En 2024, est-il encore possible de refuser une cliente aux cheveux bouclés, frisés ou crépus ? La réponse est non ! Biblond vous présente quelques belles réussites de salons, vous donne les clés pour devenir un salon inclusif et attirer une nouvelle clientèle grâce aux conseils avisés d’expertes.

« C’est ma vraie nature. Vous n’avez pas l’habitude de voir des femmes qui assument leur afro mais il y en aura de plus en plus », avait prévenu Stéfi Celma, en 2017, dans l’émission Salut les Terriens ! L’actrice révélée par la série Dix pour cent avait gardé le sourire et la tête haute face aux moqueries de Thierry Ardisson. Le présentateur avait cumulé les offenses. Sept ans plus tard, on peut dire « ouf », les mentalités ont changé…
Engagés et passionnés, des professionnels de la coiffure se sont battus pour que chacun puisse assumer sa nature. Dernière étapeclé ? Le 28 mars, à l’Assemblée nationale, Olivier Serva, député guadeloupéen (Liot), a présenté un texte visant à reconnaître et à sanctionner les discriminations capillaires… Adopté à 44 voix contre 2 ! Kelly Massol (Les Secrets de Loly), Ghana Elin (Les Ateliers Crépus) ou encore Aude Livoreil-Djampou (Studio Ana’e) avaient été conviées pour l’élaborer.
DES SALONS POUR TOUS
Depuis cinq ans, le marché du cheveu texturé est en plein essor, et l’on ne compte plus le nombre de lancements de gammes ou de produits chaque semaine. Bien avant cet essor et cet engouement, des coiffeuses ont bataillé pour installer des concepts et défendre cette typologie de cheveux. Une précurseure ? Aude Livoreil-Djampou, docteure en chimie. Elle était chercheuse chez L’Oréal Professionnel – notamment sur des produits de lissage – quand elle a commencé à s’intéresser à la boucle. « Mes enfants sont métis et je me suis rendu compte que ma fille ne pouvait pas aller dans tous les salons. J’ai donc commencé par me documenter dans les livres et auprès des influenceuses. En 2015, j’ai ouvert mon premier salon avec des coiffeurs formés à toutes les textures », souligne la formatrice et consultante certifiée, présidente de Studio Ana’e (www.studioanae.com). Très vite, son adresse inclusive a attiré une clientèle aux cheveux texturés puis les femmes aux cheveux lisses ont suivi. « J’ai allié deux tendances, le multitexture et le premium. Les consommateurs sont prêts à payer pour un service qualitatif. » Quelles sont les étapes essentielles pour une bonne prestation ? « Avant tout, le diagnostic. Ces clientes ont souvent un historique complexe. Elles ont essayé beaucoup de choses. Puis il y a les gestes fondamentaux comme le démêlage, le soin, la coupe et le coiffage », précise Aude Livoreil-Djampou.

Même discours pour Aïssata Drame, coiffeuse, formatrice, créatrice du concept Boost tes cheveux (@boost_tes_cheveux). « Par chance, j’ai intégré le Bachelor du Real Campus by L’Oréal. Ce diplôme est totalement connecté à la réalité, puisqu’on y enseigne toutes les textures. En septembre 2023, j’ai créé mon concept de salon privé, Boost tes cheveux. Je propose des prestations de coiffure mais aussi du coaching capillaire avec un accompagnement individuel », explique celle qui propose aussi des formations aux professionnels. « Récemment, j’ai animé un atelier au Hub de Bleu Libellule, il était complet en quelques minutes. Les jeunes arrivent avec l’envie d’écrire la coiffure de demain. Pour ma part, j’ai créé Boost tes Cheveux pour permettre aux femmes de renouer avec leur estime de soi, leurs cheveux et leur coiffeur. »
Réconcilier les clientes traumatisées avec leur coiffeur… Tel était aussi le pari de Charlotte Rochard, formatrice et cogérante de Maison Bis (@maisonbisnantes). « Avec mon associé, nous avons ouvert notre espace de coworking pour les professionnels de la beauté à Nantes en 2020, avec la volonté de pouvoir coiffer tous les cheveux et que chacun bénéficie d’une expertise. » Résultats ? Ça cartonne ! « La clientèle est contente de trouver un lieu agréable avec un discours professionnel, les bons gestes et les bons produits. Mon associé étant noir, ses enfants et mon conjoint métis, nous avions conscience de la difficulté de trouver un salon. Grâce aux médias et aux réseaux sociaux, on voit de plus en plus de femmes s’assumer au naturel. Quand elles viennent chez nous, elles sont reconnaissantes car elles redécouvrent leur chevelure. »
Et le cheveu frisé a cela d’extraordinaire : il tient tout seul. « Une fois que l’on a compris le principe qu’il ne faut pas penser en plan mais en volume, on s’éclate ! », souligne, enjouée, Aude Livoreil-Djampou.
Les expertes des cheveux crépus, frisés et bouclés
ALINE TACITE, formatrice et gérante du salon Boucle d’Ébène à Paris, www.bouclesdebene-studio.com

AUDE LIVOREILDJAMPOU, coiffeuse, formatrice et consultante certifiée, présidente du Studio Ana’e à Paris. www.studioanae.com

CHARLOTTE ROCHARD, cogérante de Maison Bis.

DABA DIOKHANÉ, fondatrice du label Dioka et de la Dioka Academy, www.dioka.fr

AÏSSATA DRAME, coiffeuse, formatrice, créatrice du concept Boost tes cheveux, @boost_tes_cheveux

POUR UNE REVALORISATION DU MÉTIER
Certes, on peut y voir un intérêt financier. Le chiffre d’affaires moyen d’un salon multitexture avoisine 87 000 € et la fiche moyenne tourne autour de 80,5 €. Citons aussi le succès fulgurant de la marque capillaire Les Secrets de Loly, avec une croissance de + 500 % entre 2019 et 2022, un CA annuel qui dépasse les 20 millions d’euros et bientôt une académie de formation… Pas étonnant que même Beyoncé s’y mette, en lançant sa marque capillaire Cécred.
Mais attention, les motivations ne doivent pas être uniquement financières. Ces clientes ont souvent été refusées à l’entrée du salon, « ratées » par un coiffeur ou encore invitées à faire lisser leurs cheveux par un employeur. « Le coiffeur doit être dans une volonté d’inclusivité. De surcroît dans une société où la moitié des personnes a les cheveux texturés », prévient Daba Diokhané, fondatrice du label Dioka en 2020 et de la Dioka Academy en 2023, avant de souligner que cela contribue à la revalorisation du métier auprès des nouvelles générations. Et elle y croit. « Les coiffeurs sont prêts ! Cela donne un nouveau dynamisme à leur métier et un souffle au salon. Récemment, une coiffeuse en Normandie s’est formée auprès de notre partenaire Magali Bradshaw et moi sur les cheveux crépus. Cela a fait évoluer sa carrière puisque nous lui avons proposé de devenir formatrice. »

La prochaine étape pour le secteur ? Que les cheveux texturés soient enseignés dès le CAP. Certes, un CQP a été mis en place, une formation pour les cheveux bouclés à crépus sanctionnée par un diplôme reconnu par l’État. Mais, pour l’heure, rien d’institutionnel hormis des actions individuelles.
Exemple ? Au CFA Nantes Académie Coiffure, les élèves de CAP peuvent se former aux cheveux bouclés à crépus grâce à un cours en option, orchestré par Charlotte Rochard, cogérante de Maison Bis. Une façon d’ouvrir le champ des possibles.
QUELS SONT LES AUTRES AVANTAGES À SE FORMER AUX CHEVEUX BOUCLÉS ?
Aline Tacite, experte du cheveu crépu, frisé et bouclé, liste les sept raisons d’ouvrir son salon à toutes les textures.
1. Être un salon de demain, une évolution de la société d’aujourd’hui et de demain.
2. Développer son chiffre d’affaires. Avec le métissage, les cheveux texturés seront de plus en plus nombreux, d’autant plus que les femmes les assument désormais au naturel.
3. Recruter de nouvelles clientes, au passif traumatique, qui vous seront fidèles et reconnaissantes.
4. Recruter de jeunes collaborateurs, sensibles à l’inclusivité. Une belle façon de se distinguer des autres salons.
5. Booster sa créativité. Dès la première formation, vous maîtrisez les fondamentaux et vous vous ouvrez à de nouveaux horizons. « Cela passe par la maîtrise des protocoles de coupe et de coiffage, souligne Aline Tacite. En partant, le stagiaire peut réaliser un diagnostic, rassurer la cliente, la prendre en charge. On lui apprend aussi à mettre en place un forfait maîtrisable. »
6. Donner un nouveau souffle à sa carrière et accueillir une grande variété de clientes. Et, pourquoi pas, devenir formateur à son tour, pour répondre à la demande accrue.
7. Pouvoir accueillir les personnes d’une même famille. Certaines mamans aux cheveux lisses ont des enfants aux cheveux texturés.

Biblond, pour les coiffeurs !








