Yuka, Inci Beauty ou QuelCosmetic, les applications mobiles passent les produits capillaires au peigne fin en pointant du doigt tout ce qui va et, surtout, tout ce qui ne va pas. Les coiffeurs constatent une recrudescence de clients qui n’hésitent plus à dégainer leur smartphone sous leur nez, pour vérifier si les traitements conseillés ne sont pas, en fait, des armes de destruction massives maquillées sous des fragrances de fraises des bois.
Une méthode qui impose l’émoji rouge incendiaire comme une sentence irrévocable : quitter l’aventure sans rien acheter. Qui à raison, qui à tort ? À en croire les nouvelles moeurs des consommateurs, certainement plus le coiffeur, relégué au rang de dealer de camelote. Quand bien même il baigne les deux mains dedans et au rythme moyen de dix shampooings par jour, par-dessus le marché ! Trois révélations pour se faire sa propre idée…
Fais-moi peur baby : 100 %
En effet, difficile de garder la tête haute et bien coiffée devant une telle vulgarisation de la confiance. Elle-même amplifiée par des croyances collectives. Mais sur quelles données s’appuient ces applications pour affirmer en un seul clic qu’un shampooing est cancérigène ? En tout cas, pas sur des données scientifiques, car si c’était vrai, le produit serait tout simplement interdit. C’est vrai qu’avec plus de 6 000 ingrédients actifs, le principe de précaution est roi face à la complexité des formulations de produits cosmétiques, quitte à user d’un vocabulaire très anxiogène. Une stratégie d’exagération basée sur la peur de perdre sa santé. Terriblement efficace pour faire pâlir les joues rosées des millennials shampooinés de la tête aux pieds au Mixa bébé. Hey, mais alors, toutes complices nos mômans ?
La goutte de trop : 0,01 %
Chaque produit capillaire est doté d’une liste International Nomenclature of Cosmetic (INCI), obligatoire depuis 1998, pour répertorier tous les composants qu’il contient. Ce qui donne, sur le flacon, une liste d’ingrédients nommés en ordre décroissant : de la plus grande concentration d’actifs à la plus petite. Jusqu’ici tout coule de source, sauf que Yuka jette un pavé dans la mare en dénonçant les ingrédients les plus controversés directement en tête de gondole et cela même avec 0,01 % de concentration. Pour la sacro-sainte appli : pas de demi-mesure même pour moins de 1 millilitre d’un ingrédient au nom barbare, soit 0,001 par litre… Des proportions de l’ordre de la goutte d’eau amplement suffisantes pour déclencher un tsunami dans un verre de lait et retourner le cerveau des « scan-maniaques » ! Sérieux, gardons les pieds sur terre et les cheveux au sec !
Totem d’immunité : 10 %
S’il est vrai qu’un traitement capillaire bio est forcément naturel, un shampooing ou un masque dit « naturel » n’est pas forcement bio. Pourtant, avec une composition, au minimum à plus de 95 % de naturalité, ces derniers devraient avoir tout bon pour franchir tout checkpoint virtuel. Eh bien non, niet, nada ! Et ce, même si une marque ecofriendly s’appuie sur un concept d’économie solidaire, circulaire ou encore lié à la condition animale. Inutile d’insister, à ce jour, aucune application ne prend en compte les impacts environnementaux ou sociétaux d’un produit capillaire.
Et jettent donc le bébé avec l’eau du bain ! Le seul totem d’immunité, validé par les nouveaux cerbères connectés, reste le « label certifié » et ça, dès 10 % d’ingrédients écologiques seulement… De plus, un label comme Ecocert
ne vérifie que les ingrédients présentés comme tels. Comme quoi, il en faut peu pour rendre les consommateurs heureux, galvanisés de pastilles vertes, plus faciles à avaler, pas vrai ?
Voilà… « Green is the new black », du petit lait pour Yuka et compagnie, that’s life !
Biblond, pour les coiffeurs !








