Le handicap touche plus de 12 millions de personnes en France, soit près de 18 % de la population. Pourtant, et malgré le 20e anniversaire de la loi « ambitieuse » pour l’égalité des droits et des chances, plusieurs dispositions clés restent inappliquées. L’accessibilité des commerces reste un défi quotidien.

Le 11 février 2005, la France adoptait à une très large majorité une loi ambitieuse : garantir l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Cette loi a posé des fondations essentielles autour de la compensation, de l’accessibilité, de l’école inclusive et de l’emploi. Elle a aussi créé des guichets uniques d’accès aux droits et aux prestations. Mais vingt ans plus tard, si certains progrès sont indéniables, ils demeurent insuffisants face aux besoins réels des personnes en situation de handicap et de leurs familles.
Plusieurs dispositions clés restent inappliquées ou vidées de leur substance par des dérogations successives.
AGENCEMENT ET FORMATION
Coupées de toute vie sociale, les personnes handicapées restent chez elles. Et si la coiffure à domicile est une réponse, dans les salons de coiffure, les dirigeants ont un rôle à jouer, au-delà de la législation, en améliorant l’accueil de tous. Bref, faire des lieux accessibles. C’est pourquoi l’agencement d’un salon de coiffure doit être pensé afin d’éviter les difficultés : par exemple, un trottoir dégagé, un accueil désencombré, un schéma de circulation facile avec un minimum d’obstacles, une caisse accessible… Pensez au bon éclairage et à la modulation de l’ambiance sonore. Les prestations doivent pouvoir être effectuées pour tous : si idéalement tout votre salon doit être accessible, l’obligation légale ne porte que sur une partie de l’établissement.
Bon à savoir depuis 2017, vous devez disposer d’un registre d’accessibilité de votre salon. Aucun cours n’est dispensé lors de la formation initiale pour bien accueillir les personnes handicapées, le préalable est d’organiser des actions de sensibilisation. Formez-vous, ainsi que votre personnel, au discours et aux bonnes attitudes, à être à l’aise.
Les prérequis ? Rester à l’écoute et disponible, savoir accompagner la personne tout au long de la prestation et des déplacements dans le salon. Actions et initiatives sont à prendre en compte en fonction du type de handicap de la personne.
LA DÉFICIENCE VISUELLE
Elle s’échelonne depuis le trouble visuel jusqu’à la cécité. Une personne malvoyante ne se reconnaît pas immédiatement. Sa perception peut être floue, centrale ou périphérique. Il est conseillé de mettre en place une carte des prestations en gros caractères ou sur tablette.
À faire : proposez d’en faire la lecture, indiquez qui vous êtes, donnez votre prénom, décrivez avec précision ce que vous allez faire, ayez à disposition une loupe de lecture. Pour les déplacements, précédez légèrement la personne en gardant le contact du bras, indiquez un couloir, l’emplacement d’un bac, d’un fauteuil… Les chiens guides d’aveugle ou d’assistance ont accès à tous les lieux publics et commerces. Ne les distrayez pas, ils sont concentrés sur leur mission.
LE HANDICAP MOTEUR
Les personnalités à mobilité réduite, en fauteuil, mais aussi toutes celles qui ont besoin d’être aidées pour la marche : cannes, béquilles, déambulateur.
À faire : organisez un accès extérieur facilité avec porte large, bouton d’appel, rampe pliante… Pensez aussi à équiper votre salon d’un bac amovible pour les personnes en fauteuil, accompagnez la personne dans ses déplacements, connaissez les bons gestes pour l’aider à s’asseoir ou se soulever, se lever…
LA DÉFICIENCE AUDITIVE
Elle concerne plus de 9,2 % de la population française. Dans le salon, la clientèle doit ôter ses prothèses auditives au moment du shampooing, de la coupe et du coiffage. Elle devient isolée, la communication est plus complexe.
À faire : prévoyez une boîte afin que la personne puisse y déposer les appareils auditifs, proposez des bouchons d’oreille pendant le shampooing (il existe aussi des protège-oreilles qui évitent le contact de l’eau), parlez à la personne en face et non dans la glace, faites des phrases simples, parlez de façon distincte et un peu plus fort sans forcer la voix. Enfin, utilisez le langage corporel, expressions de visage, pointez du doigt… et aidez-vous d’outils comme des visuels et un nuancier.
LE HANDICAP PSYCHIQUE
Le spectre est large : on distingue la déficience intellectuelle, la trisomie 21, par exemple, et la déficience cognitive qui affecte les capacités fonctionnelles, la mémoire, le langage, les fonctions exécutives.
La bonne attitude ? Soyez patient et bienveillant pour contrer le stress, les réactions inadaptées ou les réactions incontrôlées. Parlez normalement mais avec précision et en utilisant des phrases simples et n’hésitez pas à répéter.
ATTENTION AUX AMENDES
Les amendes pour non-respect de la réglementation peuvent être bien plus élevées en cas de contrôle : des sanctions administratives allant de 1 500 à 5 000 euros, jusqu’à des sanctions pénales de 45 000 à 225 000 euros, rappelle la chambre de commerce et d’industrie, sur son site Internet. À moins d’avoir obtenu une dérogation de la préfecture stipulant que la configuration des lieux ne permet pas de se conformer à la loi.
UN DISPOSITIF TRÈS PEU UTILISÉ
Marches à l’entrée, cabines d’essayage trop petites, toilettes inaccessibles en fauteuil roulant… Sur 800 000 lieux classés dans la catégorie des établissements de proximité recevant du public, dont les commerces, hôtels, cafés et restaurants, 560 000 ne sont toujours pas accessibles aux porteurs de handicap (physiques, visuels, mentaux ou auditifs). Et ce malgré la loi du 11 février 2005, qui leur impose, depuis le 1er janvier 2015, d’avoir des locaux leur permettant d’accueillir ces clients.
Le gouvernement a mis en place un dispositif pour les aider à financer leurs travaux : un « fonds territorial d’accessibilité » annoncé le 31 octobre 2023 par Olivia Grégoire et Fadila Khattabi, alors respectivement ministre déléguée chargée des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l’artisanat et du tourisme, et ministre déléguée chargée des personnes handicapées. Destiné uniquement aux établissements recevant du public, dits « de cinquième catégorie » (commerces, hôtels, cafés et restaurants, et cabinets médicaux), et plus spécifiquement aux petites et moyennes entreprises, ce fonds prend en charge la moitié de leurs dépenses concernant les équipements et les travaux de mise en accessibilité, dans la limite de 20 000 euros d’aide versée.
Le gouvernement l’a doté d’une enveloppe de 300 millions d’euros sur cinq ans, soit jusqu’en 2028. Or, très peu d’établissements l’ont utilisé. Sur les 100 millions d’euros de budget alloué par le gouvernement pour 2024, 2 % ont, jusqu’à présent, été dépensés, a précisé le ministère de l’Économie.
Le salon Mademoiselle Moustache Uptown, au 71 boulevard Diderot à Paris, bénéfice d’une double entrée très spacieuse grâce à la mise en place de portes coulissantes électriques. Même principe pour l’espace dédié aux hommes. Les dirigeants ont également pris garde à ce que tout le salon soit sur un même niveau avec une allée large et des portes XL pour permettre à une personne en fauteuil roulant d’accéder aux différents espaces.


Biblond, pour les coiffeurs !








