter, à s’aimer parfois, à mener une réflexion, à s’exprimer correctement et de manière naturelle. Notre mission est essentielle. Nous devons être des exemples dans la pratique d’un métier passionnant où la relation clientèle reste primordiale. L’établissement éducatif et le salon sont des lieux ou l’apprenant exerce son aptitude relationnelle, à condition d’éviter un certain isolement technologique.
Véronique Tessier
Responsable du pôle éducatif Pivot Point

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