Enquête : réservations en ligne, la guerre des plates-formes est déclarée

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Avec une bonne décennie de retard sur le monde du voyage, le secteur de la coiffure a définitivement pris le virage de la réservation en ligne après la crise de la Covid. Une aubaine pour les platesformes qui se disputent aujourd’hui la clientèle des salons. Les logiciels de caisse, eux, tentent de survivre en s’alliant avec les plates-formes pour les uns, en capitalisant sur leurs différences pour les autres. Revue de détails.

PLANITY, LE DOCTOLIB DE LA BEAUTÉ

Avec sa formule d’abonnement fixe (quel que soit le nombre de réservations) sans commission ni promotion, Planity s’est imposé en sept ans comme le numéro un de la réservation sur le Net pour le secteur de la beauté. « Huit millions de Français viennent sur le site ou l’application de réservation mobile, soit 4 à 5 fois plus de trafic que tous nos concurrents réunis. Aujourd’hui, Planity est devenue la marque la plus connue de la réservation beauté », revendique Antoine Puymirat, directeur général et cofondateur de Planity. Et ce dernier d’enfoncer le clou : « Les plates-formes proposent à peu près toutes les mêmes fonctionnalités. Donc, nous ne nous battons plus sur les logiciels. Notre différence c’est notre marque et le trafic sur notre site qui génèrent de nouveaux clients. Là il y a une grosse disparité avec nos concurrents. »



Planity, qui a vu son chiffre d’affaires bondir de 60 % en 2023 pour atteindre 40 M€, a réalisé en février dernier un nouveau tour de table qui lui a permis de lever 45 M€.

De quoi financer ses nouvelles ambitions. « Nous allons continuer à investir sur le produit en développant de nouvelles fonctionnalités comme la prise de rendez-vous pour un tiers ou encore la caisse sur le mobile », détaille Antoine Puymirat. Surtout, Planity entend ouvrir sa plate-forme dès l’an prochain à l’ensemble des professionnels du bien-être : naturopathes, profs de yoga et de méditation, coachs sportifs ou encore praticiens de médecines douces. Enfin, Planity affiche ses ambitions à l’international avec un développement prévu en Europe du Nord.

TREATWELL, DES FREE-LANCES AUX MULTISALONS

Pour Kevin Woringer, directeur général de Treatwell France, la plus grande force de Treatwell est le rapport gagnant/gagnant que la plate-forme instaure avec ses clients. « Treatwell dispose de trois logiciels adaptés en fonction des besoins ou de la taille de la société, explique-t-il. Nos prix varient de 29 à 89 € (HT) par mois en fonction des options. » En clair, il faut ajouter 25 % de commissions sur les nouveaux clients que rapportent Treatwell. « Pour faire gagner de nouveaux clients à ses partenaires, Treatwell investit beaucoup afin de se faire connaître dans des campagnes marketing, notamment pendant les ponts du mois de mai, la fête des Mères. Nous allons chercher les clients », affirme Kevin Woringer.

Pour répondre à tous les besoins, Treatwell dispose de trois logiciels différents. L’historique Treatwell Pro, dédié aux salons importants, est un véritable outil de pilotage qui propose de nombreuses statistiques et fonctionnalités. Treatwell Connect à la finalité et à l’usage plus simples est plus orienté mobile et dédié aux microentreprises ou TPE. « Il est aussi moins personnalisable que Treatwell Pro », précise Kevin Woringer. Treatwell Business App est un logiciel assez complet qui dispose de la plupart des fonctionnalités de Treatwell Pro et qui permet au salon de tout paramétrer. « La plate-forme est donc l’une des briques de notre offre. Notre marketplace est dédiée à la conquête client et à la visibilité en ligne des salons pour leur apporter de l’attractivité. Les logiciels simplifient leur gestion. Enfin, notre store est dédié à l’approvisionnement en produits professionnels, deuxième poste de coût des salons. »

Présent dans plus de 15 pays en Europe, Treatwell a noué des partenariats avec 10 000 marques dont 40 % en coiffure disponibles sur son e-shop. « Nous disposons également d’une offre dédiée aux free-lance avec une tarification adaptée à leurs besoins (199 € par an avec possibilité d’être visible sur la marketplace). » Fort des partenariats qu’il a noués, Treatwell propose aujourd’hui aux salons d’améliorer leur e-réputation avec Partoo, ou encore de développer leur marque employeur avec Hello CSE. « Le salon choisit en fonction de ses besoins, c’est notre spécificité et notre force. »

IKOSOFT, L’AS DES ANALYSES

Face à ces plates-formes aux moyens importants et à l’agressivité commerciale inégalée, les logiciels de caisse ont du mal à résister. Acteur historique du marché, Ikosoft a fait évoluer son logiciel en fonction des besoins du marché et des coiffeurs. « Nous sommes les seuls à leur proposer des analyses aussi complètes sur le comportement client, la gestion des stocks et des collaborateurs. Depuis trois ans, nous proposons aussi des plans marketing sur mesure qui permettent d’aller chercher 25 % de chiffre d’affaires en plus la première année et deux visites clients supplémentaires par jour », détaille Nicolas Savella, directeur commercial d’Ikosoft.

Cette offre marketing (à partir de 39 €) a déjà séduit 1 500 clients en deux ans et demi. « Sur dix clientes, seules trois reviennent entre la première et la deuxième visite s’il n’y a pas de marketing. Avec nos offres, le taux de fidélisation grimpe à 45 % », assure Nicolas Savella. Ikosoft propose donc 3 packs marketing différents pour une communication annuelle automatisée. « Nous faisons aussi du courrier papier avec un taux de retour de 40 % quand celui des SMS oscille entre 8 et 10 % et seulement de 1 à 3 % pour celui des emails. » Ikosoft est aussi le seul acteur du marché à proposer le message vocal répondeur. Une technique issue du secteur de l’automobile qui consiste à enregistrer un message dans la voix du propriétaire pour par exemple inviter les clients VIP à une soirée privée. « Depuis 2018, les plates-formes ont beaucoup misé sur la communication. Mais depuis la crise de la Covid, la prise de rendez-vous en ligne est passée dans les moeurs et donc les plates-formes font peu d’acquisition clients », constate-t-il. « La tendance s’est donc inversée et aujourd’hui les coiffeurs ont plus besoin d’analyser leur activité car leur marge est un vrai sujet. Et pour cela, le logiciel est indispensable. » C’est pour cette raison que Planity a fait appel à Ikosoft avec son logiciel Merlin.

HAIRNET, DU MULTI-SALON AU COWORKING

« Nous considérons que le recrutement et la fidélisation des clients sont les priorités d’un salon de coiffure. L’évolution de notre logiciel réside dans l’analyse de l’activité pour un meilleur pilotage de son entreprise », pose d’emblée Gaëtan Amiard, directeur commercial de Hairnet. Rendez-vous en ligne, Google Réserve, application consommateur, parcours client, taux d’occupation, de fidélisation, de consommation produit…

Le logiciel qui a évolué en Hairnet Plus fournit aux coiffeurs de multiples indicateurs pour suivre et développer l’activité du salon. Hairnet Plus s’inscrit plus que jamais comme un véritable outil de pilotage, très complet. Mieux, il est utilisable simultanément sur plusieurs supports pour s’adapter aux multisalons. Une fonctionnalité qui lui permet d’être déjà adopté par de grands groupes de franchise coiffure. Hairnet propose également une version coworking pour ceux qui souhaitent louer un ou plusieurs fauteuils. Et pour lutter contre les plates-formes, Hairnet a créé Hairnet Connect, une application mobile du salon pour la prise de rendez-vous en ligne de ses clients. Une manière judicieuse de répondre à l’hégémonie des plates-formes de réservation.

BOOKSY, LA TECH AVANT TOUT

S’il concède à Planity la place de leader du secteur, Ilan Koskas, PDG de Booksy (ex-Kiute) affûte ses arguments pour séduire les salons et marquer ses différences. Et il n’y va pas de main morte, allant même jusqu’à distribuer au dernier salon MCB une publicité comparative entre les principales plates-formes du secteur. « Une des forces de Booksy, c’est son équipe de développement. Une armée de plus de 200 développeurs qui travaillent à améliorer, selon les retours des utilisateurs gérants de salon de coiffure, un logiciel pensé pour les besoins du terrain », revendique-t-il. Booksy revendique aussi sa transparence : les prix sont accessibles sur le site, les fonctionnalités sont incluses dans l’abonnement sans frais additionnel. « Une période d’essai gratuit de sept jours est proposée en téléchargeant l’application. Gage de transparence, on veut pouvoir donner l’opportunité aux coiffeurs de tester l’ensemble des fonctionnalités du logiciel et surtout leur simplicité », affirme Ilan Koskas.

Ce dernier déclare aussi être le moins cher du marché. Toujours en recherche de nouvelles fonctionnalités, Booksy proposera prochainement le Boost qui permet au salon de bénéficier d’une mise en avant ponctuelle sur la plate-forme pour apparaître en haut des résultats. Mais aussi le Tape To Pay qui permet aux clients de régler avec leur téléphone ou sur un iPad. « Cette évolution qui supprime l’espace caisse et les terminaux vient d’être lancée aux États-Unis », précise Ilan Koskas.

Chez Booksy toutes les fonctionnalités sont incluses dans le tarif. Mais il faut tout de même souligner que ce dernier évolue en fonction du nombre de collaborateurs (NDLR : 10 € supplémentaires par collaborateur avec un plafond à partir de 9 collaborateurs). « L’un des plus gros avantages de Booksy c’est sa capacité à fidéliser la clientèle gratuitement grâce aux emails, notifications push, ainsi qu’à la segmentation du fichier clients. » Il rappelle la puissance technologique de l’outil Booksy qui possède une caméra intégrée grâce à laquelle les coiffeurs peuvent poster directement sur les réseaux sociaux en bénéficiant de visuels gratuits, mais aussi de suggestions de textes.

AVANCY, LA RÉPONSE DE 3CI AUX PLATES-FORMES

Créer sa propre application de réservation en ligne pour lutter contre le poids des plates-formes, c’est également la stratégie de 3CI avec Avancy by 3CI lancée en septembre dernier. « Nous avons intégré beaucoup de nouvelles technologies dans cette application qui a nécessité quatre années de recherche et développement. Sa prise en main est intuitive. Les fonctions marketing sont intégrées avec de l’IA pour faciliter l’automatisation des envois d’emails, sms et notifications selon de multiples critères (anniversaires, clients qui ne sont pas venus depuis…). Surtout, Avancy By 3CI propose des modèles de communication adaptés à l’activité, personnalisables par le client », précise Robert Maarek, président de 3CI.

Pour améliorer la fidélisation, l’application mobile est au nom et aux couleurs de chaque établissement. Originalité d’Avancy : sa tarification à l’usage soit 8 centimes (HT) par ticket, rendez-vous ou sms. « Si le salon a une activité stable et importante, nous lui proposons une offre d’abonnement à 69 € (HT) pour l’ensemble des fonctionnalités, y compris l’appli mobile pour les clients aux couleurs de l’établissement avec ses images, son nom et son logo », détaille Robert Maarek. La tarification à l’usage permet à 3CI de séduire de nombreux petits établissements qui ne déboursent que 15 à 25 € par mois. « Nous ne voulions pas développer de plate-forme dans l’intérêt des commerçants. Dans l’univers de la beauté, la fidélité du parc client est proche de 85 % en moyenne. Donc quand les plates-formes prétendent faire de l’acquisition client, elles font surtout de la redistribution de clientèle. En clair, avec les plates-formes, les clients deviennent de moins en moins fidèles. Et elles ne disent pas combien de clients fidèles elles font perdre aux salons en leur permettant de réserver dans un salon plus proche, moins cher, ou tout simplement ouvert ce jour-là ou disponible quand le salon ne l’est pas ! »

ÉTUDE DES FONCTIONNALITÉS PROPOSÉES PAR LES 6 SOCIÉTÉS

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