Les coiffeurs barbiers reprennent du poil de la bête – Partie 2

© Shutterstock
© Shutterstock
Taille du texte: A A A

Dans cette seconde partie du dossier spécial sur les coiffeurs barbiers, découvrez les astuces pour qu’un service homme rapporte du chiffre d’affaires.

par Alix Hapy

 

 

#02 – DÉVELOPPER de vrais services

Coupe-chou, blaireau, fer à moustache, savon à barbe, rasoir à lames interchangeables, pierre d’alun, talc… Tous ces termes d’un autre temps resurgissent dans la bouche de professionnels. Barbière et coiffeuse pour homme depuis 15 ans, Audrey Fleur est passionnée par son métier. Elle est d’ailleurs arrivée 3e sur 105 candidats au concours American Crew l’an dernier. Chez elle, les clients sont allongés dans de véritables fauteuils de barbier Belmont qui trônent dans le salon depuis 1968. « Pour le coup, ce sont trois vrais fauteuils vintage en cuir, qui ont vu passer tant de garçons et d’hommes de tout âge. Il n’était donc pas question pour moi de les supprimer lorsque j’ai repris le salon, il y a 5 ans ». La réalisation d’un véritable rituel lui a permis de doubler son chiffre d’affaires en 4 ans. « Aujourd’hui les hommes ont pris le pli de prendre soin de leur beauté et le barbier représente pour eux un moment de détente », synthétise-t-elle. Dans le salon de Fabrice Cornillon, le service barbier concerne 70 % des clients et 50 % environ demandent coupe et service barbier le même jour… qu’ils portent ou non la barbe d’ailleurs. « Chez moi, le travail de la barbe s’intègre dans une prestation de beauté globale : shampooing-coupe-coiffage et manucure », note Cyrill Hohl. « Les hommes se sont révélés avec leur barbe et maintenant ils habillent leur visage, rappelle Sarah Daniel-Hamizi. C’est aussi à nous, coiffeurs, de créer des tendances et des services pour développer le marché masculin et satisfaire une clientèle de tout âge aux envies variées. » Ces barbiers ne se contentent pas de soigner les poils, ils sont avant tout des professionnels de la coiffure, capables de répondre aux services inhérents à l’entretien des cheveux : shampooing, coupe, coiffage, coloration, défrisage. Mais beaucoup proposent aussi des soins pour la peau et des services esthétiques avec épilation du nez, des oreilles, des sourcils (et coloration) des mains et du bas de nuque (de 8 € à 35 €). D’autres professionnels ont bien mesuré l’enjeu commercial que représente la tendance poil et certains barbiers réalisent aussi des colorations de barbes pour donner l’impression d’une pilosité parfaite ou de nuancer, par exemple, des reflets roux ou cendrés. Il existe aussi des extensions de barbes à base de rajouts capillaires. « N’oublions pas que les hommes qui sont chauves ou qui ont une chevelure clairsemée sont ravis que l’on s’occupe d’eux à travers des prestations larges liées à leurs barbes », précise Hervé Boibessot.

 

#03 – OPTER pour la qualité des services et des salons dédiés

Ce savoir-faire ne s’improvise pas. Côté résultat, l’homme veut un coiffeur vraiment formé aux techniques masculines… et non pas un junior que l’on fait débuter avec cette clientèle. Reste que le coiffeur qui veut marquer la différence doit prendre le temps d’un travail de qualité. C’est pourquoi les salons qui investissent dans la formation sont en progression. Raser une peau au plus près et de manière parfaite demande rigueur et perfectionnisme, surtout avec le coupe-chou. Même lorsque le coiffeur est très expérimenté, il faut de 6 mois à 1 an pour que celui-ci devienne un bon barbier. C’est le message que fait passer régulièrement Sarah Daniel-Hamizi lors de ses conférences et journées de formation. Les techniques sont longues à acquérir. Autre point indispensable : l’hygiène. « Un critère essentiel pour le bien-être et la fidélité du client », ajoute Fabrice Cornillon.

Pour séduire ces hommes soucieux de leur esthétique, certains ont conçu de vrais temples masculins de beauté. Les matériaux sont chics et les détails soignés.

Mais qu’en est-il côté investissement ? « Réaliser un espace homme ne coûte pas plus cher qu’un salon pour dames. L’agencement est souvent plus simple. Quant au fauteuil pour barbier, les fabricants proposent désormais un large éventail de prix, accessible à toutes les bourses », fait remarquer Anthony Galifot. Attention tout de même à ne pas créer un espace trop vintage car il faut que la clientèle, très hétéroclite, puisse s’y reconnaître. Les professionnels interrogés sont d’accords sur un point : les hommes ne doivent pas se demander où ils mettent les pieds. Très souvent, le corner organisé dans un salon mixte n’est plus suffisant. Il faut très vite sauter le pas et créer un espace distinct.

 

Quel apprentissage pour devenir coiffeur barbier ?

« Le chemin est assez long. Tout dépend de la formation du coiffeur et de son apprentissage », souligne Sarah Daniel-Hamizi. À l’origine, le coiffeur barbier était en charge de la barbe et de la chevelure des hommes dans un lieu entièrement dédié aux messieurs. À partir des années 1990, les salons pour hommes se sont raréfiés. Les causes sont multiples : pas de repreneur, manque d’innovation, fiche moyenne en berne, image vieillotte… « Puis le CAP homme et barbier disparaît en 1994, si je ne me trompe pas, se remémore Fabrice Cornillon. Dorénavant, depuis juin 2013, le candidat qui veut pratiquer n’a d’autre choix qu’une option facultative « coupe homme et entretien du système pilo-facial » au Brevet professionnel. Pendant l’heure de pratique, la personne n’est même pas obligée de raser le modèle. » Le CAP de coiffure reste indispensable, car toutes les bases appliquées pour la barbe proviennent de la coiffure. Sarah Daniel-Hamizi est montée au créneau plusieurs fois auprès de la Chambre des métiers pour la reconnaissance d’un diplôme de maître barbier ou au moins d’une certification. Car si elle considère le métier passionnant, elle trouve aussi les points suivants dangereux : manipulation du coupe-chou, utilisation de produits décolorants sur des endroits délicats comme les commissures des lèvres ou les bases nasales, application de cire chaude… Mais que fait-on si un grain de beauté est caché dans les poils ? Les problématiques sont finalement nombreuses.