Enquête : vaut-il mieux créer ou racheter son salon ?

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Tous les ans, de nombreux coiffeurs décident de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale pour devenir leur propre patron. Certains font le choix de racheter un salon quand d’autres décident de le créer. Quelle est la meilleure formule et surtout quels sont les avantages et les inconvénients entre création ou rachat ? Éléments de réponse.

Les boulangers sont souvent pris en exemple pour leur dynamisme entrepreneurial. Et pourtant, pendant qu’il se créait 2 500 boulangeries en France en 2002, les coiffeurs ouvraient 8 000 salons et en reprenaient 1 287. C’est peu dire donc que les coiffeurs ont la fibre entrepreneuriale. En retrait par rapport aux créations, les transmissions-reprises de salon restent un enjeu majeur dans une profession qui compte actuellement 30 % de dirigeants âgés de plus 55 ans. Reste à savoir s’il est plus avantageux aujourd’hui de reprendre un salon que de le créer ex nihilo.



LES CRÉATEURS

Si elle a démarré sa carrière d’entrepreneuse en reprenant le salon de Taj à Bagneux, Aline Tacite a privilégié la création pour ses salons Boucles d’Ébène Studio et Boucles d’Ébène Le Lab. « Je peux ainsi créer les choses à mon image, que ce soit dans le concept avec le parcours client, le recrutement des collaborateurs et la constitution de la clientèle », affirme-t-elle. Un parcours cependant semé d’embûches. « Pour mon dernier salon, le planning des travaux est passé de trois à six mois. Par ailleurs, le recrutement est loin d’être évident actuellement », avoue-t-elle. Côté banque en revanche, Aline n’a pas eu de difficulté à financer son nouveau salon (ndlr : ouvert il y a tout juste deux mois). « Les banques nous avaient vu fonctionner pendant onze ans, donc la confiance était là », se félicite-t-elle. Quant au local, il s’agit d’une vraie opportunité. « Je passais devant tous les jours, il était fermé et j’ai fini par trouver la foncière chargée de sa commercialisation. Une aubaine car j’ai obtenu un bail 3-6-9 beaucoup moins onéreux qu’un bail commercial », nous dit-elle.

Aurélien Bertrand, fondateur des salons Bonhomme, Cute et, plus récemment, Mousse, a lui aussi toujours opté pour la création de ses salons. « Acheter ne me correspondait pas », affirme-t-il. Avant d’ajouter : « Il aurait fallu que j’achète un fonds de commerce, que je casse les murs pour recréer un concept à mon image. Cela m’aurait coûté trop cher. » Selon ses calculs, cela lui revient moins cher de créer ses salons plutôt que de les racheter. « Je recherche des locaux sans droit au bail. Aujourd’hui, je maîtrise le montant de mes travaux car je connais les entreprises qui les effectuent et qui s’engagent à respecter les délais prévus. Enfin, je choisis ma clientèle et mes collaborateurs. »

S’il estime que créer un salon revient moins cher que de le reprendre, Aurélien prévient toutefois qu’une telle opération nécessite beaucoup de travail en amont. Ainsi, selon lui, une étude de marché préalable est indispensable avec étude de l’univers concurrentiel. Il faut aussi avoir un concept fort, savoir si l’on crée un salon de destination ou un commerce de passage. « Je me demande toujours si je serais client de cet établissement car je suis toujours le premier consommateur de ce que je crée », affirme-t-il. Côté mobilier, Aurélien privilégie le sur-mesure fabriqué au Mans par un agenceur spécialisé en… boulangerie mais visiblement connu des créateurs de salon de coiffure.

MENTORING POUR JEUNES POUSSES

Consultant à la renommée solide, Jean-Christophe Robelot a décidé de mettre son expérience et son savoir-faire à la disposition des jeunes entrepreneurs. « Il s’agit d’un véritable mentoring pour jeunes pousses, explique-t-il. Je les aide à construire leur dossier, notamment pour l’obtention de leur prêt bancaire et leur évite ainsi les erreurs… de jeunesse ! » Autre avantage pour les porteurs de projet : le dossier qu’ils présentent au banquier bénéficie de la caution d’un nom connu dans le secteur de la coiffure qui est aussi un entrepreneur avisé. Cela rassure ! Ce service est totalement gratuit. Les jeunes entrepreneurs doivent ensuite reverser 3 % de leur chiffre d’affaires à Jean-Christophe sur leur deuxième année comptable. « Chaque année, je prends sous mon aile deux dossiers. J’aime transmettre et aider sans forcément attendre en retour », explique-t-il. Beau geste.

LES REPRENEURS

Cyril Bazin, lui, a opté pour une stratégie de rachat de salons de coiffure. Il en possède aujourd’hui une douzaine. « Un rachat, c’est un passage de relais. On reprend une histoire avec une clientèle en place et des équipes. Et dans 90 % des cas, cela se passe très bien », constate-t-il. Son credo pour racheter une affaire : elle doit lui ressembler. « Quand je reprends un salon, j’y mets mon nom, mon image, mon histoire et mon mode de fonctionnement », prévient-il. Parfois il est nécessaire d’effectuer des travaux importants, quand un simple coup de peinture suffit dans certains salons. « L’avantage de la reprise, c’est que la clientèle est déjà existante, donc l’investissement est moindre », souligne Cyril. Autre avantage, non négligeable quand on sait les difficultés de recrutement que connaît le secteur, l’équipe est déjà en place.

Pour garantir le succès d’une reprise, Cyril a une méthode bien rodée. « Je fais toujours un état des lieux de l’équipe. À combien s’élève la masse salariale. D’emblée, je mets en place une rémunération plus avantageuse pour les collaborateurs et je leur apporte des avantages sociaux comme un comité d’entreprise, des chèques déjeuner, de la formation et tous les avantages d’un groupe avec des soirées, un séminaire », détaillet-il. Cyril, qui revendique haut et fort le statut d’indépendant de son groupe, s’est entouré d’un responsable des ressources humaines (Christophe Creux), d’une animatrice de réseau et d’un responsable de formation. Il rachète aussi toujours ses salons dans la même région, du côté de Nantes et en Vendée. Une stratégie qui lui permet de connaître parfaitement son marché et son univers concurrentiel. « Naturellement, je vérifie les bilans du salon et surtout je rencontre les collaborateurs avant le rachat pour savoir si notre concept leur convient », dit-il. Des rachats en douceur puisque Cyril accompagne le vendeur à lâcher prise. « Un rachat prend entre trois à six mois. C’est une passation en douceur au nouveau concept pour développer le salon. »

Adepte de la création de salon, Aurélien Bertrand est en passe de revoir ses positions. « Je suis actuellement en négociation pour reprendre un salon. Je change ma stratégie car nous sommes sur le même type de clientèle. De plus, je trouve le salon très beau, donc je ne vais rien changer hormis l’enseigne. L’équipe est déjà formée et très opérationnelle. Surtout, j’ai vérifié que je n’aurai pas de départ à la retraite à financier prochainement. Mon seul investissement, et il sera massif, sera donc dans la communication car nous allons créer une nouvelle marque », explique-t-il.

 

LES CLÉS DU BON CHOIX

Pour Jean-Christophe Robelot aucune option n’est meilleure que l’autre, création ou rachat de salon. « Je commence par me demander si je peux implanter mon concept dans le salon. Si c’est possible, autant racheter car on gagne du temps et le flux de clientèle existe déjà pour lancer l’affaire. » Mais attention, le concept doit être étudié et fort. « Une augmentation de prix est possible en cas de reprise. Les clients sont prêts à payer plus cher pour de nouveaux services proposés dans un concept unique et une ambiance unique, assure-t-il. Mais si on augmente ses prix sans apport de valeur, les clients partent », prévient-il. Côté finance, un rachat de salon est, selon Jean-Christophe, plus facile à financer. « Le banquier dispose d’un historique. On connaît le chiffre d’affaires et celui objectivé. L’effort pour atteindre le point d’équilibre est moins important. C’est en effet plus compliqué d’arriver au seuil d’équilibre quand on part de zéro », rappelle-t-il. Une création nécessite également d’avoir une stratégie marketing très forte, des équipes ultraformées « car l’expérience client doit être au rendez-vous de ce que l’on annonce. Il faut donc avoir préparé ses équipes », précise Jean-Christophe. Selon lui, il vaut mieux perdre un mois de salaire en formant son équipe avant l’ouverture du salon et en lui apprenant comment travailler. Et ce dernier d’ajouter : « Quand on veut créer un salon, on l’écrit ! On travaille son concept. Et si on a fait les bons recrutements avec une analyse financière solide, les banquiers prêtent plus facilement. »

Dans tous les cas, qu’il s’agisse d’une création ou d’un rachat, il faut être curieux de l’environnement où l’on compte s’installer et savoir ce qui s’y passe. Quels sont les concurrents ? Quel est le pouvoir d’achat dans la zone de chalandise ? « Il ne faut pas avoir peur de modifier des choses prévues au démarrage. Et surtout, il faut mettre son ego de côté pour prendre de la hauteur si l’on veut réussir », conseille Jean-Christophe. À bon entendeur…

 

SE FORMER POUR CRÉER OU REPRENDRE SON SALON

Laurent Melin, vice-président de l’Unec en charge du dialogue social, de l’emploi et de la formation, est également l’un des pères fondateurs de l’Institut Coiffeur Créateur Repreneur (I2CR) de l’Unec. L’I2CR propose ainsi un module de formation pour les créateurs et repreneurs, module également destiné aux cédants.

Au programme : comment financer son projet, quel statut choisir, comment établir son business plan, sur quoi se baser pour trouver le meilleur emplacement ou encore les avantages de la reprise. « Les cédants apprennent aussi pourquoi il peut être nécessaire d’investir pour remettre son salon au goût du jour ou encore la nécessité d’établir un historique de l’équipe », détaille Laurent Melin, qui rappelle au passage qu’en matière de financement un crédit-vendeur (dont la valeur peut atteindre 10 000 €) peut être négocié par accord entre le repreneur et le cédant. Un avantage financier non négligeable quand on se lance dans l’entrepreneuriat !

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