Métier de mode, la coiffure ne cesse d’évoluer. Coupe, coloration, femme et homme… Trois experts décryptent les tendances depuis le lancement de Biblond en 2007. Rétrospectives.
Le look androgyne chez Dior Homme vs la néo-bourgeoise chez Céline. Ces deux silhouettes signées Hedi Slimane, la première en 2007, la seconde aujourd’hui, révèlent à elles seules à quel point la mode a changé depuis Biblond n° 1 ! Nous sommes passés du jean slim au flare, en passant par le boyfriend ou le mom. En 2007, Karl Lagerfeld dictait les tendances chez Chanel quand Olivier Rousteing, créateur superstar de Balmain, était encore inconnu du grand public. Facebook existait à peine – ne parlons même pas d’Instagram ou de stories ! En 2007, l’icone absolue s’appelle Kate Moss. Puis est venue l’heure des Kardashian, Beyoncé, Rihanna et consorts. Crise des subprimes contre crise sanitaire… Bref vous l’aurez compris : depuis le lancement de Biblond, le monde a changé… Et les looks capillaires aussi ! Pour les femmes, les rendez-vous en salon s’espacent. La coloration a pris le pas sur la coupe, suscitant des vocations auprès de la jeune génération qui se rêve artiste coloriste. Et s’il est un marché qui a explosé, c’est bien celui de l’homme. Qui aurait pensé en 2007 que 92 % des 25-34 ans seraient barbus dix ans plus tard ?
La coloration

Ludovic Geheniaux est reconnu par ses pairs, admiré par les jeunes et adoré par ses clientes. Il dépeint pour nous l’évolution de la technique.

Il nous semble loin le temps des mèches tradi dites « tricot » et désormais appelées « baby light ».
« Pourtant, en 2007, c’était très demandé en salon. C’est aussi le boom des patines, pour neutraliser les reflets. »

Les années 2009-2010 signent le retour du balayage, mais il s’applique à la main. Cette technique s’appelle le « painting ». Dans les salons spécialisés, les clientes se bousculent pour avoir leur tie & dye, plus radical qu’un simple balayage. Il donne du relief en jouant avec les contrastes. Puis elles ne jurent plus que par l’ombré hair qu’elles repèrent sur leurs stars préférées. « Peu à peu, on a laissé tomber les contrastes pour créer des effets plus fondus. L’ombré hair proposait un effet plus naturel, la couleur était en dégradé. Foncée aux racines, claire aux pointes. » Les tendances s’installent puis s’essoufflent. « On a eu l’effet “écailles de tortues” qui jouait sur les tons clairs et foncés, “oeil de tigre” ou “mushroom”. Puis le brond ou le broux, mélanges de brun et blond ou roux », s’amuse le formateur coloriste. « En 2015, on a vu apparaître le hair contouring. Inspiré par le maquillage de Kim Kardashian, cette technique permettait de corriger la forme du visage ou de masquer les défauts en éclaircissant les bordures. » Il a ensuite laissé place à des looks plus forts comme le rose gold et toutes les tonalités métalliques puis à des couleurs flashy.

En parallèle, en 2015, il y a eu un retour du balayage crêpé. « On crêpe à la racine pour pousser les petits cheveux. On colore les longueurs mais pas les mèches plus courtes qui créent ce fondu naturel », souligne l’expert. 2016 futl’année du blond polaire. « Sur les réseaux sociaux, les femmes partageaient leurs transformations radicales. C’est comme ça que j’ai gagné mes 27 K de followers », raconte Ludovic. Pendant les confinements, les femmes ont dû apprendre à accepter leur cheveux gris. Mais une fois libérées, délivrées… elles ont retrouvé leurs habitudes. « Ce retour au gris a été éphémère. Certes, les clientes viennent moins en salon. Mais quand elles le font, elles se font plaisir ! Elles sont prêtes à payer plus cher pour une prestation de qualité qui dure plus longtemps et laisse leurs cheveux dans un meilleur état. Notamment grâce à la technologie Plex depuis 2014 ! » Résultats ? Ces dernières années sont marquées par le grand boom de l’air touch. « Cela a changé mon quotidien. C’est le balayage tout terrain. C’est un peu le même principe que le crêpage mais on souffle les petits cheveux avec le sèche-cheveux. On isole alors ces petites mèches et on décolore les mèches plus longues.» Les prédictions de Ludovic ? « Celles qui avaient décoloré leurs cheveux ont retrouvé leur couleur naturelle. Mais une blonde reste blonde ! Même une brune qui l’a été voudra le redevenir ! »
La coiffure homme

En 2007, l’homme se rend chez un coiffeur mixte quand c’est nécessaire. En 2022, il est chez son barbier toutes les deux semaines… Marc Thibault, coiffeur, barbier, formateur, directeur artistique Men Stories et ambassadeur Wahl, raconte.

« En 2007, nous sommes sous le règne de la tecktonik. La petite crête qui part jusque dans la nuque est de mise », note Marc. Cette coupe s’impose jusqu’en 2010 avant d’être détrônée par le look capillaire d’un certain Justin Bieber. « C’était cette grande mèche plaquée sur le front, qui imposait un grand mouvement de tête pour la replacer, au grand dam des parents ! » À cette époque, les coiffeurs retrouvent leurs rasoirs pour créer des coupes effilées. « Mais attention, sur le visage, le métrosexuel reste imberbe ! Le poil n’est pas à la mode », souligne l’expert. Une tribu urbaine va pourtant bouleverser le paysage capillaire. Bye bye gentleman rasé de près ! « Il y a d’abord eu le grand retour du fondu américain, dans un esprit old school, puis le hipster s’est imposé, avec ses poils et sa barbe. Il a tout chamboulé ! » Le marché de l’homme explose. « On a revisité les années 1960 puis les années 1930. Ce fondu américain est toujours d’actualité ! Je remplis mon calendrier de formation avec cette technique. Pour nous, coiffeurs pour homme, c’est une aubaine. Cette tendance est devenue addictive, même s’il y a eu un petit égarement passager avec la coupe “sac poubelle”, rasée sur les côtés et bun sur le sommet », précise Marc. La suite vous la connaissez. « Plus qu’une tendance, c’est un phénomène de société. En parallèle, les réseaux sociaux accélèrent le mouvement. Il y a quinze ans, il fallait six mois pour qu’une tendance descende dans la rue. Désormais, c’est quasi instantané. » Et les formes évoluent. « Nous sommes passés par la coupe César, très graphique avec une frange marquée ou des projections vers l’avant, mais le fondu est resté. » Et où en est-on aujourd’hui ? « Les années 1980 sont revisitées, avec le retour de coupes mal aimées comme le mulet ou la brosse. Elles se démocratisent. Ceux qui veulent être dans l’air du temps osent ! Sous cette impulsion, le flat top, la brosse au carré à l’américaine revient. J’ai du recréer une formation car les jeunes ne savaient même pas ce que c’était. » Autre mouvement ? Le grand mélange des genres.



La coupe femme

Les femmes ne prennent plus de risque avec leur coupe. Toutefois, les tendances renouvellent le style. Ambassadrice L’Oréal, coach et Hair Artist, Laetitia Guenaou les passe au peigne fin.

S’il y a eu un petit sursaut de la coupe courte – la Twiggy – en 2015, Laetitia voit deux grandes tendances s’imposer entre 2007 et 2022. « Il y a eu le carré. Au départ, plongeant puis décliné à l’infini. Depuis 2015, la coupe shag cartonne, elle donne du volume aux cheveux longs et encadre le visage grâce à un dégradé. »

Depuis une dizaine d’années, le carré fait l’unanimité. Pour le rendre hype, les coiffeurs le revisitent sans cesse. « French bob, wavy bob, sharp bob, boys band bob, pob » font partie des mots clés les plus tapés sur Google. Il faut dire que la coupe, déjà adoptée par Louise Brooks dans les années 1920, a de quoi séduire : facile à entretenir, elle permet de changer de tête sans pour autant couper court. « Les coiffeurs se sont aussi amusés à l’accidenter.

Avec l’undercut par exemple. » Puis est venu le règne de la coupe Shag qui permet aux femmes de garder leur longueur. « Il n’y a qu’à observer la rue. Elles portent les cheveux longs qu’elles attachent en bun sur le sommet du crâne. La crise sanitaire et la fermeture des salons n’ont fait que renforcer le phénomène », explique celle qui oeuvre pour le retour du court, en présentant toujours une version dans ses collections, même si elle sait que le long va rester. « Il offre plus de possibilités. Comme leurs vêtements, les femmes s’approprient leur coiffure en les nattant, les accessoirisant… Et même celles qui ont les cheveux gris et qui, autrefois, les coupaient courts, assument les longueurs ! » Autre grand mouvement ?

« Aujourd’hui, nous créons des accidents dans la coupe comme dans la coloration. La nature nous inspire. C’est dans l’imperfection que naît la beauté ! » Ce regard, c’est la grande mutation de la coiffure depuis 2007. « On a compris que la technique, ce n’est que 80 % d’une jolie coupe. Les 20 % restants, c’est du feeling ! On apprend aux coiffeurs à toucher et sentir les cheveux. En développant cette intuition, ils trouvent leur signature. On leur explique aussi qu’ils travaillent sur une matière vivante. Il faut faire bouger la cliente pour personnaliser sa coupe. On s’est donc éloigné du style anglo-saxon strict pour apprivoiser chaque chevelure. Fini le temps des coiffeurs robotisés interchangeables. » Laetitia note aussi un renouveau dans le coiffage. « Les femmes acceptent la nature de leurs cheveux. S’ils sont ondulés ou frisés, elles les laissent tels quels. Dans cet élan, elles prennent de plus en plus soin de leur chevelure. »
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